INTERROGATOIRE
Suppression des règles. — En interrogeant une femme qui se croit enceinte, on apprend d’abord qu’il y a chez elle depuis un certain temps suppression des règles : c’est une loi générale, presque sans exception.
Pinard, sans nier absolument les observations de llaller, de Mauriceau, de Dimal (de Montpellier), de Cazeaux, affirme qu’il n’a pas encore observé une seule fois la persistance des règles chez une femme enceinte. Les écoulements sanguins qui existent au cours de la grossesse reconnaissent des causes diverses; ils rappellent par quelques caractères l’écoulement menstruel, mais ils en diffèrent toujours soit par leur durée, soit par la quantité.. soit par la qualité du sang (Pajot).
Augmentation de volume du ventre et des seins. — De plus, la femme constate une augmentation de volume du ventre qui se développe surtout à partir du troisième ou du quatrième mois. Elle est obligée de faire élargir ses vêtements.
Dès les premières semaines de la grossesse, les seins augmentent de volume et deviennent d’une sensibilité désagréable : le mamelon est plus gros, plus sensible, plus érectile. Ces phénomènes congestifs reparaissent habituellement vers la fin de la gestation avec une intensité plus grande. Chez quelques femmes le linge qui recouvre les seins est mouillé par un liquide lactescent [colostrum).
Troubles digestifs. — Les troubles digestifs sont presque constants au début de la grossesse.
Les vomissements sont fréquents, surviennent de préférence dans la matinée, lorsque la femme change de position ou lorsqu’elle vient de prendre un repas. Suivant les circonstances ces vomissements sont muqueux, bilieux ou alimentaires. Ils ont ce caractère particulier que la femme peut s’alimenter aussitôt après qu’elle vient de vomir. Lorsqu’ils nuisent à la nutrition générale de la femme par leur répétition ou leur intensité, ils constituent une complication que nous étudierons à propos de la pathologie de la grossesse- (Voy. Vomissements incoercibles).
Chez certaines femmes ces vomissements reparaissent à chaque grossesse avec une telle régularité, avec une telle similitude de caractères, que la femme n’a pour ainsi dire pas de doute sur l’existence de la grossesse dès son début.
Pendant les premiers mois de la grossesse, l’appétit est augmenté ou plus souvent diminué; dans la seconde moitié, au contraire, on observe habituellement une excitation des fonctions digestives.
Les femmes enceintes sont généralement constipées. Cette constipation est plus rebelle qu’en dehors de la gravidité; si la constipation habituelle tient seulement à un défaut d’alimentation, les selles se régularisent quelque-
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fois sous l’influence de la grossesse qui produit une augmentation de l’appétit : la femme se nourrissant mieux a des garde-robes plus abondantes.
La diarrhée s’observe parfois chez des femmes enceintes, elle alterne avec la constipation ou bien survient le matin lorsque la femme sort du lit.
Symptômes nerveux. — Les symptômes nerveux sont très variables suivant les femmes : les unes ont pendant quelques semaines des tendances syncopales, des lipothymies ; d’autres ont un besoin invincible de sommeil ; quelquesunes ont une répugnance pour certains aliments et une prédilection marquée pour d’autres. Enfin chez certaines femmes la grossesse exerce une influence heureuse en modérant, en calmant l’élément nerveux qui tendait à prédominer.
Mouvements actifs du fœtus. — Le fœtus exécute dans la cavité utérine des mouvements qui sont perçus par la mère ; les premières sensations ainsi recueillies sont vagues et différemment exprimées par les femmes : les unes comparent ces sensations au chatouillement produit par les pattes d’une araignée courant sur la peau, les autres à une i^orte de mouvement de reptation, à un pincement, etc.
C’est généralement à quatre mois et demi que ces sensations sont perçues par la femme enceinte, quelquefois plus tôt, dès la fin du quatrième mois. Chez quelques femmes, douées d’une sensibilité particulière, et analysant bien leurs sensations, les mouvements actifs peuvent être perçus vers trois mois et demi et même exceptionnellement à trois mois.
Par contre, certaines femmes ne sentent remuer que très tardivement, vers le sixième ou septième mois. Quelquefois même, ainsi que de la Motte, Mauriceau, Cazeaux, Campbell, etc., en ont rapporté des exemples, des femmes bien portantes accouchent sans avoir jamais perçu de mouvements actifs et sans que ceux-ci aient été constatés par l’accoucheur. |
Dans certains cas cette anomalie est due à fa trop grande abondance du' liquide amniotique qui entoure le fœtus ; mais dans d’autres cas c’est un fait insolite qui ne s’explique guère que par une diminution de la sensibilité de ta femme. La sensibilité est alors particulièrement obtuse, à tel point que certaines de ces femmes accouchent sans pousser un cri et sans accuser la moindre sensation douloureuse. Ce défaut de sensibilité peut, dans des cas exceptionnels, être causé par une paraplégie.
Les mouvements que perçoit la femme sont des mouvements partiels ou de totalité : tantôt le fœtus se déplace en masse, il se retourne dans la cavité utérine; tantôt (et c’est surtout dans les dernières semaines de la grossesse) le fœtus est immobilisé en partie et ne peut plus guère exécuter que des mouvements des membres, en particulier des membres inférieurs.
Chez certaines femmes les mouvements du fœtus déterminent des sensations douloureuses. C’est surtout le soir au moment où la femme se couche que ces mouvements sont le plus accusés; il suffit quelquefois d’un déplacement brusque de la femme pour que les mouvements du fœtus se reproduisent. On peut encore les faire naître en appliquant la main sur la paroi abdominale de la femme et en appuyant par saccades sur le fœtus.
Quelquefois on observe en un point des mouvements rythmés, c’est-à-dire que pendant un certain temps il se produit au même endroit une sorte de per-
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cussion exercée à intervalles réguliers par un membre contre la paroi utérine.
« Ce sont, dit P. Bar*, de petits chocs secs, nettement distincts les uns des autres, qui frappent la main appliquée sur la paroi abdominale avec une régularité telle qu’on ne peut s’empêcher de songer au choc que produirait la tige d’un métronome. Ces battements peuvent, comme dans un fait que nous avons observé, être perçus pendant assez longtemps, pendant quinze à vingt minutes par exemple. Pendant cette durée de temps, ils se répètent avec cette régularité que nous avons indiquée et qui constitue leur principal caractère distinctif; mais il n’en est pas toujours ainsi et, parfois, on les voit se grouper par séries que séparent des intermittences de plus ou moins longue durée. » — Tous les auteurs sont d’accord pour admettre que ces mouvements rythmés sont des mouvements fœtaux; il est plus difficile de préciser quelle est la cause de ces mouvements. C est ainsi qu ils sont attribués par Mermann (1880) au hoquet fœtal [singultus fœtalis), par Ahlfeld (1884) aux mouvements de déglutition du fœtus ou même de respiration (?). Bar considère ces explications comme « de simples hypothèses mal justifiées quand on se livre à un examen attentif des faits » et conclut que dans la plupart des cas ces mouvements rythmés sont simplement des mouvements actifs d’un des membres inférieurs.