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SYPHILIS PAR CONCEPTION

Une cuillerée à soupe au milieu du repas de midi et du soir. On peut remplacer les 300 grammes de sirop d’écorces d’oranges amères par 250 grammes d’eau et 50 grammes d’eau distillée de menthe.

Lepage emploie un mélange à parties égales de sirop iodo-tannique et de sirop de Gibert (une cuillerée à soupe à chaque repas), dans le cas où le sirop de Gibert ou le sirop formulé par Pinard ne sont pas bien supportés par l’estomac.

Syphilis par conception. — Une question fort intéressante à tous les points de vue se pose ici, celle de la syphilis par conception : signalée par Ricord (1852), Hutchinson (1854), Diday, elle est admise et enseignée par Fournier.

Voici en quoi elle consiste : une femme devient enceinte à la suite de rapports sexuels avec son mari qui a présenté, il y a huit, dix ans et même plus, des accidents syphilitiques, mais n’en a pas eu depuis plusieurs années; il a été autorisé à se marier par le médecin qui le soigne habituellement. Pendant toute la durée de la grossesse, cet homme n’a aucune lésion susceptible de contaminer sa femme; dans certains faits bien observés, il n’y a presque pas eu de rapports sexuels après la conception. Et cependant la femme (à l’abri de tout soupçon au point de vue des rapports sexuels extra-conjugaux) présente au cours ou à la fin de sa grossesse, généralement vers le quatrième ou cinquième mois, des lésions manifestes de syphilis secondaire (roséole, plaques muqueuses, etc.), sans avoir jamais eu F accident initial , le chancre : c’est ce que Fournier appelle la syphilis décapitée.

C’est à cette variété d’accidents qu’on a aussi donné le nom de syphilis conceptionnelle précoce pour l’opposer à la syphilis conceptionnelle tardive qui se traduit seulement huit ou dix ans après l’accouchement par des accidents tertiaires (gommes, etc.). Quant à la syphilis conceptionnelle latente dans laquelle on n’observe aucune manifestation cutanée ou muqueuse, mais seulement des troubles de vitalité plus ou moins marqués (céphalée persistante, amaigrissement, alopécie, douleurs ostéocopes), avec de l’immunité en présence du nourrisson malade, nous ne saurions guère l’admettre puisque en réalité cette variété ne se manifeste par aucun accident spécifique tangible; ne s’agit-il pas plutôt d’une immunisation, d’une vaccination créée par le fœtus en faveur de la mère? Le fœtus est infecté, les toxines qui résultent de son infection filtrent à travers le placenta et déterminent tantôt une infection, tantôt une immunisation.

Les observations indiscutables de syphilis par conception sont fort peu nombreuses; elles n’ont guère de valeur réelle que lorsqu’elles ont été prises pour ainsi dire au jour le jour par un mari médecin, s’observant et observant bien. Quelques auteurs mettent en doute la réalité de ces faits, disant qu’il est bien difficile d’affirmer que le mari n’a pas eu la moindre lésion, en particulier de Y urèthre; que la femme n’a pas eu un chancre du col, du vagin, de l’amygdale, etc. Diday se demandait même si, en pareil cas, il ne pouvait pas y avoir également chancre de la trompe.

SYPHILIS ET GROSSESSE

Merger (*) a réuni dans sa thèse toutes les objections faites à l’existence de la syphilis conceptionnelle ; il la nie et conclut en disant que « c’est une syphilis à chancre interne, se greffant le plus souvent au moment des règles ou dans les jours qui suivent, à la faveur d’un coït fécondant ».

Toutefois, les observations rapportées par Fournier, les raisons qu’il invoque, nous paraissent suffisamment probantes pour entraîner la conviction; nous admettrons donc avec lui, d’une manière exceptionnelle , la syphilis par conception . Comment l’expliquer? Il est logique d’admettre que c’est le fœtus, en puissance de syphilis par son père, qui infecte la femme et que cette infection se fait au niveau du placenta.

Conduite à tenir. — Le traitement de la femme syphilitique enceinte est d’autant plus important qu’il vise le double but de soigner la femme et d’empêcher le fœtus de succomber in utero ou de naître avec des lésions graves de syphilis. Dans les premiers mois de la grossesse, l’intolérance gastrique peut rendre difficile le traitement interne ; il faut alors recourir aux injections hypodermiques. E. Gaucher et H. Bernard ont précisé (Soc. méd. des hôpit ., 15 février 1901) quelques points du traitement de la syphilis pendant la grossesse : c’est ainsi que les sels mercuriels solubles doivent être préférés à toute autre médication hydrargyrique. Parmi eux, il faut choisir le sublimé pour l’usage interne, le benzoate de mercure pour la voie sous-cutanée. Le sublimé sera prescrit en pilules de 1 centigramme, associé à une dose égale d’extrait thébaïque; ce sont les pilules de Dupuytren modifiées; la dose ordinaire est de deux pilules chaque jour. Le benzoate de mercure doit être également employé à la dose journalière de 2 centigrammes, en injection sous-cutanée de préférence; sa solubilisation est obtenue par le benzoate d’ammoniaque. Quelle que soit la préparation mercurielle employée, on peut avantageusement ajouter de l’iodure de potassium à la médication hydrargyrique, comme dans toutes les syphilis graves.

Le traitement, pour être efficace, doit être commencé dès le début de la grossesse ou dès que la syphilis est diagnostiquée, lorsque celle-ci est postérieure à la conception. Il doit être continué d’une façon ininterrompue pendant toute la durée de la gestation; aussi, pour éviter les inconvénients des injections répétées, faut-il recourir aux séries alternées d’injections et de pilules (un mois d’injections, vingt jours de pilules, dix jours de repos pour une période de deux mois, et ainsi de suite jusqu’à la fin de la grossesse) (2).

En dehors de la thérapeutique de la syphilis de la femme enceinte, nombre

(*) Merger, Étude critique sur la syphilis conceptionnelle. Thèse de Paris , 1886. H. Jouve, éditeur.

(2) Chez les syphilitiques albuminuriques, que cette albuminurie soit d’étiologie syphilitique ou gravidique, le traitement comporte les deux mêmes indications : régime lacté et traitement spécifique, les doses de ce dernier étant subordonnées au degré de la perméabilité rénale, et indépendantes, dans une certaine mesure, de la quantité d’albumine.

Si l’élimination du mercure par les urines se fait mal, il faut d’abord s’en tenir au régime lacté ; au fur et à mesure que les fonctions rénales se rétablissent, on donne du mercure (tannate de mercure à l’intérieur, puis benzoate en injections) à doses progressivement croissantes, mais

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de questions de pratique se rattachent aux rapports de la syphilis et de la grossesse : nous rappelons que lorsque, chez une femme, la mort du fœtus se produisant à une époque plus ou moins avancée de la grossesse et se répétant à plusieurs grossesses ne peut être expliquée d une manière rationnelle, il faut songer à la syphilis paternelle ou maternelle et instituer un traitement en conséquence (voy. p. 579).

Quant à la question de V allaitement des fœtus issus de parents syphilitiques, elle doit être envisagée à différents points de vue. Lorsqu’un enfant naît avec des manifestations syphilitiques ou lorsqu’il en présente peu de temps après sa naissance, il ne doit sous aucun prétexte être confié à une nourrice mercenaire qu’il pourrait infecter.

La mère est la seule femme qu’il ne puisse contaminer , alors même qu’il présenterait des manifestations buccales : cette immunité spéciale, qu’on a trouvée assez constante pour en faire la règle (loi de Colles), est un argument invoqué par les partisans de la syphilis par conception et en particulier par Fournier. Cette loi, que Fournier formule ainsi : « Un enfant procréé syphilitique par un père syphilitique ne contagionne jamais sa mère », ne doit pas porter le nom de Colles qui n’a jamais eu cette idée, mais être appelée loi de Baumes , chirurgien en chef de l’Antiquaille de Lyon, qui a écrit en 1840 : « ... Une mère, ayant porté dans son sein un enfant syphilitique qui doit l’infection au sperme de son père, ne contracte pas généralement, en nourrissant son propre enfant, la maladie syphilitique comme pourrait la contracter une nourrice étrangère. »

Si, pour une raison quelconque, la mère ne peut allaiter, l’enfant doit être soumis à l’allaitement artificiel avec le lait stérilisé. L’allaitement par une femelle animale (chèvre, par exemple) n’est guère usité, surtout dans les grandes villes.

Une question très délicate, et diversement interprétée, est de savoir si Ton peut confier à une nourrice un enfant dont le père a eu anciennement la syphilis dont il a été rigoureusement traité. Ici encore le médecin doit déployer toute son habileté pour engager la mère à nourrir; en cas de refus, il doit exposer au mari les dangers éventuels pour la nourrice — et lui recommander de surveiller avec soin la peau et les muqueuses (surtout celle des lèvres) du bébé — ou les surveiller lui-même.

Une femme saine enceinte d’un syphilitique et qui accouche d’un enfant syphilitique aura ultérieurement des enfants sains d’un homme sain (Pinard).

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Influence de la grossesse sur la tuberculose. — Les avis ont beaucoup varié au sujet de l’influence de la grossesse sur la tuberculose. Les médecins

sans dépasser 1 centimètre cube de benzoate par jour, c’est-à-dire la moitié de la dose normale. Si, au contraire, la perméabilité rénale est normale ou à peu près, on commence d’emblée le traitement mercuriel par la moitié de la dose ordinaire, puis on augmente progressivement jusqu’à ce qu’on atteigne la dose normale (Gaucher et Bernard).

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du xvme siècle et du commencement du xixe admettaient, pour la plupart, que la grossesse s’opposait au développement de la phtisie ou en arrêtait même l’évolution quand elle existait; Cullen ajoutait : « La grossesse retarde souvent les progrès de la phtisie. Ce n’est communément qu’après l’accouchement que les symptômes reviennent avec violence et produisent la mort en peu de temps. »

Pour d’autres auteurs (Gardien, Capuron, Pidoux, etc.), la phtisie resterait souvent stationnaire, s’améliorerait même pendant les premiers mois de la gestation; mais, à partir du quatrième ou cinquième mois, les phénomènes pathologiques s’accentueraient notablement.

Louis, le premier, fit ressortir Y influence mauvaise de la grossesse sur la tuberculose ; son opinion fut défendue par Stoltz, qui enseignait que chez une femme prédisposée à la phtisie pulmonaire, la grossesse pouvait changer cette prédisposition en maladie confirmée et que, quand l’affection existait, elle en activait l’évolution et en hâtait le dénouement. — Ces mêmes idées furent admises par Robert (de Strasbourg), Grisolle, Dubreuil, Hervieux, etc.; « actuellement, dit A. Herrgott fils (4) , la plupart des auteurs considèrent la grossesse comme un puissant agent accélérateur de la marche de la tuberculose ».

Pinard se range à l’opinion très judicieuse de Hérard et Cornil : « Dans la grande majorité des cas, dit-il, la grossesse, loin d’enrayer la phtisie pulmonaire, en accélère au contraire la marche. Mais il faut reconnaître aussi que quelquefois la maladie n’est influencée ni en bien ni en mal et que même, dans un petit nombre de cas, les symptômes paraissent manifestement arrêtés. »

Pour bien apprécier Y influence de la grossesse sur la tuberculose, il faut distinguer différents cas : une femme tuberculeuse devient enceinte; sa grossesse est bonne ; ses fonctions digestives, loin d’être diminuées ou perverties, sont exagérées par la grossesse ; sa nutrition est meilleure et son état général s’en ressent. Chez cette femme, la tuberculose pulmonaire pourra rester silencieuse pendant presque toute la grossesse pour évoluer ensuite pendant les semaines qui suivront l’accouchement, alors que l’appétit diminuera, que la femme sera débilitée par les fatigues de l’accouchement, par le séjour au lit, etc. — Cette aggravation de la tuberculose se produira pendant la grossesse si la femme ne s’alimente pas, si elle est. obligée de garder le lit ou la chambre, du fait de sa grossesse ou de son affection pulmonaire.

Un fait non moins certain, c’est que chez une femme prédisposée à la bacillose par son tempérament, par ses antécédents héréditaires, etc., la grossesse et surtout les grossesses répétées et rapprochées facilitent singulièrement l’apparition et l’évolution de la tuberculose pulmonaire. L’allaitement, sans parler des dangers qu’il présente pour l’enfant, est en pareil cas particulièrement funeste.

La grossesse ne semble guère influer sur la localisation des manifesta- (*)

(*) Annales de gynécologie, juillet 1891.

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fions tuberculeuses : outre la tuberculose pulmonaire, on peut rencontrer la tuberculose méningée, la tuberculose des organes génitaux qui se développeraient volontiers sous rinfluence de la gestation. La tuberculose laryngée (*) a été un peu plus fréquemment observée.

Influence de la tuberculose sur la grossesse. — Il n'est point rare chez les femmes tuberculeuses de voir se produire Y avortement ou l’accouchement prématuré, ainsi que l’établissent les statistiques de Bourgeois, d’Ortega. La vie du fœtus est donc menacée de différentes manières : « Ou il vient au monde prématurément, fœtus ou mort-né, sa mère ne lui fournissant qu’incomplètement les matériaux de sa nutrition; ou il naît au septième mois, enfant petit ou souffreteux, qui meurt au bout de quelques jours par impuissance de vivre; ou enfin il vient à terme pour succomber quelques mois plus tard, le plus souvent à des convulsions qui sont celles de la méningite tuberculeuse. On ne voit guère l’enfant fournir une carrière plus longue que si la mère était peu tuberculeuse encore ou le père exceptionnellement robuste. »

Cette influence se fait sentir d’une manière plus ou moins marquée, suivant que la tuberculose est antérieure à la grossesse ou qu’elle se développe au cours de celle-ci, suivant l’étendue des lésions et la virulence du bacille.

La transmission directe de la tuberculose de la mère au fœtus existe, tout en étant exceptionnelle; elle a été admise par Baumgarten (1880), puis par Landouzy qui la désigna sous le nom d 'hérédité de la graine pour l’opposer à l’autre hérédité, la plus fréquente, Yhérédité de terrain.

Cette transmission directe (2) est démontrée : A. par des faits cliniques ; B. par des faits expérimentaux.

A. Faits cliniques. — Les faits cliniques les plus anciens sont ceux de Charrin (1875), de Berti (1882), de Merkel (1884), qui rapportent des cas de tuberculose congénitale chez des fœtus issus de femmes tuberculeuses; Jacobi (de New-York) a publié en 1891 un cas de tuberculose congénitale qu’il aurait observée en 1881 ; mais l’observation la plus importante est celle

(1) Kustner ( Moncitschr . f. Ohrenheilk ., nov. 1901) a réuni 15 cas de femmes ayant eu de la tuberculose laryngée au cours de la grossesse : chez 12 d’entre elles cette complication est survenue pendant la première moitié de la gestation. 3 fois des lésions pulmonaires existaient avant l’accouchement; 12 fois les poumons étaient sains ou ne présentaient que des lésions insignifiantes. L’accouchement a eu lieu 3 fois au cours du septième mois, 8 fois au cours du huitième mois, 4 fois au cours du neuvième mois. Tous les enfants sont nés vivants : sur 4 d’entre eux les renseignements font défaut, 3 sont vivants, 8 sont morts immédiatement après la naissance ou au bout de trois semaines au maximum. Les 15 femmes ont succombé aussitôt après l’accouchement ou au bout de deux mois au plus.

Kustner résume ainsi la conduite à tenir dans les cas de tuberculose laryngée chez les femmes gravides : s’abstenir de toute intervention, si les lésions laryngées sont peu marquées et si l’état général est bon; si les lésions s’étendent, pratiquer la trachéotomie et provoquer l’avortement. Si les lésions sont avancées, on se contente du traitement local et on pratique d’urgence la trachéotomie si les troubles respiratoires deviennent trop graves.

(2) v°y. àviragnet. Tuberculose chez les enfants. Thèse de Paris , 1892, et son article Tuberculose, in Traité des maladies de l'enfance , t. I, p. 764 (décembre 1896), que nous résumons en partie. — Stkaus, La tuberculose et son bacille, Paris. — Bolognesi, Recherches cliniques, bactériologiques et expérimentales pour servir à l’histoire de l’hérédité de la tuberculose humaine. Thèse de Paris, 1895.

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de Sabouraud (Soc. de biol. , déc. 1891), qui a trouvé les bacilles de Koch dans les lésions tuberculeuses du foie et de la rate d’un nouveau-né mort onze jours après la naissance.

Différents cas de tuberculose fœtale chez des fœtus mort-nés ou chez des enfants ayant succombé quelques jours après la naissance ont été publiés depuis par Baumgarten et Roloff (1892), Lehmann (1895), Schmorl et Kackel (1895).

Les observations de tuberculose congénitale chez les animaux, avec examen bactériologique, sont plus nombreuses, bien qu’exceptionnelles : citons celles de Johne (de Dresde) (1885), de Malvoz et Brouwier (1889), de Bang (1890), de Mac Fadyeau (1891), de Csokor (1891).

B. Faits expérimentaux. — Les premières recherches expérimentales ont été faites par Landouzy et H. Martin à une époque où le bacille de Koch n’était pas encore connu : ce qui amoindrit la valeur de leurs expériences. Elles corisistaient à rendre tuberculeux des cobayes en leur inoculant des fragments de placenta de femmes phtisiques ou des fragments d’organes sains en apparence (poumon, foie, etc.) provenant de fœtus issus de tuberculeuses.

Ces recherches se sont multipliées depuis Père bactériologique; les inoculations ont été faites de diverses manières :

1° Avec des fœtus en apparence sains provenant de mères tuberculeuses;

2° Avec le placenta de femmes phtisiques ;

5° Avec le sang de la veine ombilicale ;

4° Avec le liquide amniotique;

5° Sur des femelles d’animaux.

Voyons successivement les résultats obtenus à l’aide de chacune de ces méthodes :

1° Avec des fœtus en apparence sains. — Landouzy et H. Martin rendaient les cobayes tuberculeux en leur inoculant des fragments d’organes (poumon, foie, etc.) de fœtus issus de mères tuberculeuses.

2° Avec le placenta des phtisiques. — Plusieurs des expérimentateurs qui ont inoculé des fragments d’organes des fœtus ont en même temps fait des inoculations avec le placenta et ont obtenu des résultats positifs (Landouzy et H. Martin, Aviragnet, Londe et Thiercelin, Bolognesi, etc.).

D’ailleurs Lehmann a constaté des lésions tuberculeuses dans plusieurs placentas : les tubercules se développeraient d’abord dans la caduque et envahiraient secondairement le chorion. Schmorl et Kockel ont donné une étude assez complète de l’histogenèse de la tuberculose placentaire ; ils décrivent deux formes qui passent fréquemment de l’une à l’autre. Dans la première, les altérations débutent dans les espaces intervilleux, à la surface des viWosités. Bien que les villosités offrent une grande résistance à la pénétration des bacilles, elles finissent cependant par perdre leur revêtement épithélial et par être envahies par les bacilles et par un tissu de granulations semblable à celui des espaces inter villeux. Dans la seconde forme, qui est primitive, mais rare (Schmorl et Kockel n’en ont observé qu’un cas), la tuberculose se développe d’emblée dans le tissu fondamental des villosités.

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La voie par laquelle les bacilles arrivent clans le placenta est le courant sanguin.

5° Avec le sang de la veine ombilicale. — Bar et Rénon (Soc. de biol., 29 juin 1895) ont cherché à élucider expérimentalement cette question de la transmissibilité directe de la tuberculose maternelle au fœtus par le placenta (1).

4° Avec le liquide amniotique. — Alph. Herrgott(2) a recherché dans un cas si le liquide amniotique retiré de l’utérus d’une femme atteinte de granulie aiguë était susceptible de produire la tuberculose : le cobaye, inoculé dans le péritoine, fut sacrifié au bout de 74 jours; à l’autopsie, on trouva une tuberculose ganglionnaire des ganglions abdominaux et thoraciques et une tuberculose miliaire aiguë récente du poumon. Il y avait de nombreux bacilles.

Cependant quelques expérimentateurs, Leyden en particulier, n’ont obtenu que des résultats négatifs.

En revanche, Aviragnet (1890), en s’entourant de toutes les précautions d’asepsie usitées actuellement en bactériologie, a produit chez des cobayes la tuberculose à bacille de Koch, en leur inoculant du placenta provenant d’une mère tuberculeuse et des fragments d’organes fœtaux, sains en apparence. — Une observation analogue et plus probante encore est celle de Birch- Hirschfeld et Schmorl, qui trouvèrent quelques bacilles dans le foie du fœtus.

En 1895, Londe et Thiercelin ont également fait des inoculations positives avec des organes de fœtus nés de mères tuberculeuses.

Ainsi, « dans certaines circonstances, les fœtus, nés de mères tuberculeuses, peuvent produire la tuberculose chez des animaux, bien qu’à l’œil nu leurs organes paraissent sains. Les fœtus contiennent des bacilles; mais ils n’ont pas eu le temps d’organiser des granulations tuberculeuses. » Ces faits, pour être indiscutables, n’en sont pas moins exceptionnels.

5° Expériences faites sur des femelles d'animaux auxquelles on inocule la tuberculose. — Elles sont presque toutes négatives et la plupart des expérimentateurs n’ont pas réussi à transmettre la tuberculose de la mère au fœtus (Grancher, Straus, Nocard, Leyden). Les expériences de Sanchez Toledo, faites avec de la tuberculose aviaire, inoculée par voie intraveineuse, sous-cutanée, intra-pleurale, à 55 femelles de cobayes pleines, ont été également négatives : aucun des 65 fœtus nés de ces femelles ne présenta de tuberculose. Les recherches de Vignal, de Hutinel, ont abouti au même résultat (5).

P) Dans cinq cas, ils ont recueilli, au moment de la naissance, une certaine quantité de sang s’écoulant par le bout placentaire de la veine ombilicale et l’ont injcclé à des cobayes sous la peau de l’abdomen. Dans trois cas, les résultats ont été négatifs : les cobayes ne sont pas devenus tuberculeux. Dans deux autres cas. les résultats ont été positifs. Or, les mères étant, dans ces deux cas, mortes peu après l’accouchement, il semble qu’il existe un certain rapport entre la gravité de l’affection et les résultats positifs de l’inoculation au cobaye.

(2) Alph. Herrgott, Tuberculose et gestation. Annales de gynécologie , juillet et août 1891.

(3) Gartner ( Zeitschr . fur Hyg. und Infections-Krankh ., 1895, Bd XIII, p. 101-250) a obtenu cependant quelques résultats positifs par des inoculations de tuberculose faites à des souris blanches. Il inocula dans le péritoine plusieurs souris qui donnèrent deux ou trois portées successives alors qu’elles étaient depuis un certain temps soumises à l’infection tuberculeuse :

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D’après Nocard, les recherches faites sur les jeunes bovidés permettent de rejeter d’une façon presque certaine l’hérédité de la tuberculose dans cette race. Les statistiques faites dans les abattoirs montrent, en effet, que le nombre des veaux tuberculeux est infime et que les quelques cas rencontrés peuvent être dus à la généralisation de la tuberculose chez une vache pleine. En ce cas, l’utérus gravide, le placenta et consécutivement le fœtus peuvent être envahis au même titre que tous les tissus de la mère : l’avortement, d’ailleurs, en est la conséquence habituelle; mais, dans le cas contraire, on s’expliquera facilement que le veau naisse tuberculeux. « S’il est vrai que le bacille de Koch puisse parfois passer de la mère au fœtus, il n’est pas moins vrai que ce passage est absolument exceptionnel. » (Nocard.)

De toutes ces expériences et des observations cliniques, on peut conclure que, dans la grande majorité des cas , la transmission du bacille n’a pas lieu, le fœtus naît indemne ; quelquefois cependant le fœtus présente à sa naissance de l’infection tuberculeuse.

Comment se produit l’infection du fœtus dans les cas où il naît en puissance de tuberculose ? Il faut distinguer les cas de transmission suivant que la tuberculose vient de la mère ou du père.

1° Infection par la mère. — Elle peut se produire soit : a. dès le début du développement de V œuf , à la période ovulaire (infection tuberculeuse de l’ovule ) : c’est, dit Straus, une hypothèse bien difficile à prouver et même à accepter, mais qu’on ne peut cependant pas écarter d’une façon absolue.

« Pour qu’elle soit vraie, il faudrait admettre que la présence du bacille de la tuberculose (ou de ses toxines) à l’intérieur de l’ovule n’empêcherait ni la fécondation, ni la migration de cet ovule pendant toute la durée de la vie embryonnaire. »

b. Pendant la période fœtale (infection tuberculeuse ou bacillaire de l’utérus, du placenta, voire même du liquide amniotique). C’est par le placenta — et par conséquent par la voie sanguine — que se fait habituellement la contamination du fœtus par la mère : elle n’est donc guère possible qu’autant que le sang maternel contient le bacille de la tuberculose, c’est-àdire dans la granulie ou au moment d’une poussée aiguë de la tuberculose chronique ; il est de plus nécessaire que l’épithélium des villosités placentaires soit altéré. Aussi est-ce avec raison que, dans sa thèse inaugurale, Aviragnet insistait sur la rareté des tuberculoses congénitales : « Quand, dit-il, la femme, dans les derniers mois de sa grossesse, est en pleine poussée granulique, il y aura des chances pour que les bacilles de Koch s’arrêtent au niveau du placenta et passent de la circulation maternelle dans le sang du fœtus. Or, la granulie n’est pas la règle durant la grossesse; la tuberculose s’amende généralement, et ce n’est qu’après l’accouchement qu’elle s’aggrave et se généralise. »

116 fœtus, après avoir été pilés dans un mortier, furent inoculés à 56 cobayes. Deux cobayes . seulement moururent de tuberculose à point de départ péritonéal. Dans une autre série d’expériences, Gartner inocula la tuberculose aux souris par la voie trachéale : sur 9 femelles, 7 donnèrent naissance à des petits tuberculeux. — Enfin le même observateur inocula à 10 lapines, dans la veine de l’oreille, une culture de tuberculose : sur les 51 fœtus résultant des portées et qui furent inoculés à des cobayes 5 provoquèrent la "tuberculose.

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Ainsi, dans la majorité des cas, les enfants, nés de mères tuberculeuses, viennent au monde sans être baciliisés, ni tuberculisés ; mais, dans quelques cas, ils sont chétifs et meurent assez rapidement.

2° Infection par le père. — Quelle est l’influence du père dans l’hérédité directe de la tuberculose? Elle paraît démontrée (‘) par les observations cliniques (Landouzy, Fieux, etc.); il n’est point rare de voir des femmes jeunes qui, fécondées par un mari tuberculeux, accouchent d’enfants morts ou qui meurent peu de temps après la naissance, tués probablement par la tuberculose ; ces mêmes femmes ont ensuite d’un second mari bien portant des enfants qui naissent vivants et se développent d’une manière régulière. Comment se produit alors l'infection? Par le sperme qui, contenant des bacilles, peut, en fécondant l’ovule, l’infecter et rendre tuberculeux le produit de conception; mais le fait n’est point démontré. Si l’on a trouvé un certain nombre de fois des bacilles dans le sperme de phtisiques ayant des lésions des organes génitaux, ce n’est que très rarement (Jahni) qu’on a pu faire cette constatation dans le sperme de phtisiques ayant les organes génitaux sains.

Au point de vue expérimental, si Landouzy et H. Martin ont produit chez les cobayes une infection tuberculeuse en leur inoculant du sperme de phtisiques, en revanche Rohlff n’a obtenu que des résultats négatifs. De même Gartner, qui a répété avec succès les expériences de Landouzy et H. Martin, n’a pu obtenir des petits tuberculeux en faisant féconder des femelles saines par des mâles inoculés de tuberculose dans le testicule. En outre, le nombre des bacilles dans le sperme est très faible : d’après Gartner, chaque éjaculation contenant en moyenne 226 millions de spermatozoïdes, chez un tuberculeux, les bacilles se trouvent au nombre d’une dizaine, dans la proportion de 1 pour 22 millions; les chances de contamination de l’ovule par le sperme sont donc très minimes. Aussi certains auteurs, Firket (2) par exemple, n’admettent guère qu’un ovule puisse être fécondé par un spermatozoïde ayant des bacilles, et suivre un développement normal. La question est donc en suspens.

D’après A. Herrgott, bien que le fait de la transmission de la tuberculose soit établi, il n’est pas démontré que le bacille passe avec le sperme dans l’ovule.

Différents accoucheurs ont préconisé l’interruption de la grossesse chez les femmes tuberculeuses ; c’est ainsi que récemment quelques accoucheurs allemands ont proposé cette thérapeutique chez les femmes enceintes de quelques mois qui présentent de la tuberculose pulmonaire au début, jugeant au contraire inutile d’intervenir chez les femmes qui ont une tuber-

(4) Lefour a rapporté en 1896. à la Société obstétricale de Bordeaux, deux observations démonstratives à cet égard : dans le premier cas, une femme mariée à un tuberculeux fait successivement huit fausses couches. Yeuve, elle épouse un homme sain et met au monde un enfant vivant et bien portant. Dans le second fait, une femme mariée à un mari tuberculeux fait successivement quatre fausses couches; l’état du mari s’améliore, la femme mène une grossesse à bien. La tuberculose s’aggrave à nouveau, la femme a deux grossesses qui se terminent par deux fausses couches. * (2) Firket, Revue de méd., janvier 1887.

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