ALLAITEMENT ARTIFICIEL
24 décembre 1902) les différents ferments qu’on trouve dans le lait : pepsine, trypsine , ferment amylotique, lipases , ferment dédoublant le salol en acide phénique et acide salicylique, oxydase , ferment glycolitique ; ils concluent que ces ferments « existent avec une activité plus ou moins grande dans les laits de femme et de chienne, exception faite pour l’oxydase qui n’apparaît dans le lait de femme que dans certaines conditions. Le lait d’ânesse les contient également tous, l’amylase cependant n’existant que d’une façon inconstante. Quant aux laits de vache et de chèvre, ils contiennent bien la trypsine, la pepsine, la lipase, l’oxydase et le ferment glycolitique, mais ils ne renferment ni amylase ni ferment dédoublant le salol : c’est là le grand caractère qui différencie,, au point de vue de leur teneur en ferment, ces deux laits du lait de femme; le lait d’ânesse, par contre, s’en rapproche beaucoup ».
Lait d'ânesse. — C’est celui qui par sa composition se rapproche le plus du lait de femme : il contient presque la même proportion d’extrait sec, de principes azotés et hydrocarbonés ; la caséine s’y présente à peu près sous le même aspect ; le beurre y est moins abondant; les sels plus nombreux.
En raison de la ténuité de la caséine, le lait dânesse est facilement digéré par les nouveau-nés : c’est à lui qu’on avait recours jadis avant l’usage du lait de vache stérilisé, lorsqu’on pouvait s’en procurer, pour les nouveau-nés qui attendaient une nourrice ou que la mère ne pouvait allaiter de suite. Pinard a signalé des accidents infectieux mortels survenus chez des nouveau-nés à qui on avait donné du lait d’ânesse trait sans aucune précaution de propreté et ingéré sans être bouilli ; du reste l’ébullition ne le met pas à l’abri d’une fermentation rapide.
Son prix élevé (6 à 8 francs le litre) en restreint beaucoup l’usage. Il ne peut d’ailleurs être transporté parce qu’il s’altère très rapidement; il doit être consommé peu de temps après la traite. On ne doit y avoir recours que dans des cas exceptionnels où le bébé ne digère pas le lait de vache; il faut avoir soin que ce lait soit recueilli d’une façon aussi propre que possible.
A l’hospice des Enfants-Assistés, les enfants syphilitiques tettent directement des ânesses qui sont réfractaires à la syphilis.
Lait de chèvre. — Il contient la même proportion de beurre ou d’extrait sec que celui de la femme; mais il renferme moins de sucre de lait et beaucoup plus de caséine ; cette abondance de la caséine rend le lait moins digestible. Ainsi, dit Saint-Yves Ménard, « théoriquement ce lait employé pur ne peut convenir qu’aux enfants déjà un peu avancés dont les mères ou les nourrices ont une lactation insuffisante. Et pour dés nouveau-nés, il doit être modifié par l’addition d’une grande quantité d’eau sucrée. C’est ainsi qu’on en use d’ailleurs dans la pratique, excepté dans les cas où l’on emploie les chèvres comme nourrices — D’ailleurs le lait de chèvre, pour être plus abondant et moins cher que le lait d’ânesse, n’est pas encore à la portée de tout le monde. Il est difficile de s’en procurer dans les villes, où les bêtes s’accommodent mal de la stabulation. De plus, les chèvres n’ont pas encore été modifiées par la stabulation au point de mettre bas en toute saison et de prolonger la lactation jusqu’à l’époque du rut. »
LAIT DE VACHE
Lait de vache . — C’est celui qui est de beaucoup le plus usité comme succédané du lait de femme : il est d’un prix relativement peu élevé et on peut s’en procurer facilement. Sa composition diffère cependant assez notablement du lait de femme : l’extrait sec y est plus abondant, surtout la caséine, qui s’y précipite en flocons denses et qui est difficilement attaquable par les sucs digestifs.
Monti (de Vienne) insiste sur les différences qui existent entre le lait de femme et le lait de vache et sur les nombreux moyens usités pour corriger ces différences. Pour rendre l’alimentation artificielle avec le lait de vache plus physiologique, il faut : 1° diminuer l’acidité du lait ; 2° retarder sa coagulation sous l’influence de la présure»; 3° diminuer la quantité de caséine et celle des matières albuminoïdes solides ; 4° rendre la caséine plus digestible; 5° diminuer la quantité de graisse; 6° augmenter la quantité de sucre. La meilleure manière d’opérer toutes ces modifications serait, d’après Monti, de couper le lait de vache avec du petit-lait.
Le lait de vache, utilisé pour l’allaitement artificiel, doit présenter differentes garanties, sa valeur dépend de quatre circonstances principales :
1° Race des animaux. — Le lait le meilleur en qualité est fourni par les vaches normandes, bretonnes, etc. ; les vaches hollandaises, au contraire, dont la lactation est abondante, ne donnent qu’un lait très aqueux et peu crémeux ; les normandes, soumises au même régime, ont du lait moins abondant, mais plus riche en éléments nutritifs, surtout en beurre.
2° Dispositions individuelles. — Il est également d’observation que dans le lait provenant de vaches de même race, on observe des différences assez grandes dans les proportions relatives des matières grasses et de la caséine ; certaines vaches fabriquent beaucoup de beurre, tandis que d’autres en produisent moins.
Gautrelet a montré que chez la même vache la composition du lait varie beaucoup d’un jour à l’autre, tandis qu’au contraire le lait mélangé de toutes les vaches d’une même étable varie très peu ; d’où cette conclusion au point de vue pratique qu’il vaut mieux pour le même enfant prendre du lait ainsi mélangé que de prendre du lait d’une seule vache.
« Toutefois, ajoute Saint-Yves Ménard, il n’est pas impossible, dans certains cas, de mettre à profit les variations individuelles. Le lait très crémeux réussit à tel enfant et non à tel autre. Lorsqu’un nouveau-né digère mal le lait commun d’une étable, il peut se trouver bien d’un lait moins riche en crème. Une étable bien dirigée, au point de vue de l’alimentation des enfants, doit pouvoir offrir, à part, le lait d’une ou plusieurs vaches dont la teneur en crème est au-dessous de la moyenne.
3° Régime alimentaire . — On sait que le régime alimentaire auquel sont soumises les vaches influe sur la quantité et la qualité du lait produit ; toutefois il ne faut pas exagérer cette influence, et ne pas oublier que la qualité du lait dépend surtout du choix de la vache. — Signalons seulement la possibilité d’obtenir du lait superphosphaté en donnant aux vaches une alimentation spéciale, c’est-à-dire en les nourrissant avec des fourrages riches en phosphates de chaux que l’on obtient par une fumure spéciale.
LAIT DE VACHE
Les phosphates minéraux donnés directement aux vaches sont éliminés par les urines et les fèces sans passer par le lait.
4° Conditions de stabulation. — Les vaches doivent être placées dans de bonnes conditions hygiéniques : si elles ne sortent pas au grand air tous les jours, il faut qu’elles soient installées dans des étables suffisamment vastes et bien entretenues.
Précautions à prendre pour avoir du lait de bonne qualité. — Les conditions dans lesquelles on se procure le lait ont une grande importance : « l’idéal, pour un nouveau-né soumis à l’allaitement artificiel, ce serait de recevoir, à chaque repas, toutes les deux heures, du lait chaud sortant du pis de la vache, n’ayant eu aucun contact extérieur, du lait vivant, en un mot, comme serait celui d’une nourrice. Cet idéal se réalise rarement. On s’en rapproche beaucoup, à la campagne et même en ville, quand on trouve tout près de soi du lait produit dans de bonnes conditions, recueilli deux ou trois fois par jour, non transporté, non frelaté, non conservé, et par conséquent non altéré. Mais le plus souvent dans les grandes villes, à Paris, par exemple, il en est tout autrement. Les conditions d’approvisionnement, plus ou moins difficiles, influent considérablement sur la qualité du lait et sur le résultat de l’allaitement artificiel. » (Saint- Yves Ménard.)
Un des grands inconvénients de l’allaitement artificiel avec le lait d’animal, c’est que ce lait contient des ferments qui en altèrent la composition, et même un certain nombre de microbes pathogènes provenant soit d’une maladie infectieuse de la femelle laitière, soit d’une souillure accidentelle.
11 y a longtemps que les médecins ont été frappés des diarrhées meurtrières observées chez les nouveau-nés élevés artificiellement, surtout au moment des grandes chaleurs, pendant lesquelles le lait s’altère plus vite; aussi avait-on recommandé de faire bouillir le lait dans le but de le conserver plus longtemps. Tarnier conseillait même, dès 1882, de mettre le lait destiné à l’alimentation du nourrisson dans des vases séparés :
« Pour bien conserver le lait, on doit le mettre dans de petits vases de grès préalablement échaudés à l’eau bouillante, qu’on remplit complètement, qu’on bouche hermétiquement et qu’on place soit à la cave, soit dans un seau d’eau de source ou de puits. Comme une nouvelle quantité de ferments provenant de l’air peut s’introduire chaque fois que l’on ouvre le vase pour y puiser, le mieux est d’avoir un certain nombre de petits vases, soigneusement fermés, contenant chacun la quantité de lait nécessaire pour un repas, de sorte que le pot soit vidé chaque fois et nettoyé immédiatement à l’eau bouillante; de cette façon, le lait n’est jamais dans un pot à moitié vide, et, par conséquent, il est à peu près à l’abri des parasites qui existent dans l’air et qui peuvent l’altérer. »
Stérilisation du lait. — Les recherches deDuclaux ont montré que, pour stériliser le lait, c’est l’emploi de la chaleur qui est le procédé le plus sûr et le plus pratique ; différents procédés ont été employés dont quatre seulement sont usités. « Il y a deux procédés industriels : la stérilisation et la pasteurisation. Il y a deux procédés de ménage : l’ébullition et le chauffage au bain-marie à 100 degrés. Avec le premier seul , on obtient une stérili-
LAIT DE VACHE
sation absolue ; avec les trois autres, on n’obtient que des stérilisations incomplètes ou relatives, mais qui, en pratique, peuvent suffire dans certains cas. » (Marfan.)(1)
A . Stérilisation absolue. — Pour obtenir cette stérilisation, c’est-à-dire pour détruire complètement tous les microbes et toutes les spores du lait, il faut le porter pendant dix minutes environ à une température de 108 à 110 degrés; on ne peut, d’une manière pratique, faire cette stérilisation que dans l’industrie où, immédiatement après la traite, le lait est réparti dans des bouteilles portées aussitôt à l’étuve. Ces bouteilles sont fermées d’une manière hermétique avec des bouchons rendus aseptiques par des procédés divers ; elles peuvent être ensuite transportées et se conservent pendant plusieurs semaines sans altération.
C’est Pinard qui, le premier à Paris, en 1889, a employé dans son service de Lariboisière ce lait stérilisé, qui rend les plus grands services dans l’alimentation du premier âge. Ce lait est préparé dans des flacons de contenance diverse; les plus petits renferment environ 120 grammes de lait, c’est-à-dire un peu plus que la quantité nécessaire pour une tétée. Lorsqu’on veut donner du lait à l’enfant, on fait réchauffer une bouteille au bain-marie ou dans un vase contenant de l’eau très chaude; on débouche la bouteille et on y ajoute une cuillerée à café de sucre en poudre. On fait prendre ce lait à l’enfant en le versant dans une timbale bien propre ou en adaptant au petit flacon une téterelle en caoutchouc que l’on fait bouillir après chaque tétée, et qui est plongée dans une solution boriquée ou dans de l’eau de Vichy dans l’intervalle des tétées.
Malgré les excellents résultats obtenus à l’aide du lait stérilisé du commerce, de nombreuses objections ont été faites contre son emploi (stérilisation imparfaite, modifications apportées par la chaleur à la caséine et aux autres principes du lait, goût désagréable, etc.) ; après avoir passé en revue toutes ces objections, Marfan, à qui nous empruntons la plupart de ces détails, conclut en disant : « Aucune des objections de principe adressées à la stérilisation du lait n’est suffisante pour empêcher qu’on ne s’en serve dans l’allaitement artificiel. Si on choisit un lait de bonne marque, stérilisé depuis peu de temps, si on examine avec soin chaque bouteille débouchée, on peut le donner en toute confiance. »
L’introduction du lait stérilisé dans l’élevage du nourrisson n’a pas été sans soulever des objections. Différents observateurs ont mis sur le compte du lait stérilisé industriellement un certain nombre de troubles digestifs et même de maladies résultant de l’emploi de ce lait; c’est ainsi qu’on l’a accusé de favoriser la production de la dyspepsie gastro-intestinale, du rachitisme et même de la maladie de Barlow, caractérisée par des hémorragies multiples. Varnier a posé nettement la question ( Société diobst., de gyn. et depæd., 11 novembre 1901) en demandant si l’on doit continuer à recommander l’emploi du lait stérilisé dans l’allaitement mixte et lors du sevrage des nourrissons parisiens.
P) Marfan, Traité de l’allaitement. Paris, G. Steinheil, 2e édition, 1905.
LAIT DE VACHE
De la discussion qui a suivi il résulte que le lait stérilisé industriellement est innocent de la plupart des reproches qui lui sont faits et que dans les grandes villes son emploi donne des résultats supérieurs à celui du lait qui a voyagé. Dans certains cas cependant il est utile de remplacer ce lait, forcément modifié dans sa composition, par du lait frais plus vivant qu’il suffit de porter à l’ébullition, mais il est nécessaire que ce lait soit de bonne qualité, qu’il ne soit pas contaminé au moment de la traite et qu’il soit rendu au domicile du consommateur deux ou trois heures au plus après la traite.
B. Pasteurisation. — C’est l’application au lait de la méthode de Pasteur pour la conservation du vin et de la bière : on chauffe le lait à 75 ou 80 degrés. On détruit ainsi les ferments lactiques et la plupart des microbes pathogènes du lait, mais non les germes des ferments de la caséine. Aussi ce lait ne se conserve-t-il que peu de temps et est-il inférieur au lait stérilisé.
Cependant Johann essen (Cong. intern. Paris , 1900) se déclare partisan de la pasteurisation à 70 degrés centigrades; par ce moyen de stérilisation relative les bactéries pathogènes sont détruites sans qu’il en résulte des modifications dans la composition chimique du lait. A la suite de la pasteurisation, le lait doit être placé dans un local dont la température soit inférieure à 18 degrés et consommé dans les douze heures.
C. Ébullition. — C’est un procédé pratique lorsqu’on fait bouillir le lait immédiatement après la traite et qu’on le consomme dans la journée; il faut avoir soin de ne pas seulement laisser le lait « monter » (il n’est alors qu’à une température de 75 à 85 degrés), mais de le chauffer jusqu a apparition de gros bouillons qui apparaissent lorsque le liquide est à 101 degrés. Le lait, ainsi porté à l’ébullition pendant cinq minutes, ne contient plus ni ferments lactiques, ni microbes pathogènes ; seules les spores des ferments de la caséine ne sont pas détruits.
D. Chauffage au bain-marie à 100 degrés (1). — C’est un procédé employé dès 1810 par Appert pour la conservation du lait concentré : il consiste à prolonger le chauffage pendant un Certain temps. Escherich (2) et surtout Soxhlet(3) ont imaginé des appareils destinés à réaliser d’une manière pratique le chauffage au bain-marie.
L’appareil de Soxhlet se compose de petites bouteilles à goulot évasé contenant la quantité nécessaire pour une tétée; chacune de ces bouteilles, chauffée au bain-marie, se bouche automatiquement en se refroidissant; elle reste fermée jusqu’au moment où l’on s’en sert.
Cet appareil de Soxhlet a été modifié de diverses manières : un des modèles
f,1) L’étude des modifications chimiques qui se produisent dans le lait suivant les différents modes de stérilisation employés est encore à l’étude : d’après les recherches de Bordas et Rackowski (Acad, des Sc., 5 janvier 1905), les lécithines diminuent d’un tiers dans le lait chauffé dans un vase sur un feu nu, tandis que la réduction des lécithines est seulement d’un sixième dans le lait • chauffé au bain-marie.
(2) Escherich, Berl. klin. Woch ., 1890.
(3) Soxhlet, Münch. med. Woch., 1886, n°* 15 et 16.
LAIT I)E VACHE
les plus usités est celui de Budin (*) et de son élève Chavane (r). Il se compose :
a. D’un bain-marie formé par une marmite en fer-blanc ou en tôle de fer étamée, de grandeur variable; cette marmite contient un support destiné à maintenir les flacons isolés des parois du vase.
b. De petits flacons gradués par 25 grammes, en cristal blanc : le goulot de ces bouteilles est disposé de manière à pouvoir être obturé par un bouchon de caoutchouc: on peut aussi y adapter une tétine au moment de la tétée. Ces flacons sont de différentes tailles et contiennent 100, 150, 200 et 250 grammes.
c. D’ obturateurs automatiques : ce sont de petits disques de caoutchouc rouge pur, munis sur une des faces d’un appendice central.
Mode d’emploi. — Pour se servir de l’appareil, on verse dans chaque flacon la quantité de lait pur ou de lait coupé nécessaire pour une tétée, sans que cette quantité puisse dépasser le trait le plus élevé de la division du flacon; on place ensuite un obturateur sur le goulot. Tous les flacons ainsi préparés sont mis dans le porte-bouteilles, puis dans la marmite qui contient de l’eau froide. Le niveau de l'eau doit affleurer à peu près celui du lait dans les flacons.
La marmite est ensuite recouverte et portée sur un fourneau. La température de l’eau s’élève progressivement jusqu’à ébullition , qu’il faut maintenir pendant quarante minutes. Au bout de ce temps, on retire doucement le porte-bouteilles de l’eau bouillante, en ayant soin de ne pas toucher aux obturateurs; on laisse refroidir. Dès que la température s’abaisse, les obturateurs s’appliquent fortement sur les goulots des petites bouteilles et se dépriment à leur centre. La dépression atteint son maximum lorsque les flacons sont froids ; elle résulte du vide produit par la condensation de la vapeur de lait qui, pendant l’ébullition, a chassé l’air contenu dans la partie supérieure des flacons. L’obturateur est ainsi fixé par la pression atmosphérique.
« L’examen des flacons, dit Budin, permet d’avoir des preuves que le vide existe et que la stérilisation, par conséquent, a été faite. Ces preuves sont : 1° l’adhérence du disque sur le goulot de la bouteille; 2° la dépression centrale de l’obturateur; 5° l’expérience du marteau d’eau. Pour faire cette dernière, on renverse la bouteille qu’on doit tenir de la main gauche pendant qu’avec le bord cubital de la main droite on frappe d’un coup brusque sur le fond : le liquide se déplace en niasse et vient heurter la paroi en produisant un claquement sec. »
Pour administrer le lait à l’enfant, on prend une bouteille et, sans toucher à l’obturateur, on la plonge dans l’eau chaude, de manière à en tiédir le contenu. C’est alors seulement qu’en soulevant légèrement le bord de l’obturateur, on débouche le flacon. Sans transvaser le lait , on s’assure en le
P) Budin et Chavane, De l’emploi pour les nourrissons du lait stérilisé à 100 degrés au bainmarie. Bull, de l' Acad, de méd ., 19 juillet 1892, 25 juillet 1895, 17 juillet 1895.
(2) Chavane, Du lait stérilisé, son emploi dans l'alimentation des nouveau-nés. Thèse de Paris ,
LAIT DE VACHE
goûtant qu’il a sa saveur ordinaire et que sa température n’est pas trop élevée; on applique une tétine sur le goulot de la bouteille et on donne ainsi le biberon au nouveau-né. Quelques médecins conseillent de faire prendre le lait avec une cuiller en le versant directement du flacon.
Bien que cette méthode du chauffage au bain-marie à 100 degrés ne donne pas de lait stérilisé , puisqu’il n’est porté qu’à une température inférieure à 100 degrés, elle rend de grands services dans la pratique, surtout à la campagne, à la condition que le lait ainsi préparé soit consommé dans les vingt-quatre heures qui suivent le chauffage. Dans les grandes villes, la question est plus complexe : sans doute la préparation du lait à l’aide de l’appareil de Soxhlet, modifié par Budin, permet d’élever des nouveau-nés dans de meilleures conditions qu’autrefois ; mais la grande difficulté est de se procurer du lait de bonne qualité; alors même que le lait est recueilli dans de bonnes conditions, il s’altère facilement pendant le transport, surtout pendant les grandes chaleurs. C’est pour cette raison que Pinard et ses élèves ont jusqu’à présent conseillé l’emploi du lait stérilisé du commerce.
Marfan a rappelé à la Société médicale des hôpitaux (juin 1896) les inconvénients du lait qui n’est pas stérilisé en temps utile. Dans nombre de cas, il a pu « constater qu’entre le moment de la traite et celui du chauffage il s’était écoulé plusieurs heures, c’est-à-dire beaucoup plus de temps qu’il n’en faut, surtout pendant l’été, pour que le lait subisse des altérations. Après ce délai, on a beau soumettre le lait à l’action de la chaleur, on détruit les ferments, on ne détruit pas les produits de la fermentation et on fait prendre au nourrisson un lait déjà corrompu. Lorsqu’on peut se procurer facilement du lait, et que ce lait peut être soumis à faction de la chaleur quelques instants après la traite, on aura recours à la méthode de Soxhlet ou à l’ébullition qui est presque aussi bonne, à la condition d’assurer la parfaite propreté des vases, des biberons et des tétines. Quand, au contraire, on ne peut soumettre le lait à l’action de la chaleur que plusieurs heures après la traite, il faut employer le lait stérilisé dans l’industrie ».
Coupage du lait. — Quel que soit le procédé de stérilisation (ébullition, stérilisation vraie, chauffage au bain-marie, etc.) auquel le lait est soumis, doit-on le donner pur? N’est-il pas utile, comme cela a été conseillé depuis longtemps, de couper le lait, c’est-à-dire de corriger le lait qui diffère du lait de femme en ce qu’il contient presque le double de caséine, le double de sels, moins de lactose et de beurre? Les avis' sont partagés; Marfan a signalé des troubles digestifs chez les enfants élevés avec du lait stérilisé non coupé, troubles qu’il décrit sous le nom de dyspepsie du lait de vache pur; aussi conseille-t-il (*) de ne jamais donner de lait de vache pur aux nourrissons avant leur quatrième ou cinquième mois.
Il conseille le coupage par moitié dans les premiers jours qui suivent la naissance, puis, à partir du cinquième jour, le coupage du lait avec un tiers d’eau (lait, deux parties; eau, une partie); c’est avec ce mélange que l’enfant est nourri jusqu’au sixième mois. On ajoute à l’eau de coupage
(l) Marfan, De V allaitement artificiel. 2e édit., Paris, 1905. G. Steinlieil, édit.
LAIT DE VACHE
10 pour 100 de lactose cristallisée qu’on trouve dans le commerce; cette lactose est mise dans l’eau au moment où on la fait bouillir pendant 2 ou o minutes avant de la mélanger au lait. Lorsqu’on donne le lait stérilisé du commerce, on ajoute l’eau lactosée au lait au moment de faire téter l’enfant; quand on donne le lait préparé avec l’appareil de Soxhlet-Budin, on ajoute l’eau dans les flacons avant de les mettre au bain-marie.
Quant aux quantités de lait de vache ainsi coupé et additionné de lactose, Marfan a résumé dans un tableau les moyennes qui peuvent être données :
Le 1er jour, c’est-à-dire pendant les premières 24 heures, 50 à 40 grammes de lait coupé par moitié en 5 ou 4 tétées.
Le 2e jour . 60 à 120 grammes en 6 tétées.
Le 3e jour 280 à 350 — 9 —
Le 4e jour 550 à 420 — 7 —
A partir du 5e jour, on donne le lait coupé au tiers, c'est-à-dire composé de deux parties de lait de vache et d’une partie d’eau lactosée; la quantité moyenne est :
Du 5e au 50e jour ....
Pendant le 2e mois. . . .
— le 5e mois. . . .
— les 4e et 5e mois
Du 6e au 9e mois on donne du lait pur, non coupé , auquel on ajoute seulement 2 pour 100 de lactose : la quantité par jour est de 960 à 1050 grammes en 6 tétées.
Nous devons signaler comme pouvant servir à l’allaitement artificiel un lait préparé d’après la méthode de Gœrtner (') : elle consiste à couper le lait par moitié environ avec de l’eau lactosée de manière à diminuer la quantité de caséine. Le lait est mis dans une machine centrifuge à rotation très rapide; les corpuscules graisseux plus légers que l’eau s’amassent au centre, tandis que les parties plus lourdes vont à la périphérie. Un robinet placé sur la périphérie de l’appareil permet de recueillir du lail dont la composition est à peu près la même que celui de la femme. Ce lait, appelé tour à tour « lait gras », « lait concentré de Gœrtner », « lait maternel » (?), « lait maternisé », est ensuite stérilisé par l’un des procédés indiqués.
Escherich (2) fa employé le premier avec de bons résultats et Boissard (3) l’a préconisé en France. Marfan trouve que sa préparation n’est pas encore parfaite, qu’il est d’un prix élevé et qu’il ne semble pas donner des résultats supérieurs aux laits corrigés et coupés avec l’eau lactosée. Boissard [ L Obstétrique, janvier 1897) a publié des observations de nouveau-nés pour lesquels le lait maternisé a donné de bons résultats.
Sevrage. — C’est généralement à la lin du douzième mois que l’on pratique le sevrage, c’est-à-dire la suppression du lait de femme, fendant toute la seconde année le lait doit rester la base de l’alimentation; on donne en outre à l’enfant des potages au lait, au bouillon, à partir du quatorzième
(*) Gœrtner, Ueber (lie Herdellung (1er Fettmilch. 66e Congrès des naturalistes et des médecins allemands. Vienne, 1894.
(*) Escherich, Ueber Gœrtner sche Fettmilch. 66e Congrès des naturalistes et médecins allemands. Vienne, 1894.
(5) Boissard, France médicale , 16 août 1895.
420 à 525 grammes en 7 tétées.