G8 MÉTHODE DES TRACTIONS RYTHMÉES DE LA LANGUE
mort apparente, ces observations ne prouvent nullement que les tractions rythmées donnent des résultats supérieurs à l’insufflation avec le tube de Ribemont-Dessaignes. Aussi, à la suite de la communication de Laborde, plusieurs accoucheurs, Tarnier, Guéniot, Pinard, ont reconnu que la méthode de Laborde pouvait rendre de grands services dans la pratique ; mais ils firent tous des réserves au point dcAue de la supériorité de cette méthode sur l’insufflation instrumentale.
Pinard* a rapporté à l’Académie de médecine (15 janvier 1895) les observations de cinquante cas de mort apparente des nouveau-nés ; dans six cas on a eu recours aux tractions rythmées de la langue. De ces observations Pinard conclut en disant : « Il est indispensable de continuer à se servir du tube laryngien : 1“ pour désobstruer les voies respiratoires, chose capitale et primordiale, et souvent employer la bouche pour pratiquer l’aspiration, la poire étant insuffisante; 2“ pour faire pénétrer méthodiquement de l’air dans les poumons. Que dans quelques cas les tractions de la langue donnent de bons résultats et même de meilleurs que l’insufflation, je ne le nie pas, n’ayant pas la prétention de tout savoir. C’est ce qu’il reste à étudier et à déterminer, et je souhaite que M. Laborde nous rapprenne. »
Ainsi, dans la pluralité des cas de mort apparente des nouveau-nés, il est nécessaire de recourir soit à l’insufflation, soit aux tractions rythmées ; entre ces deux méthodes il faut choisir la première ; car elle réussit quelquefois alors que la seconde a échoué. Ce n’est que lorsqu’on n’a pas sous la main l’insufflateur de Ribemont-Dessaignes ou lorsqu’on ne sait pas s’en servir, qu’on peut avoir recours aux tractions rythmées.
Ces tractions peuvent être faites avec les doigts recouverts d’un linge fin : c’est ce procédé que préfèrent Tarnier, Pinard, etc. Quelques opérateurs se
sont cependant servis de pince à pansement ou de pince à forcipressure.
Laborde fait remarquer qu’il n’est pas facile, avec ces instruments,® de calculer le degré de pression nécessité par le
Fiff. 529. — Pinces à tractions linguales (pour le nouveau-né). maintien et leS tl'actioilS
de la langue, laquelle
chez le nouveau-né peut être facilement meurtrie et endommagée ». Rudin a modifié la pince ordinaire en élargissant la surface de préhension. Laborde^ a combiné « le système à ressort de la pince à artère ou à forcipressure, avec une surface de préhension appropriée; de plus l’adjonction à l’extrémité opposée de la pince d’un crochet à ailettes recourbées, s’adap tant exactement aux doigts et au pouce en opposition, permet, le plus aisément du monde, la manœuvre des tractions; rien n’est plus facile que
* Aitn de gynécologie, ninrs 1895.
* Bulletin de l'Académie de médecine, 4 déc. 1894.
SOINS A DONNER AU NOUYEAU-NÉ
de placer la pince et de saisir la langue, il suffit de peser sur les branches tlu ressort et de le lâcher ensuite (fig. 329).
« La force de ce ressort est calculée pour l’enfant, de façon à n’exercer sur l’organe que la pression qui est juste nécessaire et qui ne peut avoir, nous nous en sommes assuré, aucun résultat fâcheux. »
Knapp ‘ a expérimenté avec succès (10 fois sur 11) la méthode de Laborde : il lui reconnaît des avantages sur le procédé de Schultze, en particulier chez les enfants prématurés ; en outre les tractions rythmées de la langue peuvent être faites sur les enfants alors que ceux-ci sont placés dans un bain chaud. Knapp a constaté à la suite des tractions rythmées un gonflement passager de la langue qui présente au niveau de sa pointe de légères suffusions sanguines.
SOINS A DONNER AU NOUVEAU-NÉ
Nettoyage du nouveau-né. — Lorsque le cordon est sectionné, il faut nettoyer l’enfant, dont le corps est plus ou moins recouvert d’enduit sébacé, surtout au niveau des plis de flexion ; pour cela, on peut faire des lotions savonneuses sur tout le corps, ou mieux frictionner toutes les parties du corps avec un linge enduit d’un corps gras (vaseline, huile d’amandes douces), an besoin d’un jaune d’œuf délayé dans l’huile.
L’enfant suffisamment nettoyé, on le plonge dans un bain qui a été préparé à l’avance, à une température de 57 à 38 degrés, dans un bain de pied ou mieux dans une baignoire d’enfant; on le maintient avec une main placée sous la tête, et avec la main restée libre on le savonne modérément et on le frotte avec du coton hydrophile; il faut veiller avec soin à ce que les yeux ■de l’enfant ne soient pas en contact avec l’eau du bain.
Au bout de deux ou trois minutes, on retire l’enfant du bain, on l’enveloppe dans une serviette-éponge qui a été préalablement chauffée ; on l’essuie •et lorsque tout le corps est bien sec on le saupoudre avec de la poudre d’amidon ou de lycopode, notamment au niveau des aisselles, du pli de l’aine, de la région interfessière.
Il faut à ce moment examiner complètement le nouveau-né, afin de voir ■s’il n’a pas de malformations du côté des membres (pieds bots, orteils ou doigts supplémentaires) ; lui introduire un doigt dans la bouche et rechercher s’il n’a pas de malformation de la voûte palatine ou du voile du palais qui empêcherait les mouvements de succion, enfin explorer avec soin les organes génitaux externes, et s’assurer qu’il n’y a pas d’imperforation du rectum. Si c’est seulement au bout de quelques heures que la garde ou quelque personne de la famille s’aperçoit d’une malformation, on reproche à l’accoucheur ce défaut d’examen ; dans certains cas (l’imperforation du rectum par exemple) le reproche est quelque peu fondé, puisqu’un diagnostic fait immédiatement après la naissance permet d’intervenir de suite avec plus de ^■chances de succès.
• Centralb. fur Gyiiæk., 1896, n® 23
DES SOINS A DONNER AU NOUVEAU-NÉ
Si la ligature du cordon a été faite d’emblée, on recherche attentivement s’il n’y a pas de suintement sanguin ; auquel cas on fait une nouvelle ligature avec le plus grand soin. Quelques accoucheurs ont l’habitude de ne faire la ligature définitive qu’à ce moment.
Il faut pratiquer le pansement du cordon : la manière la plus simple, la plus favorable à la dessiccation du cordon et à sa chute rapide, est de l’envelopper dans un peu d’ouate stérilisée et de le maintenir au besoin à l’aide d’une petite hande de flanelle non serrée. L’usage de cette hande est très discutable ; si elle n’est pas serrée, elle est inutile et mieux vaut simplement retenir le cordon un peu relevé avec les langes ; si elle est trop serrée (et malheureusement on n’a que trop de tendance, dans les familles, à exagérer cette striction par suite d’idées fausses sur la pathogénie de la hernie ombilicale), elle comprime le foie, les viscères abdominaux et gêne le fonctionnement du tube digestif et le jeu du diaphragme. Dans certains cas meme cette striction est suffisante pour provoquer une hémorrhagie ombilicale ou même pour produire de l’œdème des membres inférieurs.
Habillement. — Lorsque le cordon est ainsi pansé, c’est-à-dire le plus simplement possible, on procède à Yhabillement du nouveau-né : il dilfèrc quelque peu suivant les pays, suivant la température et même suivant la situation sociale des parents de l’enfant.
Deux modes d’habillement se partagent actuellement la faveur des mamans : le maillot et l’habillement anglais.
Maillot. — On a eu soin de préparer à l’avance une chemisette de toile ou de batiste dont on a passé les manches dans une brassière de tricot ou de flanelle; on fait pénétrer successivement chaque membre supérieur de l’enfant dans la manche correspondante ; cette petite manœuvre demande un peu d’habitude. On la facilite en enveloppant la main de l’enfant d’un cornet de papier et en l’engageant jusqu’à ce que ce cornet arrive à l’extrémité de la manche; on dégage alors facilement la main.
Une méthode plus simple consiste à introduire le pouce, l’index et le médius dans la manche, que l’on dilate ainsi suffisamment jusqu’à ce que l’extrémité de ces doigts arrive au niveau de l’ouverture axillaire de la manche : on saisit alors le poignet du fœtus et on l’attire au dehors. Une seconde brassière, plus large, en piqué, est ensuite passée assez facilement. L’enfant est alors couché sur le ventre ; on rapproche en arrière et on croise l’un sur l’autre les bords de la chemise, de la brassière, et on attache les cordons qui servent à fixer la seconde brassière. Le dos est ainsi recouvert; ces vêtements ne doivent pas dépasser l’ombilic.
L’enfant est ensuite remis sur le dos, de telle sorte qu’il repose sur le maillot proprement dit, c’est-à-dire sur la couche et les langes superposés, une couche de toile fine, un lange de laine, un lange de coton ou de piqué; avec la couche on enveloppe l’abdomen, puis séparément chacun des membres inférieurs de l’enfant. On replie ensuite les langes autour du tronc et des membres. Lorsque l’enfant est ainsi enveloppé, les langes dépassent les pieds d’une assez grande longueur; on les replie en haut et on les attache en arrière.
DES SOINS A DONNER AU NÛIIVEAU-NÉ
Il faut avoir soin que ce maillot ne soit pas trop serré à la base du thorax, afin de ne pas gêner les mouvements respiratoires ; il ne doit pas non plus remonter trop haut sous les aisselles, parce que le bourrelet formé par le bord libre des langes peut comprimer les vaisseaux axillaires, lorsque reniant tient les bras rapprochés du tronc : d’où œdème des mains.
Tel est le maillot actuellement employé en France : il diffère quelque peu des maillots serrés dont on se servait autrefois et qui emprisonnaient en même temps les membres supérieurs. On peut encore le simplifier en ajoutant une pièce de linge fin, plié en triangle, sur lequel repose directement le siège du fœtus ; la pointe du triangle est ramenée en avant, chacune des parties latérales enveloppe un membre inférieur ; lorsque l’enfant est mouillé ou lorsqu’il s’est sali, il suffit la plupart du temps d’enlever ce linge, sans avoir à défaire et à refaire complètement le maillot.
Méthode anglaise. — Il est une méthode plus simple encore d’habiller les nouveau-nés, c’est l’habillement dit à V anglaise-, la chemise et les brassières sont les mêmes que pour l’emmaillotement ordinaire ; le siège du fœtus, ainsi que les membres inférieurs, sont recouverts d’un linge plié en triangle, comme nous l’avons indiqué ci-dessus ; par-dessus on met une petite culotte en flanelle dont la base s’attache autour de la taille et dont la pointe et les côtés viennent se boutonner sur la partie latérale.
La partie inférieure de la culotte arrive un peu au-dessous des genoux ; les jambes et les pieds sont recouverts de petites chaussettes de tricot remontant assez haut et par-dessus lesquelles on met des chaussons. L’enfant est ensuite recouvert d’une longue robe de flanelle; descend beaucoup plus bas que les pieds.
Dans les deux modes d’habillement, il est utile de mettre autour du cou un petit fichu qui recouvre un peu les épaules; il est destiné à empêcher la partie supérieure des brassières d’être souillée par le lait que l’enfant régurgite par intervalles ; on dispose le fichu en mettant la partie moyenne en arrière des épaules, on en ramène les deux chefs en avant, puis on les croise de nouveau en arrière pour les attacher définitivement.
L’usage du bonnet est plus discuté : il ne doit plus être question de superposer comme jadis sur la tête de l’enfant deux ou trois bonnets qui vont en augmentant d’épaisseur; mais est-il utile de mettre un simple bonnet? Non; il est préférable de laisser la tête de l’enfant à l’air libre lorsque la chambre où il séjourne est suffisamment chauffée. Il est d’observation courante que les nouveau-nés ne s’enrhument pas plus avec que sans bonnet ; nous ne parlerons pas du bonnet employé comme moyen prophylactique (!) de l’ophtalmie.
En un mot il faut simplifier le plus possible le vêtement du nouveau-né ; il doit être disposé de manière à laisser à V enfant la plus grande liberté des mouvements . A ce point de vue l’habillement à l’anglaise a une supériorité incontestable sur le maillot ; de plus il rend plus facile le change de l’enfant; il n’a d’autre inconvénient que de coûter plus cher et de nécessiter un peu plus d’entretien.
Le maillot conserve mieux la chaleur du corps du nouveau-né, mais en même temps il favorise la macération de l’épiderme des fesses. Il doit être
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réservé aux enfants qui viennent prématurément, en état de faiblesse congénitale, ou aux enfants qui vivent dans des milieux pauvres ou à la campagne, où il est impossible d’obtenir dans tes pièces une température suffisante.
Un des inconvénients de l’habillement anglais, c’est que si l’enfant se salit, sa culotte de flanelle est rapidement traversée et qu’il en faut changer souvent; aussi certaines mères de famille prennent-elles l’habitude de la garanti: en interposant entre elle et la couche une petite culotte de caoutchouc, dt mêmes dimensions, qui la protège; cette enveloppe, qui a l’avantage d’em pêcher les robes d’être souillées par les urines et les matières fécales, a im inconvénient : « c’est que, si l’enfant n’est pas changé souvent, les liquido^ remontent dans le dos et mouillent la chemise et les brassières, de sorte que les enfants s’enrhument parfois de cette façon.
« Il y a du reste un moyen d’empêcher les robes d’être mouillées, c’est de déshabiller souvent l’enfant dans la journée ou du moins de déboutonner sa petite culotte et de le mettre sur un vase de nuit, en lui relevant les jambes ; il s’habitue ainsi à n’aller à la selle et à n’uriner qu’au moment où on le met dans cette posture. Nous avons vu des nouveau-nés auxquels on avait donné cette habitude, qui ne mouillaient pas plus de deux couches par jour. Aussi ces enfants n’ont-ils jamais de rougeurs, d’érythèmes ou d’excoriations, comme on en rencontre souvent chez ceux qu’on laisse mouillés trop longtemps dans leurs langes. » (Tarnier et Budin.)
Avec du soin et de la patience, on arrive à ce qu’un enfant de deux ou trois mois se souille rarement dans la journée et très peu la nuit, si on lui fait prendre l’habitude d’uriner et même d’évacuer les matières fécales lorsqu’on le met sur le vase; il faut avoir soin également la nuit, au moindre cri de l’enfant, de le lever pour qu’il puisse satisfaire ses divers besoins.
Lit de l’enfant. — Sous aucun prétexte, le nouveau-né ne doit être couché dans le lit de sa mère : celle-ci peut en effet, pendant son sommeil, s’appuyer sur lui et l’étouffer ; elle peut également le projeter involontairement hors du lit.
Le berceau de l’enfant est préparé à l’avance ; l’ossature en doit être en métal, afin de pouvoir être lavée facilement. On met dans ce berceau un ou deux paillassons que l’on recouvre d’un petit drap par-dessus lequel on met un feutre absorbant, de 2 à 5 centimètres d’épaisseur, ou une toile imperméable qui empêche le lit d’être souillé ; le feutre absorbant est très pratique ; il faut en avoir un de rechange afin de pouvoir sécher celui qui a été mouillé.
L’enfant est couché tout habillé dans le berceau; s’il est vêtu à l’anglaise, on peut lui retirer sa robe de flanelle. Suivant les saisons et suivant la température de la chambre, on met dans le berceau de l’enfant une ou deux boules d’eau chaude. On enveloppe soigneusement ces boules avec une serviette et on les place à quelque distance de l’enfant pour qu’elles ne puissent pas le brûler.
Il est un mode de couchage usité dans certains pays et qui consiste à remplacer paillassons et feutre par une couche de son d’une épaisseur de 25 à 55 centimètres ; on ne laisse à l’enfant que sa chemise et ses brassières, de
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elle sorte que toute la partie du corps située au-dessous de l’ombilic est à nu. j’enfant est placé ainsi plongeant à mi-corps dans le son et recouvert d’un drap et d’une couverture ; l’urine et les matières fécales forment avec le son de grosses boulettes que l’on enlève chaque fois que l’on sort l’enfant du berceau ; de cette manière le siège de l’enfant est toujours à sec et ne s’excorie pas. Cette façon d’élever les enfants est assez pratique et surtout économique.
Faut-il mettre des rideaux au berceau du nouveau-né ? Si la pièce dans laquelle il se trouve est confortable, si elle peut être suffisamment chauffée, les rideaux sont tout à fait inutiles. Ils ont même deux inconvénients : celui de se charger de poussières que l’on secoue au-dessus de l’enfant chaque fois que l’on remue ces rideaux ; en outre nombre de mères, par une sollicitude exagérée, enveloppent complètement le berceau avec ces rideaux, les attachent même de manière à mettre l’enfant à l’abri de la lumière. L’enfant respire ainsi un air absolument confiné et pauvre en oxygène. Il faut donc proscrire absolument les rideaux.
Si la pièce n’est pas bien disposée et si l’enfant se trouve exposé directement à recevoir de l’air au moment de l’ouverture d’une porte, rien de plusfacile que de le protéger à l’aide d’un paravent. Quelques jeunes mères se résignent difficilement à la suppression des rideaux du berceau, qu’elles défendent au point de vue de l’esthétique : si l’on ne peut absolument les convaincre de l’utilité de cette suppression au point de vue hygiénique, il faut tout au moins obtenir d’elles qu’il n’y ait qu’un seul rideau en tissu léger et qu’il soit ramené le plus possible le long de la flèche qui le supporte.
Le nouveau-né dort généralement dans l’intervalle des tétées ; lorsqu’il est habitué à téter à des heures régulières, il se réveille tout naturellement à ce moment; on le lève, on le fait uriner, on le change s’il est mouillé et on le met au sein.
Au bout de quelques semaines, l’enfant se tient éveillé une partie de lajournée : on peut à ce moment le tenir dans les bras.
Cris. — Le cri chez le nouveau-né est presque la seule manière de traduire ses impressions, de manifester ses besoins et ses désirs; ces cris constituent tout un petit langage, difficile à comprendre, et que souvent l’amour maternel interprète mal.
Habituellement, le nouveau-né bien portant crie lorsqu’il éprouve la sensation de soif ou de faim, lorsqu’il se sent mouillé par l’urine ou sali parles matières fécales ; quelquefois l’enfant pleure dès qu’il est mis éveillé dans son berceau ou dès qu’il aperçoit sa nourrice à un moment proche de l’heurede la tétée.
Lorsque les digestions du nouveau-né se font mal, ce qui est souvent dû à une mauvaise direction de l’allaitement, les enfants crient et se plaignent.. Comme souvent les évacuations se produisent en même temps, on en conclut que l’enfant avait des coliques-, c’est l’explication habituelle que donnent toutes les nourrices lorsqu’un nouveau-né crie plus que de coutume.
DES SOINS A DONNER AU NOUVEAU-NÈ
Des soins de propreté. — Chaque fois que l’enfant est mouillé ou sali, il faut le laver, l’essuyer et saupoudrer les régions fessière et génitale avec de la poudre d’amidon ou de lycopode.
C’est la meilleure manière d’empècher les érythèmes, les excoriations de se produire au niveau de la région fessière. L’irritation due au contact prolongé des matières fécales, de l’urine, produit ces érythèmes. Il est bon, lorsqu’ils existent, de donner à l’enfant une petite potion alcaline ou plus simplement quelques cuillerées àcafé d’eau minérale alcaline (Vichy ou Vais).
Une bonne pratique consiste à donner à l’enfant chaque jour un bain de courte durée (2 à 3 minutes). Cette immersion rapide dans de l’eau à 25® ou 30® a l’avantage de bien nettoyer la peau; les enfants s’y habituent vite. Certains médecins conseillent de donner ce bain le soir à une température de 30® à 32® pour calmer les enfants dont le sommeil est agité.
Il est utile, pendant les semaines qui suivent la naissance, de laver avec un soin minutieux les yeux de l’enfant avec du coton imbibé d’eau boriquée par exemple ; c’est la meilleure manière d’empêcher le développement de l’ophtalmie secondaire., Nous verrons, à propos de la pathologie du fœtus pendant les jours qui suivent la naissance, quel doit être le traitement de cette redoutable complication, l’ophtalmie purulente des nouveau-nés.
Des promenades du nouveau-né. — La première soi'tie du nouveau-né varie suivant la saison dans laquelle il est né et suivant la température extérieure.
En hiver, ce n’est guère qu’au bout de 20 à 25 jours que l’enfant doit sortir et à la condition qu’il ne fasse pas un froid rigoureux ; en été on peut hâter cette sortie et la faire faire dès la tin de la première semaine.
Les promenades au grand air ont non seulement pour résultat d’exciter les fonctions digestives, mais encore de calmer l’enfant et de lui procurer un meilleur sommeil.
De l’âge auquel l’enfant peut être circoncis et vacciné. —
Dans les familles Israélites, on est souvent consulté pour savoir s’il n’y a pas d’inconvénient à pratiquer la circoncision, qui se fait habituellement sept jours après la naissance; lorsque l’enfant est né prématurément, mieux vaut retarder cette petite opération de quelques semaines.
Quant à la vaccination, à moins d’épidémie variolique, il est préférable d’attendre que l’enfant ait au moins trois ou quatre mois pour la pratiquer : lorsque surtout les nouveau-nés ne sont pas à terme, bien développés, la vaccination prématurée a l’inconvénient de produire parfois de petites ulcérations. Le fait est observé dans les services d’accouchements, où, par une mesure nécessaire, la vaccination est pratiquée dans les huit jours qui suivent la naissance.
Nous ne pouvons quitter ce chapitre des soins à donner au nouveau-né sans aborder l’étude de quelques phénomènes physiologiques qui se passent chez l’enfant pendant les premiers temps de la vie extra-utérine.
Appareil circulatoire. — Nous ne reviendrons pas sur les modifications par suite desquelles la circulation fœtale se transforme en circulation définitive; la plus importante est l’oblitération du canal veineux, du trou
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ovale, du canal artériel. En même temps, certains vaisseaux, les artères et veines pulmonaires, augmentent de calibre; en outre, le ventricule gauche s’épaissit.
Les recherches d’Hayem sur le sang des nouveau-nés ont montré que les globules rouges y sont plus inégaux et plus nombreux que chez l’adulte ; les globules blancs y sont plus petits et plus nombreux. Les hématoblastes présentent les mêmes caractères que chez l’adulte, mais leur nombre est moins considérable. D’ailleurs la proportion des différents éléments constituants du sang varie beaucoup pendant les jours qui suivent la naissance. Ce qui ■caractérise le sang du nouveau-né, ce sont justement ces variations physiologiques si multiples (Hayem).
Le nombre des pw/saiions du nouveau-né est en moyenne le double de celui de l’adulte (Trousseau); il est environ de 157 par minute pendant les deux premiers mois, puis de 128 entre deux à six mois et de 120 pendant les six derniers mois de la première année. En règle générale les pulsations sont d’autant plus régulières, d’autant moins fréquentes que l’enfant est plus fort.
Les modifications qui surviennent du côté des vaisseaux ombilicaux doivent être étudiées : 1° au niveau du cordon; 2“ dans leur portion abdominale.
\° Au niveau du cordon. — Lorsque le sang ne circule plus dans les vaisseaux du cordon, il se forme un caillot dans la veine ; les artères se rétractent, puis peu à peu la portion du cordon qui n’a pas été coupée diminue, se dessèche ; elle forme un cordon aplati, de couleur brunâtre, de consistance cornée; au niveau de son insertion abdominale, il se forme un sillon d’élimination. Le cordon ainsi desséché se détache et tombe vers le quatrième ou cinquième jour; cette chute du cordon est un peu plus tardive chez les enfants débiles, prématurés, dont l’alimentation se fait mal. Inversement, chez les enfants très forts dont le cordon est volumineux la chute de celui-ci n’a lieu parfois que vers le quinzième jour.
Quant au mécanisme d’après lequel se font la dessiccation et la chute du cordon, on admet aujourd’hui que c’est par nécrose des tissus et élimination comme à la suite de la gangrène. Ce mode d’élimination du cordon résulte de sa constitution : « Il ne renferme pas de vaisseaux dans son tissu, ceux •du derme cutané s’arrêtant à sa base où ils forment un cercle très net. Dès qu’il a cessé d’être baigné par le liquide amniotique et d’être parcouru par le sang des artères et de la veine ombilicale, il ne peut plus se nourrir et meurt ; seule la portion qui se trouve unie aux tissus vasculaires continue à vivre ; l’autre se mortifie et se détache de la première, au point même où cesse la vascularisation. » (Parrot.)
On n’admet plus la théorie de Richet, d’après laquelle la chute du cordon serait liée à la striction exercée sur les vaisseaux par un anneau musculaire ombilical constituant une sorte de sphincter.
2“ Dans la portion abdominale. — Les tuniques internes des vaisseaux ombilicaux se fixent au pourtour de l’anneau fibreux de l’ombilic : les autres tuniques des artères se rétractent peu à peu vers le pubis, de telle sorte que ces vaisseaux sont situés de chaque côté de la vessie ; par le même méca-
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nisme, la veine se rétracte du côté du foie et reste fixe dans le ligament falciforme. — La tunique externe s’hypertrophie et transforme les trois vaisseaux en cordons fibreux.
Appareil respiratoire. — Nous avons vu comment s’établissait la première respiration chez le nouveau-né. — Le nombre des mouvements respiratoires est d’environ cinquante-quatre par minute ; ils seraient un peu plus fréquents pendant le sommeil.
D’après Depaul, le type respiratoire des nouveau-nés serait costal pendant la veille et abdominal pendant le sommeil.
La température du nouveau-né est en moyenne de 57®, 6; il existe une différence de 0®,6 entre la température axillaire et la température rectale.
Appareil digestif. — Nous n’entrerons pas dans de longs détails sur la manière dont le lait est aspiré par le nouveau-né à l’aide de mouvements de succion, ni sur la façon dont il est digéré. — Le lait ne fait que traverser la bouche et n’y subit guère de modifications ; en effet, pendant les deux ou trois premiers mois de la vie extra-utérine, la quantité de salive est minime, de telle sorte que la transformation des aliments amylacés en sucre n’est guère possible.
La digestion stomacale est plus active, bien que la capacité de 1 estomac soit peu considérable : elle n’est en effet que de 46 centimètres cubes pendant la première semaine, de 78 centimètres cubes pendant la seconde semaine, de 80 à 92 centimètres cubes de la troisième à la quatrième semaine, de 140 centimètres cubes dans le troisième mois, de 260 centimètres cubes dans le cinquième mois (Fleischmann).
Ces petites dimensions de l’estomac expliquent pourquoi les aliments, ou mieux, pourquoi le lait ne doit être donné qu’en petites quantités au nouveau-né.
Le lait se coagule très vite dans l’estomac, ce qui tient probablement à ce que la pepsine des nouveau-nés a une grande activité. Le sérum du lait est absorbé par l’estomac. Quant à la caséine et aux autres substances albuminoïdes, elles sont transformées en substances solubles, plus assimilables.
Digestion intestinale. — Ces substances passent dans le duodénum, où elles prennent une réaction acide sous l’influence du suc pancréatique et où elles se dissolvent après avoir été transformées en peptones. — La bile, qui est sécrétée en grande abondance chez le nouveau-né, vient ajouter son action à celle du suc pancréatique et empêcher la putréfaction du contenu intestinal; aussi les garde-rohes des nouveau-nés sont-elles hahituellement abondantes.
Ces garde-robes sont constituées pendant les premiers jours qui suivent la naissance par le méconium, ainsi appelé à cause de sa ressemblance avec le suc épais du pavot (p.7Îxa)v, pavot). Nous avons vu quelle était sa composition ; la quantité de méconium ainsi expulsée pendant les trois ou quatre jours qui suivent la naissance est en moyenne de 72 grammes (Depaul).
Lorsque l’enfant est allaité par sa mère, les garde-robes sont peu consistantes et présentent une coloration légèrement verdâtre pendant quelques jours, jusqu’à ce que le lait ait une composition normale; si l’cnlant e.st
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d’emblée mis au sein d’une nourrice qui allaite déjà, ces garde-robes sont plus rapidement jaunâtres. - Lorsque les digestions sont bonnes et régulières, les garde-robes présentent la consislancc d’œufs brouillés et une coloration d’un beau jaune (bouton d’or).
Parfois les garde-robes ont une couleur verte au moment où elles sont expulsées ou bien elles prennent cette coloration lorsque les couches qui les contiennent sont exposées à l’air; cette coloration est due à l’une des matières colorantes de la bile : la biliverdine. 11 est souvent alors nécessaire d’administrer les alcalins pour rendre les selles moins acides et de veiller surtout à ce que les tétées soient données d’une manière régulière.
Le nombre des garde-robes est de deux à quatre dans les premiers jours qui suivent la naissance ; plus tard il n’y a plus qu’une ou deux garde-robes par vingt-quatre heures. — Certains enfants restent vingt-quatre ou quarante-huit heures sans avoir de selle : cela tient parfois à ce que l’ahsorption est très active, de sorte que le travail de la digestion ne laisse que peu de résidu, ou plus souvent à ce que l’alimentation n’est pas suffisante .
Sécrétion urinaire. — La quantité d’urine émise par le fœtus lors de sa première miction est de 10 grammes environ; pendant les deux ou trois premiers jours qui suivent la naissance, la quantité d’urine varie de 12 à 36 grammes; les jours suivants, elle varie de 70 à 200 grammes; puis du sixième ou huitième jour, la quantité moyenne émise par jour est de 200 à 300 centimètres euhes (Parrot et A. Robin); au fur et à mesure que l’enfant augmente de poids, la quantité d’urine émise chaque jour devient plus considérable.
La densité de l’urine peridant le premier mois est environ de 1005. Sa réaction est neutre. L’urée est en petite quantité dans les urines ; l’acide urique, assez abondant pendant les premiers jours, diminue ensuite, puis augmente de nouveau. Les reins des nouveau-nés contiennent des infarctus uratiques que Virchow considérait comme formés par des cristaux d’urate de «oude.
Quelques auteurs ont trouvé de V albumine dans l’urine des nouveau-nés immédiatement après la naissance ; elle contient en outre une très petite quantité de substances inorganiques (chlorures, phosphates et sulfates). Enfin si l’on examine le dépôt formé par l’urine, on y trouve des cristaux •d’acide urique, d’oxalate de chaux et de soude et des cellules épithéliales provenant des voies urinaires.
Ch. Michel ‘ a étudié quelques points de la nutrition normale du nouveauné, entre le cinquième et le quinzième jour de la vie, c’est-à-dire à partir du moment où l’enfant a expulsé tout son méconium. Chez cinq nouveau-nés il a rcclierché les gains d’azote et de sels minéraux, principes dont les portions excrétées se retrouvent dans les fèces ou dans l’urine, et non dans l’air expiré. 11 a mesuré d’une part les quantités d’azote,’ de sels minéraux, et plus spécialement de chaux et d’acide phosphorique ingérées par le nourrisson en un temps déterminé; d’autre part la quantité de chacun de ces principes éliminée
•* L'Obstétrique, 15 mars 1896.
l'uiitis d’oesiétriqbe
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par les fèces et par l’urine pendant le même temps. La différence entre les entrées et les sorties représente pour l’aliment considéré (azote, chaux ou acide phosphorique) le gain de l’organisme pendant la durée de l’observation.
Voici les moyennes obtenues :
Un nouveau-né, pesant entre le cinquième et le quinzième jour de la vie 3635 grammes, ingère par jour 589®",36 de lait, soit 162®'",36 par jour et par kilogramme du poids du corps.
11 élimine :
Urines.
Fèces.
Par jour
Par jour et par kilog
11 gr. 98
Les 589®^36 de lait ingérés chaque jour contiennent :
Un lolalité.
Par kilog.
Azote
Sels minéraux
Chaux
Acide phosphoriijue
Ogr. 446
Les quantités de ces substances, éliminées chaque jour par les urines cl par les fèces, sont les suivantes :
Par jour.
Par kilog. Par urine.
Par fèces.
Azote. . . , .... Ogr.555
Sels minéraux .... 0 745
Chaux 0 094
Acide phosphorique 0 051
Ogr.098 Ogr.249
Ogr. 106
Les gains sont par jour :
Pour l’azote
— les sels minéraux
— la chaux
— l’acide phosphorique
1 gr. 255
Modifications de la peau. — La peau du nouveau-né présente dans lespremiers jours qui suivent la naissance une couleur jaunâtre plus ou moins accusée. Elle est un peu bleuâtre aux extrémités et rougeâtre sur le reste du corps pendant les premières heures de la vie.
En outre, quelques jours après la naissance, la peau se desquame soit par petites écailles, soit par larges plaques. Cette desquamation est plus rapide et plus complète chez les enfants nés à terme que chez les prématurés.
Quelquefois la desquamation se fait alors que le fœtus vient de naître : Depaul, Charrier et nous-mêmes en avons observé des exemples.
De la fluxion mammaire chez les nouveau- nés. — Chez un certain nombre de nouveau-nés des deux sexes, on constate, quelques jours après la naissance, une tuméfaction assez considérable au niveau des deux seins ; bientôt il se produit un écoulement de liquide lactescent plus ou moins épais et qui contient, au début, des débris de cellules épithéliales, puis plu»
DE L ALLAITEMENT
tard, vers le troisième ou quatrième jour, des globules graisseux du lait. L’examen chimique a montré que le liquide qui s’écoule contenait les principales substances du lait.
Cette fluxion mammaire s’accompagne de gonflement douloureux ; la peau est parfois rougeâtre et il se forme un véritable abcès qu’on est obligé d’inciser. — La sécrétion lactée peut persister pendant plusieurs semaines.
On peut ranger cette fluxion mammaire parmi les congestions qui se produisent physiologiquement au niveau du sein et qui sont en rapport avec le développement même de l’organe. En effet, « à la naissance, en même temps que les bourgeons épithéliaux se ramifient, ils se creusent, par liquéfaction de leurs éléments centraux ; et ce sont ces derniers qui, expulsés à l’extérieur, forment ce qu’on appelle \e premier lait du nouveau-né. » (H. Morau.)
Le traitement de cette complication consiste à appliquer sur chaque sein des cataplasmes boriqués ou un pansement boriqué humide. Il faut s’abstenir de toute pression, de tout massage sur la glande mammaire ainsi tuméfiée.
Lorsqu’un abcès se forme, il est utile de l’ouvrir par un coup de bistouri.
Écoulement sanguin vulvaire. — C’est sans cloute un phénomène congestif de même nature qui s’observe chez cjuelques petites filles pendant les jours qui suivent la naissance et qui est caractérisé par l’écoulement par la vulve d’une petite quantité de sang. Il est probable que cet écoulement de ang est produit par une congestion de l’appareil utéro-ovarien sous l’influence de la rupture d’une vésicule de de Graaf.
DE L’ALLAITEMENT
Quelques notions générales sur l’anatomie et la physiologie de la glande mammaire, ainsi que sur la composition et les qualités du lait, doivent précéder l’étude de l’allaitement du nouveau-né.