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DES §OINS A DONNER DANS LES CAS DE MORT APPARENTE

Fig. 293. — Larynx vu par sa face antérieure; l’extrémité du tube à insufflation est sur le point de pénétrer dans l’orifice supérieur du larynx.

qui ont pu pénétrer dans les voies respiratoires, on a conseillé de pratiquer l’ aspiration bouche à bouche : dans cette manœuvre, l’accoucheur applique sa bouche sur celle du fœtus recouverte d’un linge lin et après lui avoir bouché le nez, fait quelques inspirations profondes; cette manœuvre ne saurait être recommandée que dans les cas où l’on n’a aucun instrument à sa disposition. Mieux vaut se servir d’une sonde élastique de petit calibre que l’on introduit doucement dans la trachée et à l’aide de laquelle on peut faire l’aspiration. L’insulflateur de Ribemont-Dessaignes remplit le but. Ce tube étant introduit dans le larynx, il est indispensable d’extraire avant la première inspiration artificielle les mucosités, les liquides qui, presque toujours, embarrassent les voies aériennes.

Cette aspiration peut se faire soit à l’aide de la poire, soit à l’aide de la bouche appliquée directement sur le tube.

Si l’on confie cette aspiration à l’élasticité de la poire, on commence par boucher avec la pulpe du pouce l’orifice placé sur le fond de la poire.

Une pression exercée par le pouce comprime alors la poire dans sa longueur, en chasse l’air, et maintient le réservoir aplati. Dans cet état il est ajusté sur le tube. Puis le pouce, sans cesser de boucher l’ouverture de la poire, cède peu à peu, et se

laisse repousser par l’élasticité du caoutchouc. En reprenant sa forme, la poire fait ainsi le vide dans l’arbre aérien, aspire les mucosités et les fait pénétrer dans le tube. Afin de les y engager davantage, autant que pour en attirer une plus grande quantité, on sépare le réservoir du tube laissé en place et comme la première fois on l’aplatit pour en expulser Pair, puis on l’adapte de nouveau sur l’insufflateur et l’on fait une deuxième aspiration. Lorsque, après deux ou trois manœuvres semblables, on pense avoir aspiré la plus grande partie des mucosités, l’insufflateur est lui-même retiré; un courant d’air rapide, poussé à travers le tube à l’aide de la poire, le débarrasse entièrement des liquides visqueux dont il s’était chargé.

Si les mucosités trop épaissies par le méconium résistent à l’aspiration ainsi faite, on doit chercher à les entraîner à l’aide d’une forte aspiration faite avec la bouche appliquée directement sur le tube.

Il est nécessaire d’enlever aussi complètement que possible les mucosités contenues dans la trachée : on facilite ainsi la pénétration spontanée de l’air

Fig. 294. — Larynx vu par sa face postérieure ; le tube laryngien a pénétré dans le larynx et peut rester en place. Le doigt guide a été enlevé.

MÉTHODE DE L’INSUFFLATION PULMONAIRE

dans les poumons et surtout on évite pendant les jours suivants les bronchopneumonies septiques dues à la présence des mucosités dans les voies aériennes. Toutefois on ne peut enlever ainsi que les liquides qui n’ont pas pénétré dans la profondeur de l’arbre aérien. Ce n’est que sous l’influence des mouvements respiratoires que ces liquides seront peu à peu entraînés dans l’arrière-gorge où on pourra aller les chercher avec le doigt chaque fois qu’il se produira une sorte de gargouillement indiquant que l’entrée et la sortie de l’air sont gênées par des mucosités.

Lorsque l’asphyxie ne paraît pas très accentuée, on peut ensuite se contenter de mettre l’enfant dans un bain chaud à 45 degrés, ou dans un

bain tiède auquel on ajoute de la farine de moutarde, pour obtenir une révulsion plus intense du côté de la peau. Au bout de deux ou (rois minutes, on sort l’enfant dans un linge bien chaud, et on frictionne les membres, la région dorsale, avec un linge sec ou avec une main dans la paume de laquelle on a versé un peu d’alcool, de rhum ou de cognac.

Si, sous l’influence de cette révulsion énergique, la colo- * ration violacée disparaît, si les battements du cœur se régularisent et si la respiration se rétablit et devient à peu près normale, on se contente de ces moyens ; on plonge à nouveau l’enfant dans un bain

Fig. 295. — La tète fœtale repose sur un oreiller. L’index est Ù 42 degl és, OU 1 y laisse pen-

introduit dans la bouche du fœtus et sert à guider le tube dant quelques minutes 1US-

insuffïateur. , , . -, i •

qu a ce que la peau soit bien

rouge et que l’enfant crie énergiquement.

Respiration artificielle. — Dans la pluralité des cas de mort apparente du nouveau-né, les différents moyens employés pour ranimer l’enfant (frictions, flagellation, titillation de la pituitaire, bains très chauds ou froids, bains sinapisés), ne sont pas suffisants; il faut recourir au plus vite à la respiration artificielle qui s’obtient par différents procédés : A. Insufflation; B. Manœuvres de respiration artificielle; C. Tractions rythmées de la langue.

A. Insufflation. — Elle a été pratiquée tout d’abord de bouche abouche, la bouche de l’opérateur s’appliquant sur la bouche et le nez de l’enfant recouverts au préalable d’un linge fin. Cette insufflation est imparfaite : de l’air

MÉTHODE DE L’INSUFFLATION PULMONAIRE

peut pénétrer dans l’œsophage et distendre l’estomac. Elle est en outre -fatigante et parfois répugnante.

Insufflation avec l’instrument de Ribemont-Dessaignes . — Il est préférable de se servir de Pinsufflateub de Ribemont-Dessaignes. L’enfant, entouré de linges chauds, est couché sur un oreiller. Pour pénétrer dans la trachée, on tient l’insufllateur de la main droite; Y index (fig. 295), ou, s’il s’agit d’un enfant petit ou né avant terme, l’auriculaire de l’autre main, sert de guide et va à la recherche de l’orifice supérieur du larynx et reconnaît la saillie des cartilages aryténoïdes en arrière desquels la pulpe du doigt se place (fig. 295 et 294) ; lorsque le doigt est ainsi placé, on introduit le tube insufflateur en le guidant sur l’index ou F auriculaire jusqu’à ce que son extrémité allongée pénètre dans le larynx (fig.

295 et 296). Le tube est alors enfoncé doucement dans la trachée et bien ramené sur la ligne médiane. Si l’on veut retirer des mucosités, on a eu soin de faire le vide en tenant la poire à insufflation aplatie ; puis le tube en place, on aspire et on retire le tube. On peut recommencer quatre ou cinq fois cette manœuvre; mais il ne faut point trop la répéter, de peur de produire de la contusion au niveau de la muqueuse laryngée.

Pour pratiquer la Fig. 296. — L’extrémité de l’index sent les cartilages aryténoïdes ; 1 • , • •?/ l’insufflateur est glissé sur la face palmaire de cet index qui lui

respiration artificielle , sert de guide, il faut s’assurer que le

tube est bien dans la trachée et presser doucement sur la poire, de manière à ne pas produire de distension et par suite de rupture des vésicules pulmonaires. L’insufflation d’air doit être pratiquée toutes les 8 à 10 secondes; dès que l’enfant commence à respirer, on espace davantage les insufflations, de manière qu’elles ne soient faites qu’au moment où les mouvements respiratoires se ralentissent qu lieu de s’accélérer.

Lors des premières insufflations, il faut bien remarquer si l’air est réellement introduit dans l’arbre aérien, si la cage thoracique se dilate et se soulève chaque fois que l’on presse sur la poire. Dans certains cas, en effet, le tube est maladroitement introduit dans l’œsophage : l’air distend l’estomac, les anses intestinales et gêne le fonctionnement du diaphragme en le refoulant de bas en haut. Nous ne citons que pour mémoire les faits plus rares

METHODE DE L’INSUFFLATION PULMONAIRE

dans lesquels l’extrémité du tube laryngien, faisant fausse route, pénètre dans le tissu cellulaire du cou et produit de l’emphysème sous-cutané (*).

S’il n’y a pas de lésion des organes vitaux, si en particulier il n’y a pas de fractures du crâne ou d’hémorragie méningée, sous l’influence de la respiration artificielle, les battements du coeur se précipitent, les téguments deviennent rosés, puis, peu à peu, les mouvements respiratoires s’établissent. Pinard considère comme d’un bon augure les petits mouvements spasmodiques du diaphragme se terminant par une profonde inspiration et qu’il appelle mouvements vermiculaires.

Pendant toute la durée des manœuvres de respiration artificielle, l’enfant sera maintenu enveloppé de linges qu’on renouvellera de manière qu’ils soient toujours très chauds.

Pendant combien de temps peut-on continuer V insufflation pulmonaire avec chance de succès ? Les faits dans lesquels on a ranimé les enfants nés en état de mort apparente au bout d’une heure et plus, sont exceptionnels, bien que réels. 11 faut tenir surtout compte, au point de vue du pronostic, de la fréquence et de l’intensité des battements du cœur et des mouvements respiratoires. Tant que les battements du cœur persistent, même très espacés, il ne faut pas perdre espoir : on ranime de temps à autre des nouveau-nés chez lesquels ces battements du cœur, même très peu fréquents, sont les seuls signes extérieurs qui différencient le fœtus né en état de mort appa-

(1) G. Fieux, tout en conseillant l’emploi de l’insufflateur Ribemont-Dessaigmes, objecte qu’il faut une certaine dextérité pour s’en servir et que, dans certains cas, chez les prématurés par exemple, le calibre du larynx rend très difficile l’introduction du tube. Il conseille, pour les personnes qui ne savent pas bien se servir de Finsufflateur ou qui n’en ont pas à leur disposition, « d'utiliser le stéthoscope dont on dévisse la plaque. On a alors un tube terminé d’un côté par un embout et de l’autre par une portion évasée, le pavillon. Le stéthoscope, qui est aujourd’hui d’un usage courant en obstétrique, est muni d’un pavillon large de 4 centimètres environ, et d’un bourrelet circulaire qui s’adapte merveilleusement, à la façon d’un masque, sur la partie inférieure de la face du nouveau-né.

« Ce pavillon y sera placé de telle sorte, qu’en délléchissant la tête de l’enfant, il emboîtera du même coup le menton et la racine du nez, et sur les côtés appuiera sur les joues.

« Pour embrasser à la fois le menton et la racine du nez, chez les enfants un peu volumineux, il est nécessaire que le bout du stéthoscope correspondant au menton relève bien celui-ci. Dans ces conditions, la bouche est hermétiquement close, et l’air ne sera introduit que par les voies physiologiques, les fosses nasales, qui restent largement ouvertes.

« La pratique de cette insufflation au stéthoscope est des plus simples. On s’assied près du bord d’une table ou du coin du lit. On y couche l’enfant, une serviette roulée sous les épaules, de telle sorte que la tête, débordant légèrement, se mette en extension, la face regardant presque le visage de la personne chargée de le ranimer.

« L’index et le médius de la main gauche placés sous le menton exagéreront l’extension, pendant que la main droite placera le pavillon du stéthoscope sur la face de l’enfant, de la manière que nous avons déjà indiquée.

« Alors, tandis que le médius gauche, toujours sous le menton, conserve la tête dans sa position première, l’index et le pouce maintiendront le masque bien appliqué. On peut, à ce moment, commencer à insuffler par l’extrémité de l’instrument, dont on a au préalable dévissé la plaque, bien que la présence de celle-ci ne soit nullement un obstacle au procédé, dans le cas où le stéthoscope ne serait pas démontable.

« La main droite restée libre presse légèrement sur le thorax après chaque insufflation, pour aider et compléter le mouvement expiratoire.

« Si l’on soupçonne une accumulation de mucosités ou de liquide dans les voies respiratoires, deux ou trois fortes aspirations pratiquées par l’embout du stéthoscope, et suivies chacune d’une abstersion du pharynx avec l’extrémité du petit doigt, devront précéder l’insufflation rythmique. Cela suffit pour enlever les liquides qui ont pu être inspirés par l’enfant avant sa naissance. »

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