OPHTALMIE DES NOUVEAU-NÉS
« Dans les premiers jours ou les premières semaines qui suivent la naissance, dit Valude (*), le nouveau-né est encore assez fréquemment* surtout dans certains milieux, atteint d’ophtalmie. Le plus communément, la maladie revêt le type franc, très aigu, que tout le monde connaît sous le nom d ophtalmie purulente des nouveau-nés ou blennorrhea neonatorum. * D’autres fois, cependant, l’ophtalmie affecte une allure différente ; elle est plus lente en son évolution ou plus atténuée dans ses symptômes ; il est des cas aussi où la muqueuse malade apparaît, non plus seulement chargée d’une sécrétion purulente ou muco-purulente, mais recouverte d’une couenne grisâtre. — Enfin, à côté de ces variétés d’ophtalmies caractérisées par la présence du pus, il peut se produire, également, chez les enfants du premier âge, des atteintes de diphtérie conjonctivale vraie. 11 n’existe alors (pie peu ou pas de sécrétion purulente. »
Résumons, d’après Valude, l’histoire clinique de ces différentes complications oculaires en commençant par la plus grave et malheureusement la plus commune, X ophtalmie purulente des nouveau-nés.
A. — OPHTALMIE PURULENTE DES NOUVEAU-NÉS
Symptômes. — Vers le troisième ou quatrième jour après la naissance/2), quelquefois plus tôt, apparaît sur un œil, rarement sur les deux à la fois, un gonflement des paupières, qui s’accuse rapidement, surtout à la paupière supérieure. Les bords palpébraux ont une coloration d’un rose vif; si Ton écarte les paupières, on voit sourdre quelques gouttes d’un liquide transparent, d'un jaune citrin ; ce liquide ne se trouve que dans T ophtalmie purulente à sa période de début.
En renversant les paupières avec les doigts, on porte la conjonctive en dehors : on constate que la muqueuse est un peu gonflée et le plus souvent d’un rouge vif: la conjonctive bulbaire est très injectée. Dans le fond des
(1) E. Valude, Les ophtalmies du nouveau-né. E. Piucff. Paris, 1895.
-j II est exceptionnel, d’après Morax, que l’infection transmise de la mère au fœtus se traduise par des signes réactionnels avant le premier, le deuxième ou le troisième jour après la naissance.
Quant aux ophtalmies congénitales , c’est-à-dire contractées in utero et se manifestant déjà par des signes nets au moment de la naissance, Morax se demande si le peu de durée d’incubation ne tient pas à la température plus élevée du sac conjonctival (37°, 5) chez l'enfant qui est encore dans l'utérus, tandis que cette température n’est plus que de 35°, 5 lorsque l’enfant est né.
OPHTALMIE PUPvlHjEîfTE DES NOUVEAU-NÉS.
culs-de-sac palpébraux existent des, filaments concrets jaunâtres, formés de muco-pus. Peu à peu le gonflement des paupières augmente : la paupière supérieure est surtout tuméfiée au point de perdre complètement sa mobilité et de maintenir l’œil dans un état d’occlusion hermétique; son bord libre dépasse et cache les cils de la paupière inférieure.
Période d'état. — 56 ou 48 heures après le début de l’affection, le liquide citrin qui s’écoulait des paupières est remplacé par un liquide séro-purulent , louche , d’aspect floconneux ; ce liquide sort à flots dès que les paupières sont écartées ; il peut même être projeté et atteindre la personne qui examine l’enfant, d’où certaines précautions à prendre pour éviter la projection sur la figure et la contamination possible des yeux. — La conjonctive est d’un rouge intense; elle n’a plus son aspect lisse et poli, mais elle est rugueuse et boursouflée. Autour delà cornée existe un chémosis séreux plus ou moins marqué.
Les paupières sont œdématiées et difficiles à mobiliser; aussi faut-il procéder méthodiquement pour les écarter de manière à examiner la cornée, la muqueuse conjonctivale et ses culs-de-sac. Pour maintenir la tête de l’enfant, l’opérateur la saisit entre ses genoux garnis d’une serviette; un aide quelconque, assis en face et incliné sur l’enfant, lui tient le corps et maintient les mains. — Pour examiner la muqueuse et les culs-de-sac, on applique l’index ou le pouce de chaque côté sur les paupières gonflées, à un centimètre du bord palpébral. On voit alors la muqueuse faire de plus en plus hernie au dehors : elle finit par se présenter entière à l’exploration.
Pour découvrir la cornée, on se sert d 'écarteurs qu’on insinue au niveau du bord libre des paupières; à leur défaut, on rapproche les deux index des bords palpébraux, on écarte doucement avec l’ongle le bord des paupières en les faisant glisser de haut en bas sans leur permettre de se retourner.
Au cours de la maladie la muqueuse présente une coloration de plus en plus foncée ; elle est parfois d’un rouge bleuâtre. Sa surface est épaissie et creusée de sillons nombreux. La sécrétion purulente devient moins abondante, mais plus épaisse; elle est constituée par du pus crémeux et bien lié, qui peut offrir différentes colorations. Le pus se reproduit avec une grande rapidité malgré la fréquence des lavages^1).
Le grand danger de cette complication réside dans la propagation dé l'inflammation de la conjonctive à la cornée et au globe oculaire. Si dans la pluralité des cas l’ophtalmie purulente, traitée de bonne heure, ne laisse pas de traces après elle, dans d’autres cas, au contraire, on observe des ulcérations de la cornée qui peuvent être suivies de perforations avec leurs conséquences (synéchies, leucome adhérent, staphylome partiel ou total) et même une véritable fonte purulente de l’œil.
Ces lésions ne s’observent guère que dans les cas graves et surtout dans
(1) On a signalé — Haushaltor (Médecine infantile , 15 déc. 1895) a pu en réunir vingt-sept cas — du rhumatisme blennorragique chez .de nouveau-hé ; presque toujours cette complication survient chez les enfants qui ont eu de l’ophtalmie purulente.