BASSINS VICIÉS PAR DÉVIATIONS RACHIDIENNES
lorsque la convexité d’une déviation latérale se trouve à droite, on dit qu’il y a scoliose droite.
De plus, chaque déviation de la colonne vertébrale porte le nom de la région au niveau de laquelle elle siège, d’où les dénominations de cyphose lombo-sacrée , lordose lombaire , scoliose dorsale , etc.
Nous verrons pour chaque déviation par quel mécanisme elle modifie la direction et même les dimensions du bassin. D’une manière générale, c’est en déplaçant le centre de gravité qu’agit la déviation rachidienne : cette action est d’autant plus marquée que la déviation siège dans une région plus rapprochée du bassin et se produit à un âge plus jeune. Ainsi une lésion siégeant dans la colonne dorsale et ne survenant que vers l’âge de douze ou quinze ans n’a qu’une action bien faible sur le bassin.
Dans la cyphose, le centre de gravité se trouve déplacé en arrière et reporté en arrière de la ligne bi-fémorale. Le bassin — et tout particulièrement le sacrum — bascule en arrière de telle sorte que sa partie supérieure s’éloigne et que son extrémité inférieure se rapproche de la symphyse du pubis (fig. 387). Il y a donc agrandissement du détroit supérieur et rétrécissement du détroit inférieur.
Les effets inverses se produisent dans la lordose : le centre de gravité se trouve reporté en avant; le bassin bascule et devient plus vertical; la base du sacrum s’enfonce de telle sorte que le détroit supérieur se rétrécit et que le détroit inférieur s’agrandit.
Dans la scoliose, il n’y a pas d’inclinaison latérale du bassin, les deux fémurs ayant la même longueur; mais, le centre de gravité se trouvant déplacé à droite ou à gauche suivant le sens de la déviation, le poids du corps est inégalement transmis : le sacrum se trouve serré, comprimé du côté qui supporte la plus grande partie de ce poids. Ainsi une scoliose gauche amène un certain arrêt de développement du sacrum de ce côté : le bassin est moins développé, il est asymétrique.
Lorsqu’en se rappelant ces règles générales on examine des squelettes dont la colonne vertébrale est plus ou moins déformée, on voit que certains bassins n’ont point subi les déviations prévues : tel bassin chez une cyphotique présente une direction normale ou même est en antéversion, tel autre chez une lordosique est reporté en arrière, etc.
A quoi tiennent ces particularités? Tarnier, dans son cours de 1886, en a fait ressortir les causes : toute déviation de la colonne vertébrale est généralement accompagnée d’une déviation en sens inverse {courbure de compensation ) qui en corrige plus ou moins les effets au point de vue de la statique.
Tantôt cette courbure de compensation est incomplète : on trouve alors des déviations et des déformations du bassin en rapport avec la déviation rachidienne initiale.
Tantôt la courbure de compensation est complète , c’est-à-dire qu’elle corrige exactement les effets de la déviation première : le bassin est normal. — Enfin, dans des cas plus rares, la courbure de compensation est exagérée; c’est elle qui produit les déviations du bassin que l’on constate.
SCOLIOSE.
Ces données s’appliquent aux trois groupes de déviations : ainsi pour la cyphose et la lordose , lorsqu’on veut se rendre compte de l’inclinaison du bassin, « il faut, dit Tarnier, rechercher la ligne bi-fèmorale, la prolonger en haut ; prendre d’autre part le centre de gravité et voir quelle est sa situation par rapport au plan bi-fémorai. — S’il passe juste au niveau de la ligne bi-fémorale, le bassin ne bouge pas; s’il passe en avant, le bassin devient vertical; s’il passe en arrière, le bassin devient horizontal ».
Nous allons étudier les cas dans lesquels il existe une déviation de la colonne vertébrale sans lésions de rachitisme.
A. — SCOLIOSE
Elle survient généralement à un âge où le squelette a acquis presque tout son développement, où le bassin ne peut guère être influencé par cette déviation de la colonne vertébrale, alors même qu elle est très accusée et produit une difformité marquée.
Cette scoliose sans rachitisme se reconnaît d’après les renseignements fournis par la malade sur l’époque d’apparition des lésions, d’après l’absence de déformations des membres, en particulier des membres inférieurs, qui paraissent d’autant plus longs que la taille est plus petite par suite de F incurvation de la colonne vertébrale.
Les déformations du bassin qui en résultent sont peu marquées : d’après ce que nous avons dit des courbures de compensation, si la déviation scoliotique est suffisamment compensée par une scoliose de sens inverse, le poids du corps est régulièrement transmis. Le bassin est normal.
Si, au contraire, la colonne lombaire est fortement déviée d’un coté, il existe un léger aplatissement du côté correspondant; le bassin est un peu asymétrique, la symphyse pubienne est légèrement déviée du côté opposé.
Il faut pratiquer le toucher avec grand soin et explorer alternativement l’une et l’autre moitié du bassin pour reconnaître cette asymétrie; c’est dire que le plus habituellement elle est peu accusée et n influe pas d'une manière appréciable sur la marche du travail. La radiographie permet assez facilement de reconnaître cette asymétrie.
Certains auteurs mettent en doute l’existence de la scoliose non rachitique. C’est ainsi que, dans sa thèse, R. Patay (4) conclut de l’examen d’un certain nombre de squelettes et de bassins que la scoliose « qui se développe dans les cinq premières années, comme celle qui apparaît plus tard de sept à douze ans, ont la même origine qui est le rachitisme ». Il s’appuie d’ailleurs sur l’opinion de Kirmisson, qui considère certaines scolioses des adolescents comme une manifestation tardive du rachitisme vertébral. Voici, d’après R. Patay, les principaux caractères anatomiques du bassin vicié par la scoliose d’origine rachitique ayant par exemple sa convexité à gauche. Le bassin
1 R. Patay, De la scoliose au point de vue obstétrical. Thèse de Paris , 1895.
LORDOSE. — CYPHOSE.
est en rétroversion : l’aileron sacré du côté gauche a subi un arrêt de développement; le sacrum est dévié en arrière et latéralement du côté opposé à la scoliose lombaire. Le fond de la cavité cotyloïde du côté gauche a pénétré dans le bassin et déformé le détroit supérieur de telle sorte que le diamètre oblique gauche est plus court que le normal. La symphyse pubienne est déjetée à droite. « Le détroit supérieur a la forme d’un cœur de carte à jouer, mais d’un cœur dont toute la partie gauche, aussi bien en arrière qu’en avant, serait rétrécie. »
L’ excavation est également rétrécie, surtout d’avant en arrière. Au détroit inférieur, il y a élargissement du côté qui est aplati au détroit supérieur. Cet élargissement est très marqué dans certains cas, mais peu marqué ou nul dans d’autres.
Cette description montre que si, chez certaines femmes scoliotiques, il existe des déformations notables du bassin, celles-ci ne se produisent qu’autant que le bassin est lui-même touché par le rachitisme. La caractéristique d’un tel bassin est d’être asymétrique avec aplatissement du côté correspondant à la convexité de la courbure lombaire.
B. - LORDOSE
La lordose, en tant que déviation primitive et unique de la colonne dorsale, ne change guère les diamètres du bassin, elle en modifie seulement la direction en le rendant plus ou moins vertical ; mais ici encore il faut tenir compte des courbures de compensation qui corrigent cette inclinaison vicieuse du bassin.
Lorsque la lordose produit une antéversion très marquée du bassin, il faut faire soulever le siège de la femme pour pratiquer le toucher; c’est aussi en modifiant la direction du bassin qu’on facilite beaucoup l’accouchement.