TROISIÈME PARTIE
DE L’ASEPSIE ET DE L’ANTISEPSIE OBSTÉTRICALES
GÉNÉRALITÉS
Nécessité de l’antisepsie obstétricale. — La femme qui vient d’accoucher peut présenter, pendant les jours qui suivent cet acte physiologique, des accidents fébriles qui parfois sont mortels; ces accidents, réunis sous le nom de fièvre puerpérale, étaient autrefois assez fréquents.
Nous verrons, en étudiant la pathologie des suites de couches, quela^éî;re puerpérale n’existe pas en tant qu’entité morbide, qu’il n’y a pas chez la femme en état de puerpéralité une maladie spéciale. Mais chez les accouchées, comme chez tout individu porteur d’une plaie, il peut y avoir pénétration dans l’organisme de microbes pathogènes qui donnent lieu à des septicémies plus ou moins intenses, d’allures variées, suivant l’espèce du microbe (c’est le plus habituellement le streptocoque), suivant la résistance de l’organisme, etc. ; en un mot il n’y a pas de fièvre puerpérale, mais des septicémies puerpérales ou simplement des septicémies chez les accouchées.
Théoriquement, l’étude de l’antisepsie obstétricale devrait suivre l’étude de ces septicémies puerpérales, aux allures si diverses et de gravité si différente; on combat en effet d’autant mieux un état pathologique que celui-ci est connu dans ses causes et dans ses aspects divers.
C’est cependant à dessein que nous plaçons ici la description des précautions à prendre pour préserver la parturiente de tout accident septique ; c’est une façon de faire ressortir cette notion capitale que s’il est utile de connaître le mécanisme de l’accouchement, la grossesse pathologique, la dystocie, etc., il est peut-être encore plus nécessaire de bien connaître les procédés antiseptiques.
En un mot, avant d’examiner une femme, de pratiquer le toucher vaginal, de suivre les progrès du travail, etc., il faut connaître dans le détail les précautions à prendre : 1° pour ne pas l’infecter, c’est-à-dire pour ne pas être 1 agent de transport des micro-organismes au niveau des organes génitaux; 2“ pour Vempêcber d’être contaminée par les objets extérieurs.
ANTISEPSIE OBSTÉTRICALE.
Il importe donc avant tout, pour être bon accoucheur, d’être îamiliarisô avec les moindres détails de la méthode antiseptique.
Il serait intéressant d’étudier ici l’influence des idées pastoriennes sur l’évolution des méthodes antiseptiques en obstétrique; leur histoire est trop liée à celle de la pathologie des suites de couches pour que nous en puission s scinder l’étude.
Nous devons cependant rappeier qu’en France c’est grâce aux travaux de Tarnier et de ses élèves, grâce à L. Championuière, que l’antisepsie s’est développée et perfectionnée en obstétrique; L. Championnière fait connaître et a appliqué la méthode listérienne avec persévérance et succès.
Tarnier le premier en France, dès l’année 1857, accusa dans sa thèse inaugurale la contagion d’être la cause de l’effrayante mortalité qui décimait alors les accouchées; depuis cette époque il n’a pas cessé de poursuivre la réalisation de ce qui semblait alors une chimère : réduire à leur minimum la morbidité et la mortalité des accouchées.
Dans une série de leçons sur l’antisepsie en obstétrique il a résumé pour ainsi dire les résultats de sa vaste expérience et où sont exposées les recherches fort intéressantes faites par Vignal sous sa direction sur la valeur des différents antiseptiques. Nous ferons de nombreux emprunts à cet ouvrage ainsi qu’à ceux antérieurement parus en France sur le même sujet
Définition. — \j' antisepsie obstétricale est l’ensemble des moyens employés pour mettre les parturientes à l’abri des infections puerpérales.
Elle comprend l’étude : 1" des précautions prophylactiques prises par les personnes (accoucheur, sage-femme, garde, etc.) qui doivent soigner les accouchées; 2“ des pansements usités en obstétrique; 3® des principaux antiseptiques et de la manière de s’en servir; 4° des procédés de désinfection de la parturiente avant, pendant et après l’accouchement; 5® des moyens de combattre les accidents infectieux lorsqu’ils sont déclarés, moyens que nous indiquerons à propos du traitement des septicémies puerpérales.
Dans des leçons^ faites à la Faculté de médecine en 1895-1894, F. Terrier insiste sur les différences qui existent entre \' antisepsie et V asepsie : dans la méthode antiseptique, on cherche à détruire les microbes pathogènes ou non qui se trouvent sur les téguments de l’opérateur, de l’opéré, sur les instruments, etc., à l’aide de substances chimiques qui sont dites antisepti([ues à cause de leurs propriétés microbicides. Cette méthode a l’inconvénient de ne pas détruire les spores des microbes pathogènes qui peuvent
* Chakpionnière (L.). Chirurgie antiseptique. Paris, 1880; et passim in Journal de médecine et de chirurgie pratiques. — Bar (P.). Des méthodes antiseptiques et obstétrique. Th. agrég., 1883. — Le Gendre, Barette et Lepage. Traité pratique d'antisepsie (médecine, chirurgie, obstétrique). Paris, G. Steinheil, éd. 1888. — De l'asepsie et de l'antisepsie en obstétrique, par S. Tarnier. Leçons professées à la Clinique d'accouchements recueillies et rédigées par le D'' J. Potocki. Paris, G. Steinheil, éd. 1894. — Lire également l'Asepsie et V Antisepsie à l’hôpital Bichat, par F. Terrier et M. Baudoin, Paris, 1890, et le Petit Manuel d' antisepsie et d'asepsie chirurgicales, par F. Terrier et M. Péraire. Paris, 1893.
• Revue de chirurgie (1894-1895).
ASEPSIE DE L’ENTOURAGE.
ultérieurement se développer et donner lieu à des accidents septiques; elle ne donne qu’une stérilisation relative. « Par la méthode antiseptique, on a une grande prohabilité de destruction des microbes pathogènes ou non, mais on n’en a pas la certitude dans le sens mathématique du mot. Dans la méthode dite aseptique, au contraire, on supprime non seulement les microbes, mais aussi leurs spores. Les instruments, les agents divers utilisés pendant l’intervention (fils, tampons-éponges, compresses, etc.) sont privés de tout élément septique, ils deviennent aseptiques. Enfin les pansements appliqués sur les plaies sont ainsi tout à fait aseptiques. » F. Terrier.
L’asepsie est faite en utilisant les agents physiques, « jusqu’ici la chaleur, demain peut-être l’électricité ». F. Terrier.
L’idéal serait de n’employer que la méthode aseptique pure, aussi bien en obstétrique qu’en chirurgie ; malheureusement on ne peut soumettre à la température nécessaire pour la stérilisation absolue, ni le doigt qui pratique le toucher, ni les parois du vagin, etc. 11 faut donc employer une méthode mixte dans laquelle on utilise à la fois les antiseptiques et l’asepsie pour tout ce qu’il est impossible de soumettre à la stérilisation par la chaleur dans les étuves ou autoclaves. Nous renvoyons au mémoire de F. Terrier pour la description des meilleurs appareils à utiliser pour la stéiilisation des objets de pansement, des instruments, etc.