ABCÈS DU SEIN
infection sanguine préalable qu’on observe des lésions étendues de la glande, une mastite presque totale.
Ces notions pathogéniques font ressortir à nouveau l’importance du traitement prophylactique : dans la presque totalité des cas, l’infection se fait au niveau du mamelon. En évitant l’apport des microbes pyogènes, on empêche presque à coup sûr des accidents inflammatoires de se produire.
Lorsqu’on constate une inflammation glandulaire, on peut essayer de faire évacuer le pus par des pressions exercées sur la glande, ainsi que Chassaignac l’a jadis conseillé. Budin a obtenu par cette méthode plusieurs succès; il exprime le contenu de la glande, pus et lait, par des pressions exercées de la racine de l’organe vers le mamelon dans la direction des conduits galactophores.
Lorsqu’il y a collection purulente manifeste, il faut évacuer le pus; Pinard préfère à l’incision an bistouri (4) la ponction avec un trocart, qui lèse moins les conduits galactophores et compromet moins pour l’avenir les fonctions glandulaires; par le tube du trocart on introduit un tube à drainage à parois résistantes qui assure l’écoulement du pus.
En résumé, grâce à une antisepsie sévère, la femme qui allaite est à peu près complètement à l’abri de complications microbiennes du côté des seins. L’accoucheur doit, avec un soin très minutieux, écarter toute cause d’infection au niveau du mamelon. 11 ne suffit pas, en effet, qu’il ait surveillé la grossesse, qu’il ait assisté la femme pendant les douleurs du travail; il doit encore continuer à veiller aux intérêts du nouveau-né et faire tous ses efforts pour que la femme commence ou continue à être réellement mère, c’est-à-dire à allaiter son enfant.
Le plaidoyer de l’accoucheur en faveur de l'allaitement au sein par la mère pourra être d’autant plus éloquent qu’on peut, à l’heure actuelle, presque affirmer que la femme qui allaite n’aura pas d’abcès du sein.
P) Macmakude Sheild ( Semaine médicale , mai 1896) a donné [Soc. de méd. de Londres , 27 avril 1896) quelques conseils utiles sur le traitement opératoire des abcès du sein; dès que la fluctuation est manifeste, il pratique près du mamelon une incision strictement suffisante pour y introduire l’index, qui est insinué de plus en plus profondément jusqu’à ce qu’il se produise un écoulement abondant de pus. On pénètre ainsi avec le doigt dans la partie la plus déclive de l’abcès, située généralement près de la peau, au point de réunion de la glande avec la paroi thoracique. A ce niveau, le sein étant soulevé par un aide, on fait une autre incision assez étendue pour que le pus puisse s’écouler librement. L’index est introduit à nouveau par cette seconde incision : il constate souvent des brides multiples qui divisent le foyer purulent en plusieurs clapiers.
On suture l’incision supérieure au crin de Florence et on la recouvre d’une couche de collodion; puis on place un gros drain dans la solution de continuité inférieure. L’incision supérieure guérit rapidement en ne laissant après elle qu’une cicatrice à peine visible ; la cicatrice inférieure est dissimulée en totalité ou en partie dans le sillon thoraco-mammaire.
Cette manière d’opérer a surtout pour avantage d’éviter les fistulettes assez fréquentes à la suite dès abcès du sein; mais il n’est généralement pas utile d’introduire un doigt dans la plaie pour l’explorer : une sonde cannelée remplit le même office avec avantage.