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CHAPITRE II

DES ANTISEPTIQUES EMPLOYÉS EN OBSTÉTRIQUE

Des qualités d’un bon antiseptique obstétrical. — D’une manière générale, l’antiseptique obstétrical doit répondre aux conditions suivantes : il doit être d’un prix peu élevé, sans odeur désagréable, être facilement supporté par la femme et ne déterminer chez elle ni érythème local ni intoxication générale de l’organisme. Il ne doit pas être irritant pour les mains de l’accoucheur, son pouvoir microbicide doit être grand, de telle sorte qu’il suffise à faible dose pour assurer l’antisepsie; mais d’autre part il ne doit pas être toxique.

Ces nombreux desiderata font tout d’abord pressentir qu’il n’y a pas un seul antiseptique obstétrical qui puisse être bon en toute occurrence; tel antiseptique, le sublimé,- par exemple, qui est un microbicide parfait, devient dans la pratique un agent qu’il faut manier avec prudence en raison de sa toxicité, à cause des accidents qu’il produit lorsqu’il est absorbé en trop grande quantité, ou lorsqu’on s’en sert chez les femmes dont les reins, le foie, etc., sont malades.

L’accoucheur se trouve donc partagé entre le désir de lutter contre le microbe et la crainte d’empoisonner la femme : pour éviter ou combattre la septicémie, il ne doit pas créer l’empoisonnement médicamenteux.

Dans les premiers temps de l’antisepsie obstétricale, l’acide phénîque a été seul employé; on ne tarda pas à lui reprocher son odeur un peu désa-

P) De l’asepsie et de l’ antisepsie en obstétrique , p. 125. PRÉCIS IÉOBSTÉTRIQUE.

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gréable, son action parfois irritante. De plus l’expérimentation montra que son pouvoir antiseptique était plus faible que celui des sels mercuriels; Tarnier eut alors recours au sublimé.

Quelques accidents étant survenus à la suite des injections mercurielles, on revint en partie à l’acide phénique; puis, au fur et à mesure des découvertes des chimistes, on employa en obstétrique des antiseptiques nouveaux en assez grand nombre pour en rendre a priori le choix difficile.

La question ne peut être jugée que par les résultats cliniques et par les recherches expérimentales. — Les premiers sont à notre avis les plus importants, surtout lorsqu’ils sont publiés par des observateurs consciencieux: iis peuvent cependant varier pour le même antiseptique, suivant que la méthode antiseptique est appliquée d’une manière plus ou moins rationnelle. Tarnier a pu, dans son service, comparer ainsi cliniquement les qualités de différents antiseptiques en les employant à la même époque dans des salles différentes.

Les recherches expérimentales ont toujours l’inconvénient d’être faites in vitro: c’est cependant depuis les recherches de O’Nial, de Jalan de La Croix, de Miquel, qu’on connaît exactement le pouvoir microbicide de chaque antiseptique.

Recherches expérimentales sur les antiseptiques. — Nous résumons ici les recherches entreprises par Tarnier et Vignal; ces auteurs ont cherché quelle était l’action des principaux antiseptiques employés sur les deux ou trois microbes qui passent à bon droit pour être les agents habituels des septicémies puerpérales : le streptococcus pyogenes , le staphylococcus aureus , le vibrion septique.

Les expériences faites sur le staphylocoque et le streptocoque ont donné des résultats analogues; elles comprennent différentes séries d’expériences; Tarnier et Vignal en concluent Q) que les antiseptiques peuvent être divisés en deux catégories : ceux qui sont réellement actifs , ci ceux qui sont sans grand e valeur.

A. Dans la première catégorie il faut distinguer :

1° Les antiseptiques actifs et d’un emploi pratique qui sont actuellement au nombre de six; ils peuvent être rangés dans le tableau suivant, qui indique le degré de puissance de leurs solutions préparées au titre le plus compatible avec les exigences de la clinique obstétricale et qui donne en minutes le temps nécessaire pour stériliser une flanelle albumineuse septique :

1° Le bichlorure de mercure à

2° Le biiodure de mercure à

5° La microcidine à

4U L’acide phénique à

5° Le sulfate de cuivre à

6° La permanganate de potasse à

Certains antiseptiques dont l’action

0,20 pour 1000 2 minutes)

est assez active,

tels

le

1 De l'asepsie et de V antisepsie en obstétrique , p. 155.

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thymol, le lysol, l’iode, l’oxycyanure de mercure, l’acide phénylsulfurique, ne sont guère utilisés pour des raisons diverses (difficultés de préparation ou d’emploi, prix élevé, etc.).

B. Dans le groupe des antiseptiques médiocres ou insuffisants dans la pratique de l’obstétrique « nous avons réuni, dit Tarnier, le chloral, l’acide borique, le naphtol, l’acide salicylique, le bichlorure de cuivre, le sulfate de cuivre ammoniacal, l’azotate de cuivre ammoniacal, la créatine, le fluochlorure de sodium, la cyanine, la safranine, le violet et le jaune de méthyle ». Quelques-uns de ces corps ( chloral , acide borique , naphtol , acide salicylique) peuvent cependant rendre quelques services.

A côté de ces expériences, Vignal et Tissier en ont institué d’autres pour rechercher si le mucus utérin des nouvelles accouchées contenait ou non des microbes, suivant qu’elles étaient soumises à des injections faites avec tel ou tel antiseptique.

Dans un premier groupe les accouchées avaient subi, aussitôt après la délivrance, une injection intra-utérine de 2 litres de liquide antiseptique, [mis pendant les suites de couches on leur avait fait trois injections vaginales de 1 à 2 litres.

Dans un second groupe où les expériences ont été d’ailleurs moins nombreuses, les accouchées avaient été seulement soumises à des injections vaginales, sans injections intra-utérines.

De ces expériences Tarnier conclut (*) que pour s’opposer à la pullulation des microbes chez la femme vivante, les antiseptiques peuvent être rangés dans l’ordre suivant :

1 0 Bichlorure de mercure à .

2° Microcidine à

3° Sulfate de cuivre à . . .

4° Acide phénique à . . . .

5° Biiodure de mercure à. .

6° Permanganate de potasse à

0,20 pour 1000 (8 tubes sont restés stériles sur 10).

Toutes les expériences de Tarnier et Vignal ont été faites non seulement sur le streptocoque et le staphylocoque, mais encore sur le vibrion septique ; ce microbe étant anaérobie, il a fallu modifier les expériences, et le faire porter non seulement sur les bacilles, mais aussi sur les spores. Il en résulte que vis-à-vis du vibrion septique les antiseptiques doivent être rangés dans l’ordre suivant :

1° Bichlorure de mercure à. .

2° Microcidine à

5° Biiodure de mercure à . .

4° Acide phénique à

5° Sulfate de cuivre à . . .

6° Permanganate de potasse à

0,20 pour 1000 (2 minutes)

Mais il ne faut pas prendre à la lettre le résultat de ces expériences (2) :

(b Loc. cit p. 159.

(*) Elles ont été reprises par T. Legry, qui est arrivé à des conclusions à peu près semblables a celles de Tarnier et Vignal. (Étude expérimentale sur la valeur antiseptique de quelques substances employées en obstétrique. Presse médicale , 1895.)

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