ACIDE BORIQUE
s’attachent aux parties que l’on savonne. Lorsqu’on fait une injection, le liquide se combine avec les matières albuminoïdes du sang, les coagule ; il en résulte un liquide brunâtre, d’aspect sale, qui ressemble à un putrilage et s’attache aux canules d’injection. ,
Lorsqu’on se sert de canules en verre, on les nettoie en les faisant tremper dans de l’eau aiguisée d’acide nitrique.
Tarnier pense qu’on peut se servir du sulfate de cuivre avec avantage pour les injections vaginales, surtout dans les cas de septicémie causée par le vibrion septique, mais le rejette pour les injections utérines, ayant observé un cas de mort à la suite d’une injection intra-utérine faite avec cette solution.
Microcidine. — C’est en 1891 que Berlioz (de Grenoble) a fait connaître ce nouvel antiseptique, appelé aussi naphtolate de soude ou naphtol alcalin.
Pour le préparer on ajoute à du naphtol p, porté à la température de fusion, la moitié de son poids de soude caustique : le liquide entre en ébullition, et de noirâtre sa couleur devient jaunâtre. Par refroidissement on obtient une substance blanchâtre : c’est la microcidine.
Grimbert, pharmacien en chef de la Clinique de la rue d’Assas, le prépare d’une manière un peu différente : il ajoute â une lessive de soude au tiers, du naphtol [3 dans la proportion de deux parties de naphtol pour une partie de soude caustique ; puis il fait bouillir le mélange pendant un quart d’heure environ jusqu’à ce que la dissolution de naphtol soit parfaite et constitue un liquide incolore. Ce liquide contient une quantité de microcidine égale â la somme des poids du naphtol et de la soude caustique qui ont servi à la prépai’ation.
La microcidine est soluble dans trois fois son poids d’eau : ses solutions, onctueuses au toucher, sont fortement alcalines et ne coagulent pas l’albumine.
Les recherches de Tarnier et Vignal montrent que la microcidine à 4 pour 1000 est un antiseptique puissant; Tarnier se sert avec grand avantage d’une solution à 4 grammes par litre, obtenue en dédoublant la solution à 8 grammes par litre préparée chaque jour à la pharmacie du service. 11 l’emploie presque exclusivement à la salle de travail pour les injections vaginales et intra-utérines; chez les accouchées, il obtient avec elle des résultats aussi satisfaisants qu’avec le bichlorure de mercure.
Tarnier fait remarquer que la solution ainsi préparée par voie humide n’a pas les inconvénients de la microcidine vendue dans le commerce, qui se dissout mal et donne lieu à des sensations de brûlure pénibles pour Ier femmes.
Acide borique. — C’est un antiseptique de très faible valeur, à peine supérieur à l’eau bouillie et qui est cependant très employé dans la pratique obstétricale : il est d’un maniement facile, sans odeur, n’est nullement toxique, et coûte bon marché.
Tarnier s’élève avec raison contre l’ahus que l’on' fait de l’acide boriqur parce qu’il donne une sécurité trompeuse; les expériences de laboratoire or
NAPHTOL.
montré combien l’acide borique est peu puissant pour empêcher le développement du streptocoque.
L’acide borique est constitué par des lamelles blanchâtres d’aspect nacré, brillant, d’un goût légèrement acide; il est peu soluble dans l’eau à la température ordinaire, mais se dissout plus facilement dans l’eau bouillante • c’est toujours cette solution saturée d’acide borique qu’il faut recommander, dans laquelle l’acide borique en excès se cristallise par refroidissement.
L’acide borique est utilisé en injections chez les accouchées fortement albuminuriques, dans le traitement post-opératoire des grossesses extrautérines (Tarnier), dans l’irrigation continue (Pinard et Varnier), etc.
On se sert également d’une solution à 20 grammes pour un litre en injections vésicales dans le traitement de la cystite des femmes enceintes et des accouchées (Guyon).
Pinard en recommande l’emploi pour le pansement des gerçures du mamelon et comme traitement prophylactique des lymphangites du sein.
C’est un antiseptique utile pour les nouveau-nés en raison de son faible pouvoir toxique : il sert pour le lavage des yeux, pour le pansement de la plaie ombilicale.
Naphtol. — Le naphtol est également un antiseptique peu énergique, qui ne doit être employé en obstétrique que comme pis aller, dans les cas particuliers où l’on ne tient pas à une antisepsie rigoureuse et où l’on redoute surtout tes effets toxiques d’un antiseptique puissant.
C’est un phénol qui dérive de la naphtaline ; on se sert de deux naphtols, le naphtol a et le naphtol p, qui diffèrent peu l’un de l’autre; le premier serait cependant plus antiseptique et moins toxique que le second.
Le naphtol [3 est le plus employé : il est formé de cristaux brillants, sans couleur ni odeur; peu soluble dans l’eau (20 centigrammes par litre), il est au contraire très soluble dans l’alcool, l’éther, la glycérine, etc. C’est ainsi qu’on peut faire dissoudre 40 centigrammes de naphtol dans un litre d’eau en additionnant celle-ci de 10 grammes d’alcool; il s’en dissout 1 gramme si l’on met 50 grammes d’alcool par litre.
Pinard qui, sur les conseils de Bouchard, s’est servi le premier du naphtol, emploie une solution aqueuse saturée ; en ville il prescrit une solution mère dont voici la formule :
Alcool 500 gr.
Naphtol 25 gr.
Deux cuillerées à café par litre d’eau bouillie.
Cette solution a l’inconvénient d’être un peu irritante ou tout au moins de causer les premières fois une sensation de cuisson.
Budin s’est servi du naphtol a en solution pour le lavage des yeux des nouveau-nés atteints d’ophtalmie.
Les recherches cliniques et expérimentales de Tarnier lui ont montré que le naphtol était un antiseptique trop faible ; c’est tout au plus un mauvais bouillon de culture pour les microbes.
Tout le monde est d’accord pour donner le naphtol aux femmes chez les -
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quelles on désire faire l’antisepsie de l’intestin ; c’est au benzonaphtol à la dose de 1 à 2 grammes par jour qu’on recourt actuellement.
Hydrate de chloral. — Le chloral est un corps cristallisé, assez volatil, d’odeur pénétrante, et qui sc dissout très bien dans l’eau (hydrate de chloral).
La puissance antiseptique des solutions de chloral est limitée ; car la solution à 1 pour 100 peut seule être employée en injections vaginales; en effet, à 2 pour 100 elle est un peu caustique et cause une certaine cuisson.
On s’en sert peu en injections chez les femmes enceintes : elle serait utile, d’après Pinard, contre la leucorrhée des femmes enceintes et en particulier contre la vaginite granuleuse ou blennorrhagique et contre les végétations vulvaires.
Nitrate d’argent. — Le nitrate d’argent est employé depuis longtemps dans le traitement de l’ophtalmie purulente des nouveau-nés; c’est un antiseptique des plus énergiques.
Son usage est restreint en obstétrique : il a le double inconvénient d’être caustique et de tacher le linge.
Quelques accoucheurs l’emploient en solutions pour badigeonnages contre les végétations des femmes enceintes.
lodoforme. — - C’est un corps solide, formé de cristaux nacrés, d’un jaune de soufre et d’une odeur forte et- persistante, souvent mal tolérée par les femmes; on peut la masquer jusqu’à un certain point en y ajoutant des essences (essence de menthe, de citron, de rose, de néroli).
Insoluble dans l’eau, il est très soluble dans l’alcool, l’éther, les huiles grasses et les huiles essentielles. ^
Il a été employé par différents chirurgiens, en particulier par Demarquay, mais a été surtout remis en honneur en 1(S80 par Mosetig-Morhoff et par Mickulicz.
Le mode d’action de l’iodoforme comme antiseptique est encore à l’étude : il existe en effet une certaine contradiction entre les excellents résultats que donne l’iodoforme pour panser les plaies, vulvaires ou autres, et les expériences de laboratoire. En effet, dès 1887, Heyn et Roosing ont montré que la présence d’iodoforme sur des plaques de gélatine n’empêchait pas le développement des colonies de divers microbes (staphylocoque doré, pneumocoque, etc.); les mêmes auteurs ont constaté qu’un tampon de gaze iodoformée, introduit dans le vagin d’une femme saine, était, lorsqu’on le retirait, tout pénétré de microbes. Stchégoleff* a repris récemment ces expériences sur le mode d’action de l’iodoforme qui, dans les cultures, n’altère pas la vitalité des staphylocoques dorés et modifie pourtant leurs propriétés pathogènes; cet expérimentateur pense que, sous l’influence de l’iodoforme, les toxines du staphylocoque se transforment en combinaisons iodées nont toxiques. On comprendrait ainsi comment l’iodoforme appliqué sur une plaie empêche la suppuration et l’infection sans cependant tuer les microcoques pyogènes. Saltikoff a également constaté que l’iodoforme ralentit
* .-irch Je rnéd. expérimenl., iiov. ISOi.
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d’une manière différente la prolilération de plusieurs espèces pathogènes, mais qu’il diminue leur virulence.
Mann, un des premiers, l’a appliqué en poudre sur les plaies produites pendant l’accouchement au niveau de la vulve ou de la muqueuse vaginale ; il en a obtenu de bons résultats dans les cas où les plaies s’accompagnent d’œdème des grandes lèvres. C’est encore à l’heure actuelle un mode de pansement usité, qu’il faut cependant surveiller, en raison des phénomènes d’intoxication qui peuvent en résulter.
Spath (de Vienne, 1881) a voulu remplacer les injections intra-utérines (dans les cas de craniotomie, de fœtus putride, de délivrance compliquée, etc.) par des crayons d’iodoforme ainsi formulés :
lodoforme en poudre , 20 gr
Gomme arabique )
Amidon pur v ââ 2 gr.
Glycérine \
Pour trois ci'ayons de 5 à 6 centimètres de long.
L’introduction de ces crayons dans l’utérus se fait avec une pince à polype, dirigée par deux doigts de la main gauche portés dans le vagin ; elle doit touiours être précédée d’une injection détersive avec une solution phéniquée à 2 pour 100.
Actuellement on se sert de la poudre d’iodoforme pour les plaies vulvaires, périnéales et vaginales, qu’elles soient ou non affrontées par des sutures. Il importe de ne pas projeter une trop grande quantité de poudre, car les chances d’intoxication sont accrues sans que pour cela l’antisepsie soit plus parfaite.
Le coton, la gaze iodoformée servent encore aux mêmes pansements.
On les emploie aussi pour pratiquer le tamponnement dans les ruptures de l’utérus.
Tarnier conseille, dans le cas d’avortement avec rétention placentaire, de fetire un tamponnement iodoformé dans l’intervalle des injections vaginales; il s’en sert de même pendant les quelques jours qui précèdent l’accouchement prématuré artificiel pour désinfecter le vagin et ses culs-de-sac.
Pinard se sert de gaze iodoformée pour bourrer le kyste fœtal dans les opérations de grossesse extra-utérine où il suture les parois de la poche à la plaie abdominale ; il est utile alors de ne pas eriiployer une gaze trop chargée d’iodoforme sous peine de déterminer de l’intoxication. C’est encore avec l’iodoforme et la gaze iodoformée qu’on panse la plaie pubienne après la symphyséotomie.
Pozzi ‘ fait remarquer que la gaze iodoformée que l’on trouve dans le commerce n’est pas toujours bien préparée : il conseille, dans un grand service d’hôpital, de la faire fabriquer par une personne de confiance. On l’obtient en prenant une pièce de 10 mètres de gaze hydrophile ou 'sans apprêt (stérilisée à l’avance par l’ébullition ou mieux par le passage à l’autoclave à une
* Traité de gynécologie, p. 12, 5* édition; chez G Masson, éditeur. Paris, 1897.
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température de 120 degrés), découpée en morceaux de 1 mètre : on l’imprègne de la solution suivante :
lodoforme 50 gr.
Glycérine 100 gr.
Éther 700 gr.
Cette gaze est exprimée par le passage au laminoir, puis suspendue en l’air pour y sécher dans une pièce isolée, obscure et chautlée à 30 degrés. Elle est ensuite conservée dans des boîtes de fer-blanc bien fermées.
L’iodoforme est excellent pour empêcher l’infection, mais ne peut guère la combattre. 11 est très utile pour les pansements aui doivent rester en place pendant quelques jours.
Son grand inconvénient est de ne pas être toujours bien toléré, et de donner lieu parfois à des phénomènes d’empoisonnement bien étudiés par Kônig, Le Dentu, Berger, Brun, et qui peuvent être légers ou graves.
A. Empoisonnement léger par V lodoforme. — 11 se traduit d’abord par des troubles gastriques (diminution d’apçétit, langue saburrale, nausées, vomissements, etc.), qui en constituent quelquefois les seuls symptômes.
En outre la femme se plaint d’un goût d’iodoforme dans la bouche, goût qui persiste même pendant les repas ; il devient surtout marqué quand on se sert de fourchettes ou de cuillers d’argent. Il suffit même de tenir à la main l’un de ces objets pour qu’il se dégage dans la bouche une odeur alliacée des plus désagréables. C’est ce que Poncet (deLyon) appelle le signe de l’argent; il l’explique par la production d’iodure d’argent avec formation d’acétylène, substance volatile dont l’odeur est désagréable et pénétrante.
Outre les troubles digestifs, il existe des phénomènes nerveux : insomnie, agitation, délire nocturne plus ou moins intense qui diminue ou disparaît vers le matin. Quelquefois pendant la journée la femme reste dans un état d’apathie, de mélancolie assez inquiétant. La guérison cependant survient toujours dans ces formes légères où l’on observe encore des éruptions polymorphes, qui peuvent être locales (érythème papuleux, yésiculeux, etc.), ou bien généralisées et ressembler à des éruptions de rougeole ou de scarlatine.
La température reste habituellement normale et contraste ainsiavec le pouls, qui est fréquent et petit. Les plaies n’en continuent pas moins à se cicatriser
B. Dans V intoxication iodoformique grave, on observe les mêmes symptômes que dans l’intoxication légère, mais avec une intensité plus grande : l’anorexie est complète ; l’état saburral de la langue est très marqué. Il se produit en outre des vomissements.
La femme présente, surtout la nuit, un délire très accusé qui revêt certains caractères du délire de persécution; elle crie, veut se lever, puis tombe bientôt dans un état d’abattement, de prostration marquée.
Le pouls monte à 130, 140 pulsations par minute et finit par devenir incomptable.
Il y a parfois de l’albumine dans les urines.
Ces phénomènes successifs d’excitation et do dépression, après avoir dure