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PRÉCAUTIONS A PRENDRE PAR MÉDECINS ET SAGES-FEMMES

Le premier devoir de l’accoucheur est d’éloigner de la femme toute cause d’infection, en veillant à la propreté minutieuse du local dans lequel elle va se trouver au moment de l’accouchement et en désinfectant soigneusement, par des procédés divers, tout ce qui peut se trouver en contact plus ou moins intime avec ses organes génitaux (linges, doigt de l’accoucheur, instruments, etc.).

La propreté absolue doit être de rigueur — Avant de recourir aux agents chimiques, il faut observer les règles de la propreté usuelle : en effet, dit Tarnier, « à la campagne comme à la ville, dans le plus beau palais comme dans la plus humble chaumière, l’ennemi des femmes en couches, c’est le microbe; c’est lui qu’il faut empêcher de pénétrer dans l’organisme des accouchées et qu’il faut détruire quand il l’a envahi. L’ensemble des

ASEPSIE DE L'ENTOURAGE.

moyens propres à atteindre ce double but constitue V. antisepsie obstétricale . En tête de tous ces moyens vient la propreté absolue (l). *

Dans la grande majorité des cas d’infection puerpérale qu’on observait avant l’ère antiseptique, les agênts microbiens étaient souvent apportés par les personnes qui soignaient l’accouchée (accoucheur, interne, sage-femme, religieuse, garde-malade, infirmière, etc.). Aussi faut-il veiller par des précautions multiples à ce qu’aucune de ces personnes 11e devienne un danger pour la femme : toute infraction de leur part aux règles de l’antisepsie peut être le point de départ d’une septicémie plus ou moins grave. Sans doute l’antisepsie la plus rigoureuse ne met pas l’accouchée sûrement à l’abri de tout accident septique ; car, plus souvent qu’on ne le pense, c’est elle qui porte en elle-même la source de son infection (gonocoque, streptocoque, etc.). Il n’en est pas moins vrai que l’accoucheur et ses aides doivent s’astreindre à une série de précautions, dont les plus importantes sont : la propreté des vêtements et la désinfection des mains .

Propreté des vêtements. — Dans les services d’accouchements, il est de règle depuis plusieurs années que toutes les personnes qui donnent des soins aux accouchées quittent leurs vêtements de ville pour endosser une blouse de toile; c’est là une précaution très utile à tous points de vue et dont l’usage est adopté également dans la clientèle de la ville. Dans quelques services même, avec plus de logique encore, le personnel a les avant-bras nus jusqu’au coude : de cette manière, il n’est pas possible qu’il y ait transmission microbienne par les vêtements ou par les manches de chemise.

On a cependant quelque peu exagéré l’importance des vêtements au point de vue de la production et de la propagation des accidents de septicémie puerpérale. Ce n’est guère qu’au moment de l’accouchement ou lorsqu’on pratique le toucher vaginal qu’il est utile de ne pas mettre les vêtements journaliers en contact avec les draps du lit; lorsqu’on pratique seulement le palper, il n’est nullement nécessaire au cours de la grossesse de mettre une blouse de toile; on peut même pratiquer le toucher en enveloppant le vêtement qui recouvre l’avant-bras avec une serviette propre. Il ne faut pas exagérer les choses : à moins que le médecin ne soigne une malade atteinte dune affection contagieuse, puerpérale ou autre, il suffit de brosser les vêtements, de les aérer, pour qu’ils ne soient pas dangereux.

Au contraire, sous, aucun prétexte, on ne doit se rendre auprès d’une accouchée avec des vêtements qui ont séjourné dans un amphithéâtre ou dans une pièce où se trouvait une femme infectée; les vêtements avec lesquels on a soigné une femme atteinte de septicémie doivent être brûlés, comme le faisait Braxton Hicks dès 1861, ou simplement passés à l’étuve à vapeur sous pression.

Désinfection des mains. — La précaution capitale en obstétrique aussi bien qu’en chirurgie est la désinfection rigoureuse et aussi parfaite que possible des mains et surtout des doigts et des ongles ; les organes génitaux d’une femme qui accouche constituent en effet un milieu de culture des plus favorables au développement des micro-organismes.

( 1 ) Tarnier, De l'asepsie et de V antisepsie obstétricales , p. 41.

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Les doigts ne doivent pas présenter à1 excoriation ; une plaie ouverte et suintante crée en effet un double danger, pour la femme cpii peut être infectée par les microbes de cette plaie, et pour l'accoucheur dont le doigt peut être inoculé pendant son séjour dans le vagin. S’il y a simplement excoriation, on peut à la rigueur pratiquer le toucher vaginal à la condition d’occlure soigneusement cette petite plaie avec du collodion iodoformé ou salolé; si la plaie digitale est réellement suppurante, il faut s’abstenir rigoureusement de pratiquer le toucher, du moins avec ce doigt malade.

Les doigts ne doivent pas porter de bague; cet ornement empêche le nettoyage rigoureux du doigt qui le porte; de plus, il court le risque d’être attaqué peu à peu par les antiseptiques employés, en particulier par le sublimé.

Les ongles doivent être coupés très ras. Les espaces sous-unguéaux sont minutieusement nettoyés et raclés avec l’extrémité d’une lime chaque lois que l’on procède à la stérilisation des mains.

De nombreux expérimentateurs ont cherché quel est le meilleur procédé de désinfection des mains : les uns ont soumis leurs mains à des procédés divers de désinfection et ont ensuite recherché quelles étaient les conditions dans lesquelles les tubes de culture ensemencés avec les doigts ainsi désinfectés donnaient lieu au développement des colonies microbiennes les moins nombreuses; les autres ont pollué leurs doigts avec des cultures d’un microbe déterminé et ils ont ensuite cherché par quels moyens de désinfection ces doigts pouvaient être rendus le plus rapidement et le plus complètement aseptiques. Nous ne pouvons entrer dans l’exposé de toutes ces recherches entreprises depuis longtemps à l'étranger par lurbringer, Reinicke, etc., et plus récemment en France, par Pierre Dclbct.

De toutes ces recherches il résulte que, pour obtenir une bonne désinfection des mains, il faut les brosser avec de l’eau chaude et du savon, les dégraisser à l’aide d’un brossage à l’alcool et les plonger ensuite dans une solution antiseptique. Yoici les principales méthodes préconisées :

Celle de Furbringer qui se fait en 4 à 5 minutes : 1° ongles nettoyés à sec avec un instrument quelconque; 2° mains brossées une minute à l’eau chaude et au savon ; 5Ù lavage des mains pendant une minute dans l’alcool à 80 degrés ; enfin, nouveau brossage des mains dans une solution de sublimé à 2 pour 1000 ou phéniquée à 3 pour 100 pendant une minute.

C’est ce procédé qu’Auvard a modifié de la manière suivante : 1° ongles taillés courts et nettoyés avec une pointe; 2° immersion des mains et des avant-bras dans une solution à parties égales de teinture d’iode et d’alcool; 5° savonnage des mains avec une brosse à ongles, jusqu’à décoloration, c’est-à-dire pendant 5 à 4 minutes; 4° immersion des mains et des avantbras dans l’alcool à 80 degrés; 5° nouveau savonnage des mains et des avant-bras pendant une minute; enfin 6° immersion pendant une minute dans une solution de sublimé à 1 pour 2000.

Reinicke (*), sur les conseils de Zweifel, a fait de nouvelles recherches

P) Centralblatt fur Gyn. , nov. 1894

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bactériologiques sur la désinfection des mains. D’après lui, les antiseptiques chimiques généralement employés (acide phénique, sublimé, chlore, lysol, etc.) pendant le temps qu’on consacre en pratique à la désinfection des mains et au degré de concentration toléré par la peau, n’assurent pas la désinfection parfaite des mains. L’asepsie aussi parfaite que possible s’obtient par le nettoyage des mains , savonnage et brossage durant 5 minutes , suivi d’un brossage de 3 à 5 minutes dans /’ alcool à 90 degi'és et nouveau lavage dans un liquide aseptique. Un simple brossage de 5 minutes dans l’alcool suffit quand il faut aller vite. D’après Reinicke, l’alcool agit mécaniquement en enlevant les microbes avec les productions grasses de la peau dans lesquelles ils sont logés; il est utile, après le lavage dans l’alcool, de passer les mains dans de beau stérile ou dans un liquide antiseptique pour enlever des mains l’alcool qui peut contenir des germes. Le même alcool peut servir plusieurs fois à la désinfection des mains, à la condition de ne pas l’étendre d’eau et de le fdtrcr chaque fois pour le débarrasser des produits épidermiques. Dans la pratique, on peut se servir d’alcool dénaturé qui est d’un prix moins élevé que l’alcool à 90 degrés. Cette désinfection par l’alcool est supérieure à la désinfection par l’éther.

Ainsi, lorsqu’on pratique le toucher vaginal et surtout lorsqu’on pénètre plus ou moins profondément avec la main dans les organes génitaux internes, on procède à la désinfection de la main et au besoin de l’avant-bras de la manière suivante :

1° Brossage et savonnage à l’eau chaude pendant 4 à 5 minutes. On peut se servir de savon ordinaire, ou mieux encore d’un savon antiseptique, à l’aniodol par exemple. On a soin de brosser les doigts sur toutes leur faces, ainsi que les commissures interdigitales;

2° Lavage et brossage à l’alcool pendant 4 minutes ;

3° Immersion pendant 4 à 5 minutes dans une solution antiseptique (liqueur de Y an Swieten dédoublée, solution de biiodure de mercure cà 25 centigrammes pour 1000 grammes d’eau, solution d’aniodol à 1 pour 1000).

Toutefois, lorsqu’il s’agit d’un simple toucher pendant la grossesse ou bien lorsque, au cours du travail, on a soigneusement désinfecté ses mains une première fois, il n’est pas nécessaire dé faire durer aussi longtemps chacun des trois temps de la désinfection; 1 ou 2 minutes suffisent pour chacune d’elles à la rigueur. Il en est de meme pour les gardés qui ne peuvent, chaque fois qu’elles ont une toilette vulvaire cà faire à l’accouchée, passer 12 ou 15 minutes à la désinfection des mains. Sous prétexte de sécurité, il ne faut pas tomber dans une exagération impraticable des mesures de désinfection.

Par contre, la désinfection des mains ne saurait être trop soigneusement faite lorsque les doigts ont été en contact plus ou moins récent avec des matières septiques, par exemple lorsque l’accoucheur a pratiqué peu de temps auparavant un curage digital pour rétention placentaire post abortum. Du reste si, dans les grandes villes, où l’obstétrique est spécialisée, l’accouclieur peut s’abstenir d’une manière presque absolue pour ses mains de tou

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contact septique, il n’en est pas de même pour le plus grand nombre des praticiens qui sont obligés de faire des accouchements, alors que leurs mains sè sont infectées à panser des plaies plus ou moins suppurantes. Dans ce cas, la désinfection doit être rigoureuse et prolongée; on peut y ajouter, outre le brossage et l’immersion dans l’alcool, la désinfection par le permanganate de potasse. On trempe les mains pendant 5 minutes dans une solution de permanganate de potasse à 1 pour 100; les mains prennent une coloration brunâtre très accentuée qui disparaît lorsqu’on les plonge dans un e solution de bisulfite de soude à 20 pour 100 (procédé de Duclos). Ce mode de désinfection est d’ailleurs communément employé dans certaines Maternités, alors même que les mains n’ont pas été infectées.

Gants en cautchouc. — Depuis quelques années certains chirurgiens ont recours pour les opérations abdominales aux gants de caoutchouc afin d’éviter la contamination possible du péritoine par le contact direct des mains; il semble démontré en effet qu’au bout de quelques minutes, la désinfection des mains n’est plus aussi parfaite qu’au commencement de l'opération, non pas seulement parce que les mains peuvent être souillées par des liquides contenus dans les tumeurs, abcès, etc , mais par ce seul fait que la peau transpire et que la sueur est une voie d’élimination microbienne.

De multiples discussions ont eu lieu sur Futilité réelle que présente, en chirurgie abdominale, l’emploi des gants au cours d’une opération. Au point de vue obstétrical , Dusage des gants de caoutchouc nous paraît surtout utile pour empêcher la contamination des mains au cours d’une intervention septique, par exemple curettage instrumental chez une accouchée infectée, etc. C’est l’application de ce principe que la première bonne mesure de désinfection des mains est d'éviter leur contamination. De même, si l’on était obligé de pratiquer une opération obstétricale nécessitant l’introduction de la main dans l’utérus, et que les mains aient été récemment en contact avec des matières septiques, on emploierait avec avantage des gants de caoutchouc, bien que l’on puisse ainsi éveiller l’attention de la femme et de son entourage (pii peut deviner que si le médecin use de cette précaution, c’est qu’il n’est pas sûr de la propreté de ses mains. Chez une femme infectée au contraire, on admettra facilement que le médecin prenne des précautions pour éviter la contamination de ses mains, de ses vêtements.

Une question de pratique se pose ici :

An bout de combien de temps des mains septiques, ayant fait par exemple une autopsie, une délivrance artificielle chez une femme infectée, ayant été en contact avec du pus, sont-elles devenues suffisamment aseptiques pour pouvoir être mises sans danger en contact avec les parties génitales d’une parturiente? En d’autres termes, au bout de combien de temps un médecin, ayant subi par nécessité professionnelle un de ces contacts dangereux, peut-il faire un accouchement? Théoriquement la sécurité ne résulte pas tant du nombre d’heures écoulées, que de la rigueur avec laquelle la désinfection a été pratiquée: si celle-ci est bien faite, complète, il semble.

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d’après la majorité des accoucheurs, qu’il soit inutile d’interrompre ses occupations. Ainsi, en Allemagne, les étudiants pénètrent dans les salles d’accouchement, même quand ils ont disséqué le matin ou la veille: on les oblige seulement à se désinfecter soigneusement avant de pénétrer dans le service.

Il y a longtemps déjà J. L.-Championnière affirmait qu’on pouvait faire sans danger un accouchement quelques heures après une autopsie, à la condition de se désinfecter complètement : « On prend, dit-il, mille précautions inutiles et l’on néglige celle-là. Si un interne sait se purifier suffisamment, il peut vaquer à toutes ses occupations, faire les autopsies qui sont de son devoir, faire de l’anatomie et examiner ses malades sans danger. S’il est négligent des précautions antiseptiques, il aura beau se condamner à des quarantaines, il viendra toujours un moment où il empoisonnera ses accouchées. Des gens qui ne font jamais d’autopsies en tuent souvent beaucoup plus que des anatomistes soigneusement antiseptiques. »

Ces affirmations prouvent l’importance des mesures de désinfection et d’antisepsie: cependant, est-il sage de jouer ainsi avec le danger? C’est bien le cas pour le médecin de se rappeler que le premier de ses devoirs est de n’être jamais dangereux pour ses malades : primo non nocere. N’est-il pas plus prudent de s’abstenir au moins pendant vingt-quatre heures de toute intervention, malgré une désinfection soigneuse? Ce terme de vingt-quatre heures n’est d’ailleurs qu’une simple indication; il faut en effet distinguer la gravité de l’infection qu’on a eu à soigner, la nature, la durée des soins donnés et enfin le genre de soins que l’on donnera à la parturiente.

Toutefois, le médecin ne saurait prendre des précautions trop minutieuses auprès d’une accouchée, lorsqu’il a fait une autopsie, pansé une plaie suppurante ou soigné un érysipèle, un anthrax, une fièvre éruptive, une maladie infectieuse quelconque. Il faut bien dire que le danger le plus réel résulte de la contamination par les mains et qu’il n’existe guère qu’au moment de l’accouchement même, lorsque le médecin met ses mains en contact avec la vulve ou le vagin. Lorsqu’un médecin soigne en même temps qu’une accouchée un malade atteint d’affection contagieuse (scarlatine, diphtérie, érysipèle, etc.), il doit autant que possible rendre d’abord visite à l’accouchée et surtout ne pénétrer dans la chambre du malade contagieux qu’avec une blouse de toile; il doit aussi, en le quittant, procéder à une désinfection rigoureuse des mains.

Si théoriquement il est préférable de ne pas soigner en même temps une accouchée et des malades contagieux, pratiquement le danger n’est pas aussi réel que le, public se l’imagine, à la condition que le médecin prenne les précautions que nous avons indiquées. Du reste le critérium de la conduite à tenir en pareille matière est facile à trouver : jamais un médecin ne doit soigner une femme enceinte, en travail, ou accouchée, dans des conditions qu'il jugerait dangereuses pour sapropre femme. 11 est triste de dire que quelques médecins sont à ce sujet trop enclins à l’optimisme; n’est-il pas singulier de voir que les femmes, sœurs, parentes de médecins fournissent, en clientèle, une proportion relativement élevée de mortalité et de morbidité? Ces faits étaient surtout marqués avant l’ère antiseptique ; aussi

DE L’ASEPSIE OBSTÉTRICALE.

Barnes a-t-il pu écrire : « Nous avons trop souvent vu les femmes de médecin être prises de fièvre puerpérale, nous sommes certains que la lièvre puerpérale les atteint plus souvent que les autres femmes appartenant à la même classe sociale. »

En résumé, il nous semble plus prudent que le médecin qui. se livre à l’art des accouchements s’abstienne de pratiquer des autopsies et même de soigner des malades atteints de plaies suppurantes, d’affections septiques ou contagieuses.

Linge. — Le linge qui sert à l’accouchée et surtout celui qui se trouve en contact plus ou moins direct avec scs organes génitaux (chemise, draps, serviette) doit être aussi propre que possible; dans les Maternités, il est préférable que le linge soit passé à l’étuve à vapeur sous pression en revenant du blanchissage.

Pansements (coton antiseptique, étoupe, etc.). — L’expérience a montré que, lorsque la femme est accouchée, il est utile de lui mettre au niveau de la vulve un pansement qui mette autant que possible les organes génitaux à l’abri des germes du dehors.

Au début de la méthode antiseptique, on appliquait au-devant de la vulve un pansement humide qui était formé d’une compresse imbibée d’une solution antiseptique, phéniquée par exemple, et recouvert d’un imperméable pour empêcher l’évaporation. La compresse était renouvelée plusieurs fois dans la journée : le liquide dont elle était imprégnée déterminait parfois un érythème assez intense au niveau de la face interne des cuisses.

On emploie actuellement du coton hydrophile, qui est suffisant cà la condition d’être stérilisé ; le tampon mis au niveau de la vulve doit être épais et maintenu par une serviette repliée entre les deux cuisses; souvent ce coton est imprégné à l’avance d’un antiseptique (coton au sublimé, à l’acide plienique, à l’iodoforme, etc.). L’étoupe préparée avec les mêmes substances est aussi bonne et d’un prix moins élevé.

On se sert encore des gazes que l’on trouve toutes préparées dans le commerce (gaze iodoformée, phéniquée ou salolée) ; mais il n’est pas nécessaire, sauf certaines indications spéciales, que le pansement qui est appliqué sur la vulve soit imprégné d’un antiseptique : il faut surtout qu'il soit stérilisé. On trouve dans le commerce des boites de métal dans lesquelles sont superposés des carrés de coton stérilisé, enveloppés ou non d’une compresse de gaze, qui suffisent pour un de ces pansements vulvaires.

Dans les milieux pauvres, où l’on ne peut faire la dépense de coton, on peut employer pour le pansement des organes génitaux, des linges préalablement bouillis dans une marmite où on les laisse jusqu’au moment de s’en servir.

Vaseline. — Pour pratiquer le toucher, on enduit le doigt de vaseline : ce corps gras a remplacé le cérat dont on se servait autrefois et qui a l’inconvénient de rancir et de se conserver difficilement; c’est pour la même raison qu’on ne doit pas se servir de beurre, etc. Mieux vaut pratiquer le toucher avec le doigt simplement humecté d’un liquide antiseptique que de l’enduire d’un corps gras qui n’est pas aseptique ou qui peut fermenter dans

DE L’ASEPSIE OBSTÉTRICALE.

le vagin. Cette précaution, indispensable chez la femme en travail, n’est pas moins utile au cours de la grossesse, surtout dans les derniers mois.

L’huile d’olive stérilisée donnerait à cet égard toute sécurité, mais l’inconvénient de l’huile est de ne pas bien s’attacher au doigt : il est difficile, lorsqu’on s’en sert, de ne pas tacher ses vêtements ou le linge de la femme. La vaseline, solide lorsqu’elle est à une température suffisamment froide, a pendant l’été l’inconvénient de fondre : aussi est-il utile de la tenir en un endroit frais.

La vaseline employée pour pratiquer le toucher est souvent additionnée d’un antiseptique : on prescrit par exemple de la vaseline additionnée :

a. De sublimé à la dose de 1 gramme pour 1000 grammes ;

b. D’acide phénique f1) à la dose de 1 gramme pour 100 grammes;

c. D’acicle borique à la dose de 1 gramme pour 10 grammes.

Le salol a été également utilisé de cette manière. Champetier de Ribes a fait préparer des tubes métalliques contenant de la vaseline stérilisée au salol : ces tubes sans soudure peuvent être mis à l’étuve. Pour s’en servir, il suffit de dévisser le bouchon métallique qui ferme l’une de leurs extrémités et de presser progressivement sur l’autre extrémité.

Nombre d’accoucheurs emploient actuellement de la vaseline contenue dans ces tubes, mais non additionnée d’un antiseptique. Lorsqu’on n’a pas un de ces tubes à sa disposition, on peut obtenir une stérilisation relative de la vaseline en mettant au bain-marie un pot qui en contient.

Dans les Maternités, la vaseline qui sert à pratiquer le toucher doit être changée chaque jour, les récipients lavés tous les matins. A la Clinique Baudeloque, à la Maternité de Beaujon, la vaseline est mise dans un cristallisoir qui baigne en permanence dans une cuvette renfermant de la solution de biiodure de mercure, de telle sorte que les poussières, les micro-organismes qui se trouvent dans l’air ne peuvent se déposer à la surface de la vaseline. Il est utile que, clans les Maternités, il y ait pour chaque femme en travail un petit récipient cle vaseline ainsi préparé; le récipient commun, dans lequel puisent tous les élèves qui font des accouchements dans la salle de travail, doit disparaître. Il suffit en effet que l’un des doigts, qui plonge dans la vaseline, ne soit pas aseptique pour que la vaseline ne soit plus dépourvue de germes pathogènes.

Désinfection des instruments. — Tous les instruments de raccoucheur doivent être entretenus avec une propreté minutieuse : chaque fois que l’on s’en est servi, il faut les nettoyer avec soin, les laver à l’eau très chaude, puis les frotter avec de l’alcool ou du chloroforme.

Avant de pratiquer une opération on stérilise le mieux possible les instruments, soit par le flambage à l’alcool, soit par l’immersion pendant 40 à 45 minutes dans l’eau bouillante, soit par l’étuvage.

( 1 ) D’après Weichardt ( Allgem . mèd. Centr., 1895, n° 78), la vaseline pliéniquée ne doit pas être préparée comme les pommades ordinaires; sans certaines précautions, elle ne' serait pas aseptique. Avant d’incorporer l’acide phénique à la vaseline jaune pure, il faut préalablement porter celle-ci à une température de 100 à 120°, et l’y maintenir pendant un certain temps. Le mélange de la vaseline et de l’acide phénique doit se faire à chaud, et, avant qu’il soit refroidi, il faut le verser dans les tubes en zinc, qui seront ensuite hermétiquement clos.

DESINFECTION DES INSTRUMENTS.

Flambage à V alcool. — ü ne suffit pas de passer simplement les instruments à travers la flamme d’une lampe à alcool; il faut que les instruments soient plongés dans un récipient métallique, arrosés d'alcool et soumis ainsi pendant une ou deux minutes au flambage. Le récipient métallique est soit une boite spéciale en cuivre nickelé, dans laquelle les instruments restent en permanence, soit un ustensile de cuisine, une poissonnière par exemple, qu’on nettoie avec soin, et dans lequel on verse de l’alcool qu’on fait brûler pour le stériliser. — Le flambage des instruments a l’inconvénient d’émousser les tranchants (ce qui n’importe guère en obstétrique où l’on se sert peu de bistouris) et de détremper l’acier, mais il a surtout l’inconvénient de ne donner qu’une stérilisation très imparfaite.

Stérilisation par /’ ébullition. — 11 est préférable de recourir à la stérilisation par F immersion dans l’eau bouillante seule ou dans l’eau bouillante additionnée de sels et en particulier de carbonate de soude à la dose de 1 à 2 pour 100 : l’eau n’entre alors en ébullition que vers 104°. Les instruments ne sont mis dans l’eau que quand celle-ci est en pleine période d’ébullition : ils doivent y séjourner pendant près d’une heure, sauf les cas d’urgence.

Stérilisation par la chaleur (160°). — Il est préférable , lorsqu’on le peut, de passer les instruments à l’étuve de manière à avoir une stérilisation parfaite. Ce n’est point à l’étuve à vapeur d’eau saturée qu’on a recours, mais à l’étuve sèche dont Poupinel a fait construire un modèle très utilisé et qui permet de les porter à la température de 160° à 180° centigrades pendant 15 à 50 minutes (F. Terrier); aujourd’hui, dans une Maternité bien organisée, une étuve sèche est un appareil indispensable.

Dans la pratique courante, on est souvent obligé de se contenter de la stérilisation par l’ébullition plus ou moins prolongée; cependant il est possible d’avoir les instruments dans une trousse formée de deux boites métalliques, dans lesquelles ces instruments sont portés à l’étuve, puis plongés au moment de s’en servir dans de l’eau stérilisée bouillie chaude.

L’asepsie est-elle suffisante en obstétrique? — C’est là une question aujourd’hui controversée : quelques accoucheurs, frappés des résultats obtenus dans la chirurgie abdominale par Lawson Tait, Bantock, Terrier, etc., renoncent à l’antisepsie vaginale ; les uns ne pratiquent pas du tout la désinfection du vagin, se contentant d’assurer l’asepsie des mains de l’accoucheur et du personnel; d’autres se contentent de faire quelques lavages ou injections avec de l’eau bouillie ou même avec de l’eau simple.

Il est bien certain que Ton a abusé — que l’on abuse encore — des antiseptiques et des lavages antiseptiques dans la pratique obstétricale; toutefois, malgré les résultats obtenus par Léopold qui, sur 1560 accouchements pratiqués sans désinfection vaginale, n’a pas constaté de décès, et a eu seulement une très faible morbidité, il est prématuré, voire dangereux, d’abandonner ainsi les antiseptiques. Le vagin a besoin d’être nettoyé, désinfecté ; de plus, son voisinage avec l’anus et l’urètre ne permet guère sans cette désinfection de mettre à l’abri des microbes les plaies du vagin et de l’utérus.

DES ANTISEPTIQUES EMPLOYÉS EN OBSTÉTRIQUE

Aussi est-ce fort judicieusement que Tarnier (4) formule son avis en disant : « La propreté est bonne à coup sûr, excellente même; elle est la condition sine quel non de toute antisepsie; mais, à elle senle, elle est insuffisante. Si, grâce à une propreté méticuleuse, à une désinfection absolue de nos mains et de nos instruments, nous ne portons pas de microbes dans les organes génitaux, nous ne détruisons ni ceux qui y existaient, ni ceux qui y pénètrent, malgré les pansements vulvaires les mieux appliqués. Ces microbes, il est prudent de les tuer ou de les neutraliser avec des agents

antiseptiques En obstétrique, l’asepsie étant insuffisante, il faut y ajouter

l’antisepsie. »

Le difficile est de savoir ce que doit être au juste cette antisepsie, pour être suffisante, sans exagération. Aussi est-il important de bien connaître les antiseptiques, ces armes dont dispose l’accoucheur pour protéger la femme contre la septicémie.

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