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ACIDE PHÉNIQUE

employé dans la pratique obstétricale; il a été utilisé en 1860 par Lemaire, mais c’est Lister qui l’a surtout préconisé en 1867 ; L.-Championnière a eu le mérite de vulgariser son emploi en France.

V acide phénique ( phénol , acide carbolique) est extrait du goudron de houille : c’est un corps solide, incolore, cristallisable en longues aiguilles et qu’il est difficile d’obtenir chimiquement pur. Exposés à l’air, les cristaux d’acide phénique en absorbent l’humidité et se -liquéfient; le même phénomène se produit lorsqu’ils sont conservés dans des flacons mal bouchés.

L’acide phénique fond à 55°, 5 ; aussi doit-il être conservé dans un endroit frais; il se dissout dans 20 fois son poids d’eau, mais est beaucoup plus soluble dans l’alcool, la glycérine et l’huile.

Les expériences de Miquel avaient déjà montré que le pouvoir microbicide de l’acide phénique est très inférieur à celui des autres antiseptiques; de leurs expériences Tarnier et Yignal ont conclu que pour tuer les streptocoques contenus dans le vagin ou l’utérus il fallait faire passer une injection d’acide phénicpie à 20 pour 1000, pendant 10 minutes au moins, et laisser ensuite un peu de la solution phéniquée dans les organes génitaux; l’acide phénique agit en effet lentement et doit rester longtemps en contact avec les parties qu’on veut désinfecter.

En outre ils ont trouvé que chez 4 femmes sur 10 soumises aux injections vaginales à 25 grammes pour 1000, le mucus du col contenait des microbes, alors que dans la même expérience faite sur 10 femmes chez lesquelles on fait des injections vaginales de sublimé à 0,20 pour 1000 le mucus du col est stérile chez 8 d’entre elles.

En revanche l’acide phénique est utile en injections intra-utérines dans les septicémies dues au vibrion septique, qu’on observe surtout dans les rétentions placentaires à la suite d’avortement ; l’acide phénique est puissant parce qu’après s’en être servi il n’est pas nécessaire de faire une injection avec l’eau bouillie, comme après une injection de sublimé ; de telle sorte que l’injection phéniquée, non suivie de lavage, est quatre fois plus énergique que l’injection intra-utérine mercurielle suivie d’un lavage.

L’acide phénique présente quelques inconvénients : il attaque l’acier, mais le détériore cependant moins que le sublimé ; il a une odeur pénétrante que certaines femmes ne peuvent supporter, mais qu’on arrive à atténuer en y ajoutant des substances aromatiques.

Les solutions phéniquées à 5 pour 100 (solution forte) ou même à 2,5 pour 100 (solution faible) produisent sur la peau de la pâleur, un engourdissement des mains et des avant-bras, auquel succèdent des fourmillements désagréables; chez certains sujets, l’usage répété des solutions phéniquées pour les mains amène un véritable eczéma des plus désagréables et qui peut nécessiter l’abandon complet de cet antiseptique.

En injections, l’eau phéniquée produit d’abord une sensation de picotement, de brûlure, à laquelle succède une sensation de fraîcheur; cette eau, en contact avec les organes génitaux, détermine parfois de F érythème au niveau des grandes lèvres, du périnée, de la face interne des cuisses, des

INTOXICATION PHÉNIQÜÉE.

fosses : cet érythème peut] s’accompagner d’une éruption miliaire plus ou moins marquée.

Bar a signalé de petites eschares siégeant au niveau des organes génitaux et dues à l’action caustique des solutions phéniquées; ces lésions sont plutôt dues à un défaut d’homogénéité dans la solution qu’à une finesse particulière des tissus.

Tarnier a vu ces accidents survenir : à l’hôpital, parce qu'il se dépose au fond des jarres une couche très chargée d’acide phénique; en ville, parce qu’on verse dans l’injecteur la solution mère d’acide phénique, sans agiter le liquide. Aussi recommande-t-il (*) « de verser, dans de l'eau préparée d’avance, l’acide phénique concentré (il ne faut pas procéder de la façon inverse, c’est-à-dire verser l'eau sur l'acide phénique); puis de mélanger intimement les deux liquides, en les agitant avec une cuiller ou simplement avec la canule à injections, en les battant pour ainsi dire, comme on bat des œufs quand on veut faire une omelette ».

Intoxication phéniquée. — L’acide phénique peut produire des phénomènes d’intoxication (voy. thèse de Blusson, 1884; thèse de Brun, 1886) plus ou moins graves, qu’on désigne sous le nom de carbolisme .

L’ intoxication légère se traduit par du vertige, de la céphalée frontale et un état de demi-ivresse : la tête est lourde; l’appétit fait défaut; il existe un état nauséeux suivi parfois de vomissements. Les urines ont une teinte foncée, noirâtre , couleur d’encre, presque caractéristique.

Dans Y intoxication grave , les phénomènes généraux et surtout les symptômes nerveux sont plus marqués; la femme peut présenter des accidents convulsifs, des paralysies partielles; la peau est décolorée; il existe des sueurs froides, visqueuses.

La température descend au-dessous de la normale à 56, °6, à 55°, et même à 54°; les extrémités sont froides; le pouls est petit, filiforme. Les urines sont noirâtres et peu abondantes. Quelquefois on note de la congestion pulmonaire.

Si, dans la majorité des cas, les femmes qui présentent ces phénomènes d intoxication guérissent, il y a cependant des cas mortels.

On ne sait encore que peu de chose sur la manière dont se produisent les accidents d’intoxication phéniquée ; d’après B. Krukcnberg, l’acide phénique agirait en décomposant l’hémoglobine et les globules sanguins. Ce qu’il y a de certain, ce qui résulte des observations de Dreyfous, de L. -Champion nière, c’est que les nouveau-nés sont très sensibles à l’action de l’acide phénique; ces observateurs ont vu des cas de mort à la suite d’absorption phéniquée chez des nouveau-nés . Aussi faut-il s’en abstenir même pour le pansement du cordon.

L’acide phénique, pour être un antiseptique puissant, doit être employé à des doses assez .élevées qui ne peuvent être utilisées dans la pratique obstétricale; ainsi les solutions à 50 pour 1000 sont caustiques, celles à 25 pour 1000 sont douloureuses en injections vaginales.

(1) hoc. cil., p. 185.

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