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DÉFORMATIONS OSSEUSES DANS L’OSTÉOMALACIE

son développement; le fait a d’ailleurs été observé chez les animaux, sur les femelles pleines ou en lactation, par Bouley et par d’autres observateurs.

Fréquence. — Rare en France et dans le nord de l’Europe, l’ostéomalacie est plus fréquente dans la haute Italie, en Autriche, dans la Suisse et dans le sud de l’Allemagne.

Symptômes. — Au début, la femme éprouve des douleurs du côté des os malades et en particulier du côté des os du bassin ; il y a de Y endolorissement surtout marqué au niveau des ischions, de la symphyse du pubis, des symphyses sacro-iliaques, du sacrum, avec irradiations douloureuses du côté de la colonne vertébrale. La femme éprouve une certaine difficulté pour marcher et même pour s’asseoir; elle est obligée de garder le lit et repose habituellement sur l’un ou l’autre côté; les mouvements sont douloureux. Cet état dure quelque temps, avec des alternatives d’amélioration et d’aggravation; on pense qu’il s’agit de rhumatismes, de névralgies, lorsque survient un accident qui éveille davantage l’attention : c’est une fracture qui se produit spontanément du côté d’un membre alors que la malade fait un mouvement. Les réflexes sont généralement augmentés ; Latzko a noté la contracture fréquente des adducteurs de la cuisse, la paralysie des muscles psoas iliaques et la chute des dents saines par atrophie des alvéoles.

Peu à peu les phénomènes de dénutrition s’accentuent, la femme maigrit, s’émacie; les urines sont fortement chargées de sels; elles sont troubles, blanchâtres et forment un dépôt plus ou moins abondant. Parfois les urines sont normales, peu colorées; c’est par une autre voie, par les muqueuses bronchique, intestinale, que s’éliminent les sels calcaires en y formant des dépôts plus ou moins abondants et en donnant lieu à des phénomènes d’inflammation, de catarrhe.

Diagnostic. — Les déformations des membres et du bassin sont plus ou moins marquées et doivent être recherchées avec soin ; ce sont elles seules qui peuvent permettre le diagnostic d’ostéomalacie. Au début, le diagnostic n’est pas facile; en raison de l’extrême rareté de cette affection, on n’y songe guère; on pense que les douleurs, les difficultés de la marche, sont dues à un certain degré de rhumatisme , au relâchement des symphyses et en particulier de la symphyse pubienne.

Lorsque la maladie dure depuis quelque temps, le diagnostic devient plus facile, surtout lorsqu’on constate des lésions des membres inférieurs et un certain ramollissement du squelette. L’examen du bassin fait reconnaître la saillie du pubis en avant; il reste cependant à déterminer, d’après les commémoratifs, si cette saillie existait avant le début de la grossesse, s’il n’y avait pas un rétrécissement rachitique pseudo-ostéomalacique ou s’il s’agit d’une déformation s’étant produite depuis le début de la maladie. Le toucher permet de bien reconnaître la gouttière qui se trouve en arrière de la symphyse ainsi que les saillies formées dans l’intérieur du bassin par les différents os. Dans certains cas, le rapprochement des os, et en particulier du pubis, est tel que les doigts pénètrent difficilement dans le vagin (*).

P) Tarnicr a rapporté, dans son cours de 1886, une observation intéressante au point de vue du

CONDUITE A TENIR DANS LES BASSINS OSTÉOMALACIQUES

Pronostic. — L’ostéomalacie est une maladie grave par elle-même, à évolution quasi fatale si elle persiste malgré la cessation de la grossesse ; si elle évolue lentement, la femme peut guérir.

Quant au pronostic de l’accouchement par lui-même, il est sérieux ; il est en effet très rare que raccouchement puisse se faire spontanément; ce n’est que dans quelques cas exceptionnels, cités par Kilian, Robert, Winckel, Weber, que, par suite du ramollissement des os, ceux-ci peuvent se laisser refouler de dedans en. dehors au point de laisser passer la partie fœtale; c’est à ces bassins extensibles qu’on a donné le nom de bassins élastiques , de bassins en caoutchouc (Schieck). L’accouchement peut, en pareil cas, être spontané malgré des déformations osseuses considérables.

Le pronostic pour le fœtus est donc variable ; dans certains cas, le fœtus peut naître à terme vivant, soit spontanément, soit à la suite d’une opération césarienne ou d’une symphyséotomie; dans d’autres cas, on est obligé de pratiquer la basiotripsie.

Conduite à tenir (*). — A. Pendant la grossesse. — Elle diffère suivant l’époque de la grossesse à laquelle la femme éprouve des accidents ; s’ils sont très manifestes, à une date peu avancée de la grossesse, il ne faut pas hésiter dans l’intérêt de la mère à provoquer l’accouchement, voire l’avortement. Si l’on veut temporiser, on fera prendre à la malade 1 à 2 milligrammes de phosphore par jour pendant plusieurs mois.

Herz a obtenu une guérison chez une femme de trente-neuf ans, ostéoma- Lacique, en lui faisant prendre 1 milligramme de phosphore par jour dans de l’huile de foie de morue; il considère comme inutiles et peut-être dangereuses les doses quotidiennes de 3 et 4 milligrammes qui ont été conseillées. De plus, il est nécessaire avant d’administrer du phosphore de s’assurer du bon état du cœur et des vaisseaux.

B. Pendant le travail. — Lorsqu’on se trouve en présence d’une femme en travail, il faut, par un examen approfondi, rechercher si l’accouchement est possible; il ne faut pas attendre trop longtemps, de peur que la vitalité du fœtus ne soit compromise ; on pratique l’opération césarienne ou l’opération de Porro, qui a l’avantage d’assurer ultérieurement la stérilité et de mettre jusqu’à un certain point la femme à l’abri d’une nouvelle poussée d’ostéomalacie.

C. Après l’accouchement. — Fehling a conseillé (janvier 1887) la castration comme moyen curatif de l’ostéomalacie (2). On a constaté expérimenta-

diagnostic; une femme enceinte avait éprouvé quelques douleurs de reins auxquelles elle n’avait pas attaché grande importance; cependant le mari s’en vint trouver Tarnier et lui dit : « Je ne sais ce qui arrive à ma femme, je l’aime comme au premier jour; je suis vigoureux comme si j’avais vingt ans; mais il y a quelque chose qui m’arrête, je ne sais pas quoi; il n’y a pas moyen de pénétrer dans la citadelle, la brèche n’est pas assez large. » Tarnier examina la femme, ne put introduire le doigt qu’à grand’peine dans le vagin et posa le diagnostic d’ostéomalacie.

P) Lire sur la nature et le traitement de l’ostéomalacie une revue de R. Labüsquière ( Annales de gynécologie, mai et juin 1895).

(-) Dans un cas Beaucamp ( Centralbl . f. Gynàkol., 1895, n° 6) a constaté une récidive d’ostéomalacie malgré l’opération de Porro : les résultats avaient d’abord été favorables, puis au bout d’un an, la femme avait été reprise de douleurs et s’était retrouvée dans l’impossibilité de marcher.

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