AVANT
LA SYPHILIS
APRÈS
LA SYPHILIS
Fœtus mort-ncs
Morts après la naissance
Survivants
Cette proportion effrayante montre l’importance et la nécessité du traitement spécifique chez toute femme syphilitique, que la syphilis soit antérieure ou postérieure à la conception. Lorsque la syphilis est traitée, la mortalité fœtale devient presque nulle; aussi ne discuterons-nous pas l’opinion de quelques auteurs qui attribuent la mortalité fœtale aussi élevée au traitement suivi, et soutiennent que ce n’est pas la syphilis qu’il faut incriminer, mais bien le mercure.
Syphilis paternelle. — S’il est légitime d’admettre a priori (e t la clinique ne confirme que trop cette hypothèse) que la syphilis de la mère peut atteindre le fœtus, la transmission par la voie paternelle peut paraître moins aisée à comprendre. Dans nombre de cas, la syphilis paternelle ne manifeste pas son action, même h longue échéance, ou bien elle le fait seulement à une période de la vie de l’enfant qui n’intéresse plus guère l’accoucheur.
SYPHILIS ET GROSSESSE
Lorsque la syphilis paternelle est encore assez virulente pour être dangereuse, son action se manifeste de différentes manières :
A. Tantôt le père, porteur d’accidents primitifs ou secondaires, infecte et féconde la femme tout à la fois. Il est alors difficile, dans les accidents foetaux, de faire la part de l’influence paternelle et celle de l’influence maternelle.
B. Tantôt, — les faits de ce genre sont nombreux, — le père a contracté la syphilis plusieurs années avant le mariage ; un traitement a été suivi tant bien que mal; depuis plusieurs mois et même depuis plusieurs années, aucune manifestation syphilitique ne s’est montrée, nulle lésion susceptible de contaminer la femme n’existe au moment du coït fécondant. Un tel homme peut-il engendrer un enfant syphilitique? Sans aucun doute; les exemples indiscutables en sont fréquents dans la pratique sans qu’il soit possible d’incriminer la femme en quoi que ce soit. Ainsi une femme a plusieurs grossesses normales et accouche à terme d’enfants vivants bien portants ; elle se remarie ou devient enceinte des œuvres d’un autre homme. Elle ne peut plus mener à bien aucune grossesse ; les unes se terminent par l’expulsion de fœtus morts dès les premiers mois de la grossesse; dans les autres, le fœtus succombe vers le septième ou huitième mois; ou bien le fœtus naît vivant, mais présente des manifestations de syphilis viscérale qui l’emportent au bout de quelques jours. On interroge le père : il a eu la syphilis ; on le soumet ainsi que la femme au traitement mixte (mercure et iodure de potassium associés), les grossesses redeviennent normales ou mieux les fœtus se développent normalement. Ce sont là des faits observés par tous.
Aussi, au point de vue pratique , toutes les fois que chez une femme on observe des avortements à répétition ou des grossesses qui se terminent par la naissance d'enfants morts et macérés , après avoir éliminé les autres causes possibles de ces accidents, il ne faut pas se contenter d’interroger la mère, mais interroger et examiner le père ; le plus habituellement, avec un peu d’habileté et de savoir-faire, on obtient de lui des aveux qui sont d’ailleurs souvent confirmés par l’existence de cicatrices anciennes de syphilis.
Il est un signe très important qui permet dans nombre de cas après l’accouchement de dépister la syphilis paternelle : c’est Y hypertrophie placentaire, qui se traduit par une augmentation de poids de la masse placentaire (4) (voy. Syphilis du placenta).
Dans les cas où le doute persiste, dans les cas où, malgré un examen minutieux de la mère, on ne trouve aucune lésion spécifique, il ne faut pas hésiter à instituer le traitement spécifique. C’est la conduite suivie avec succès depuis plusieurs années par Pinard, qui prescrit le sirop composé suivant :
Sirop d’écorces d’oranges amères. 300 grammes.
Biiodure de mercure. dix centigrammes.
Iodure de potassium 10 grammes.
(4) Consulter la thèse de A. Schwab, De la syphilis du placenta, Thèse de Paris , 1896, G. Carré, éditeur.