MODIFICATIONS DE L’APPAREIL URINAIRE
par Pajot, en trois classes suivant qu’il y a : excitation , diminution , perversion ou troubles.
L’excitation des fonctions digestives s’observe quelquefois : l’appétit est plus vif, la digestion plus facile. Plus fréquemment il existe une diminution de l’appétit qui entraîne un certain amaigrissement avec pâleur et altération des traits. Les troubles de la digestion et la perversion du goût appartiennent à la pathologie de la grossesse.
D’après les recherches de Hecker et de Gassner, la femme enceinte présente une augmentation de poids sensible pendant les trois derniers mois de la grossesse : la moyenne d’augmentation est de 2400 grammes dans le septième mois, de 1 690 dans le huitième et de 1 540 grammes dans le neuvième.
L’augmentation est plus prononcée chez les multipares que chez les primipares.
Cette augmentation de poids n’est pas seulement due au développement de l’œuf et des tissus de l’utérus : l’organisme entier participe à cet accroissement par le fait de l’activité plus grande des fonctions d’assimilation (Gassner).
En dehors des phénomènes de compression exercés sur l’intestin par l’utérus gravide, il faut signaler l’état graisseux du foie auquel Tarnier avait rattaché la glycosurie des femmes enceintes.
Modifications de l’appareil urinaire. — Par suite du développement de l’utérus, la vessie est peu à peu entraînée au-dessus du détroit supérieur; l’urèthre « est allongé, tiraillé en haut, appliqué derrière la symphyse pubienne; le méat urinaire se cache sous le pubis et devient moins facile à découvrir qu’en temps ordinaire. Toutes ces modifications augmentent les difficultés du cathétérisme et nécessitent quelquefois l’emploi d’une sonde courbe ou élastique » (Tarnier et Chantreuil).
Cette ascension de la vessie n’est que transitoire ; sur la plupart des coupes de femmes enceintes pratiquées après congélation, on voit la vessie se cacher derrière le pubis, lorsqu’elle est vide; elle devient facilement saillante et visible sous la paroi abdominale lorsqu’elle est remplie, en raison du peu d’espace qu’elle peut prendre dans la cavité abdominale.
Les reins sont généralement augmentés de volume et congestionnés.
La réaction de l’urine des femmes enceintes est le plus souvent acide, quelquefois neutre, rarement alcaline. La quantité d’eau augmente tandis que la proportion des matières solides décroît à mesure qu’on approche du terme de la grossesse. Cette urine contient moins d’acide urique, moins d’urée, de phosphates, de sulfates, de créatinine, de créatine qu’à l’état normal.
GROSSESSE OU GESTATION
Les chlorures subissent une augmentation attribuée par Chalvet et Barlemont à une désassimilation des tissus de la mère : ces chlorures se dissolvant facilement dans l’eau passent sans altération dans les urines.
Quant à la kyestéine qui se révèle sous l’aspect d’une pellicule irisée cà la surface de l’urine conservée dans un verre à réactif exposé à l’air, elle n'a pas la valeur d’un signe certain de grossesse, comme Naucbe l’avait cru : elle n’est point due à une substance organique spéciale qui se produirait seulement pendant la gestation; elle est formée de cristaux de phosphate annnoniaco-magnésien, de vibrions et de monades; on l'observe dans l’urine des femmes non gravides et celle des hommes.
La présence du sucre dans l’urine des femmes enceintes ou en couches a été signalée pour la première fois en 1 857 par IL Blot sous le nom de glycosurie physiologique ; il en exagéra la fréquence en l’admettant chez la moitié des femmes enceintes ; Kirstcn ne l’a en effet rencontré que rarement et en petite quantité. De Sinéty a montré (pie la présence du sucre est surtout due à la lactation, ainsi que Blot l’avait admis.
Modifications du système nerveux. — Le système nerveux est plus impressionnable pendant la grossesse que pendant la vacuité de l’utérus : ces changements se font sentir sur l’intelligence, les facultés affectives et sur différentes fonctions. Parfois ces modifications sont telles qu’elles se manifestent sous des types divers de névroses.
L’intelligence devient généralement plus éveillée ; certaines femmes ont une tendance invincible au sommeil, surtout dans la journée et après chaque repas. Les troubles nerveux sont si communs au cours de la grossesse qu'ils en constituent de véritables signes (voy. p. 168).
Modifications du système cutané. — Laissant de côté les modifications cutanées que l’on observe au niveau des seins, de la paroi abdominale et des grandes lèvres, nous rappellerons qu’assez souvent du pigment se dépose sur le visage et forme ce qu’on appelle le masque de la grossesse.
Esbach a constaté la diminution de l’épaisseur des ongles pendant la gestation : cette épaisseur qui est de 54 centièmes de millimètre à l’état normal n’est plus que de 26 centièmes de millimètre.
Les tumeurs érectiles ou nævi s’hypertrophient et se pigmentent pendant la grossesse pour reprendre leur volume et leur coloration habituels après l’accouchement.
Modifications du système osseux. — Outre le ramollissement des articulations pelviennes, le système osseux des femmes enceintes présente