PHYSIOLOGIE DE LA SÉCRÉTION LACTÉE
La sécrétion du lait se fait par une véritable fonte cellulaire; d’après Cl. Bernard, « il y a une sorte de bourgeonnement de cellules superposées, dans lesquelles se préparent successivement les matériaux du lait, la caséine, le beurre, etc., ensuite la paroi de la cellule lactée se dissoudrait dans un liquide alcalin et le lait en résulterait ».
Le mode de production du lait serait un peu différent, d’après Ch. Robin : les culs-de-sac de la mamelle, tapissés d’épithélium tant que la glande ne
(4) Nous ne pouvons que résumer ici nombre de questions théoriques qui se rattachent à la composition du lait et à l’allaitement; pour plus amples détails, consulter la deuxième édition du Traité de l'allaitement de A. -B. Marfan (G. Steinheil, 1903) auquel nous avons fait de nombreux emprunts.
DU COLOSTRUM.
fonctionne pas, perdraient cet épithélium lorsque se fait la sécrétion : c’est donc dans la paroi des culs-de-sac qu’auraient lieu les phénomènes de la sécrétion.
En réalité, la sécrétion lactée résulte de la fonte des cellules des conduits et des acini glandulaires : le sérum du sang transsude et dissout les cellules épithéliales des acini.
Colostrum. — Le colostrum apparaît dans le sein pendant les derniers mois de la grossesse et surtout pendant les deux ou trois jours qui suivent la naissance. Le liquide qui s’échappe alors par la pression du mamelon est de couleur jaunâtre ; les globules qu’il contient ne sont pas suffisamment fondus.
Le colostrum renferme plusieurs éléments morphologiques dont les plus importants sont :
1° De nombreux globules graisseux semblables à ceux qui existent dans le lait normal, mais qui en diffèrent en ce qu’ils ont une tendance à se conglomérer; 2° des corpuscules , de formes variées, jaunâtres, granuleux, constitués par de petits éléments accolés les uns aux autres ou renfermés dans une enveloppe commune : ce sont ces corpuscules que Donné (1857), qui les découvrit, appela corps granuleux et que Henle (1859) désigna (4) sous le nom de corpuscules du colostrum.
L. Duclert(2) conclut de ses recherches « que les corpuscules du colostrum ne sont pas des cellules, mais des amas d’une substance colloïde produite par la dégénération du protoplasma ». 11 est difficile de déterminer pour quelle raison l’épithélium de la glande mammaire subit cette transformation colloïde un peu avant et après la parturition. Il faut cependant « remarquer que la dégénération colloïde se rencontre fréquemment dans les cellules épithéliales irritées par les substances toxiques. L’organisme maternel renferme peut-être à la fin de la gestation des principes nocifs dont il ne se débarrasse pas suffisamment vite, agissant sur l’épithélium mammaire et
amenant la dégénération de son protoplasma La succion exercée par les
petits sur le mamelon fait sortir le colostrum de la mamelle et bientôt les alvéoles et les canaux excréteurs ne renferment plus de corpuscules. Les cellules épithéliales restées normales se multiplient alors activement et trente heures après la parturition, chez le cobaye, les alvéoles ne renferment plus que de très rares cellules contenant encore des boules colloïdes ; toutes les autres sont cylindriques surbaissées, uninucléaires ou binucléaires et possèdent un protoplasma granuleux Il serait intéressant de rechercher si, chez
la femme, la montée de lait, qui demande environ trois jours pour s’effectuer, ne correspond pas à une régénération de l’épithélium mammaire analogue à celle qui vient d’être décrite chez la femelle du cobaye » .
P) Henle ne considérait pas ces éléments comme des cellules à contenu granuleux, mais comme des amas de granulations dépourvus d’enveloppe et formés par une substance amorphe. Presque tous les auteurs qui vinrent après Henle admirent que ces éléments morphologiques sont des cellules : « Pour les uns, dit L. Duclert, ce sont des cellules épithéliales plus ou moins dégénérées et stéatosées; pour les autres, des leucocytes modifiés dans leur structure et remplis de graisse, et, enfin, pour Heidenhain, des cellules épithéliales ayant absorbé par intussusception des gouttelettes graisseuses. »
(2) L. Duclert, Élude histologique sur la composition du lait. Thèse Montpellier, 1893.