CONTRACTIONS UTÉRINES
L’utérus, eu se contractant, tend à diminuer sa capacité cavitaire; mais comme son contenu, fœtus et liquide amniotique, n’est pas compressible, il en résulte que sous l’influence de la contraction utérine la partie supérieure, le corps de l’utérus, diminue seule de capacité, tandis que sa partie inférieure, segment inférieur à parois minces, se laisse peu à peu distendre et envahir par le fœtus et le liquide amniotique.
Force de la contraction. — Quelques observateurs ont cherché à mesurer la force résultant de la contraction : les uns se sont servis d’appareils enregistreurs mis en communication avec la partie inférieure de l’œuf et le muscle utérin; c’est ce qu’ont fait Schatz et Polaillon à l’aide du tocodynamomètre, Poullet avec son tocographe. D’autres auteurs, Poppel, M. Duncan, llihemont-Dessaignes, ont calculé la force nécessaire pour rompre des membranes, ils l’ont considérée comme représentant à peu près l’intensité de la contraction utérine.
Toutes ces méthodes sont discutables; les résultats qu elles donnent diffèrent, d’ailleurs notablement les uns des autres (de 2 kilogrammes à 25 kilogrammes).
Ce qu’il importe de savoir, c’est que 1 intensité delà contraction utérine varie beaucoup suivant les femmes, et que chez la même femme cette intensité n’est pas toujours la même. II est fréquent de voir les contractions utérines accouplées deux par deux de telle sorte qu’à une contraction forte succède une contraction faible.
Caractères physiologiques de la contraction. — La contraction utérine du travail est douloureuse. C’est là un caractère tellement important qu’une femme qui ressent les. contractions du travail dit qu elle est en douleurs : nous verrons quelle part revient à la contraction utérine dans les sensations douloureuses qu’éprouve la femme pendant T accouchement.
La contraction utérine est involontaire; \a femme ne la peut modifier en aucune façon, sauf dans certains cas, par des changements d’attitude. Les émotions morales suspendent quelquefois la contraction ; c’est ce qui arrive par exemple lorsque l’accoucheur entre dans la chambre de la patiente.
La contraction utérine est intermittente : elle revient à des intervalles à peu près réguliers pendant une même période du travail, c’est-à-dire toutes les vingt minutes pendant la période d’effacement, toutes les cinq ou dix minutes au début de la période de dilatation, puis toutes les deux ou trois minutes ; pendant la période d’expulsion, les contractions utérines s’espacent, se régularisent et ne se produisent plus que toutes les cinq ou six minutes. Lorsque l’expulsion du fœtus devient imminente, la femme éprouve à nouveau des douleurs subintrantes.
Durée de la contraction. — La durée de la contraction varie aussi suivant les différentes périodes du travail; elle est de trente secondes, au début, puis dure jusqu’à quarante, soixante secondes, et au delà, vers la fin du travail. Parfois ces contractions disparaissent à peu près complètement pendant une heure ou deux pour reprendre ensuite avec énergie et régularité. Tantôt elles sont très fréquentes , se succèdent presque sans interruption, deviennent subintrantes.
DOULEURS DE L’ACCOUCHEMENT
Enfin elles peuvent devenir continues ; Y utérus présente une sorte de tétanisation analogue à celle qu’on observait autrefois à la suite de l’emploi intempestif du seigle ergoté.
Des douleurs. — Les caractères des douleurs qui accompagnent les contractions utérines diffèrent suivant les différentes périodes du travail, comme nous le verrons en étudiant chacune d’elles.
Leur siège n’est pas non plus toujours le même : au début de la dilatation, elles existent sur les régions latérales de l’utérus; puis elles irradient en ceinture vers la région pelvienne et le segment inférieur de l’utérus. Parfois les douleurs, au lieu d’être intenses au niveau de l’utérus, se font sentir en arrière, dans les régions lombaire et sacrée ; ce sont les douleurs de reins qui sont particulièrement pénibles. Tantôt elles existent depuis le début jusqu’à la fin du travail ; tantôt elles disparaissent pour faire place à des douleurs moins violentes, Les femmes redoutent particulièrement éé accoucher par les reins ; aussi faut-il plaindre les femmes qui, suivant l'expression de Depaul, ont le triste privilège d’éprouver de pareilles douleurs à tous leurs accouchements.
De nombreuses causes ont été invoquées pour expliquer ces douleurs de reins (obliquité de l’utérus, excès de sensibilité, pression de la paroi postérieure de l’utérus contre la colonne vertébrale (Matte'i), région fœtale n’appuyant pas sur le segment inférieur par suite de vice de conformation du bassin, de présentation de l’épaule, du siège, etc.).
Depaul avait remarqué que ces douleurs de reins se montrent volontiers « dans les présentations du sommet ou de la face dans lesquelles Tocciput ou le menton répondent à l’une des moitiés postérieures du bassin. » Il est certain que dans les variétés postérieures de la présentation du sommet ou de la face, il n’est pas rare de rencontrer ces douleurs de reins qui rendent si pénible la période de dilatation.
La cause principale de ces douleurs résulte de ce que la tête fœtale appuie mal sur le segment inférieur, ce qui s’observe sous de multiples influences : rétrécissement du bassin, insertion du placenta sur le segment inférieur, défaut de flexion de la tête, inclinaison trop accusée, etc.
Lepage croit avoir observé que ces douleurs de rein se produisent surtout dans les cas où il existe en arrière ou à côté de la tète un procubitus de la main.
Les douleurs portent des noms différents suivant leur intensité ; au début de la période d’effacement du col, elles sont courtes, rappellent les douleurs légères qui accompagnent la menstruation et la sensation désagréable produite par les piqûres de mouches : d’où le nom de mouches qu’on leur a donné. — Elles sont bientôt, remplacées par les douleurs préparantes , plus fortes, plus longues, revenant à intervalles plus rapprochés et amenant des cris plus ou moins violents suivant la sensibilité de la femme. Ces douleurs sont surtout marquées chez les primipares pendant que l’orifice utérin passe des dimensions d’une pièce de deux francs à celles d’une pièce de cinq francs.
Lorsque la dilatation de l’orifice utérin est complète, surviennent les
DOULEURS DE L ■ ACCOUCHEMENT
douleurs expultrices , qui font progresser le fœtus dans le bassin mou ; aux contractions utérines viennent alors s’ajouter les contractions des muscles abdominaux; la femme pousse des cris, fait des efforts violents auxquels succèdent des expirations prolongées. L'effort joue un grand rôle dans la terminaison de l’accouchement : il vient puissamment aider la contraction utérine.
Les douleurs concassantes apparaissent quand la tète fœtale est sur le point de franchir la vulve; elles sont violentes, presque continues, et arrachent habituellement à la femme des cris déchirants.
Les douleurs accompagnent presque toujours la contraction utérine ; cependant elles peuvent faire défaut ou du moins être peu intenses. On voit quelquefois des femmes accoucher à terme sans proférer une plainte, sans pousser un cri. Tarnier et Chantreuil rapportent, entre autres observations, celle d’une Canadienne qui accouchait sans douleur et avait l’habitude de « semer ses enfants sans s’en apercevoir ». Cet accouchement indolore a quelques inconvénients; car le fœtus est souvent expulsé sans qu’une personne expérimentée ait eu le temps d’en surveiller, d’en modérer la sortie1 trop brusque, et d’éviter sa chute sur le sol, la rupture du cordon, le décollement du placenta, l’inversion utérine et l’hémorragie qui en peut résulter.
Les douleurs de l’accouchement reconnaissent différentes causes; c’est à tort que Mme Boivin a fait de la distension des bords de l’orifice utérin la cause presque exclusive des douleurs. Tarnier et Chantreuil invoquent avec raison la compression des nerfs situés dans la paroi utérine par le fait de la contraction, puis la pression exercée sur les organes pelviens par la partie fœtale engagée dans l’excavation. Enfin, il est certain que dans la dernière période du travail, la surdistension du vagin , de Faims , du périnée, de la vulve , cause des douleurs vives qui viennent s’ajouter à celles de la contraction utérine.
Quant à la douleur liée à la contraction utérine, Beau a cherché à établir qu’elle n’était pas localisée dans l’utérus, mais bien dans les nerfs lomboabdominaux, qu’en un mot les douleurs de l’enfantement n’étaient autre chose qu'une névralgie lombo-abdominale analogue à celle qui existe dans les affections utérines.
On le voit, les douleurs qu’éprouvent les femmes pendant le travail ont des causes multiples dont les principales sont la distension de l’orifice utérin et des parties molles, et la contraction utérine.
Influence de la contraction utérine sur la circulation fœtale et maternelle. — La contraction utérine a une influence manifeste sur la circulation fœtale et sur la circulation maternelle. Au fur et à mesure que l’utérus se contracte, les battements du cœur fœtal deviennent moins fréquents et plus sourds ; ils reprennent peu à peu leur énergie et leur fréquence, quand la contraction diminue; puis ils offrent à nouveau leurs caractères normaux dans l’intervalle des contractions.
Différentes théories ont été émises pour expliquer ces modifications : augmentation de pression intra-cardiaque (Schwartz), asphyxie du fœtus produite par la compression du placenta (Schultze), ou par la compression