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II. MALADIES CHRONIQUES

Intoxication saturnine. — Constantin Paul a signalé le premier l’in- Ouence néfaste du saturnisme sur le fœtus : il a montré que cette influence était d’autant plus nette que l’intoxication était plus accusée et qu’elle existait chez le père et la mère.

Les observations qui démontrent l’influence maternelle peuvent être réparties en plusieurs séries : tantôt elles ont trait à des femmes atteintes d’accidents saturnins plus ou moins sérieux et dont les grossesses n’ont pas eu une issue favorable (avortement, accouchement prématuré, enfants mortnés, etc.); tantôt il s’agit de femmes ayant eu des accouchements normaux avant de s’exposer à l’influence du plomb, et qui depuis ont eu des fausses couches ou des enfants mort-nés; il est enfin des femmes qui, suivant qu’elles cessent leur dangereux travail ou qu’elles le reprennent, voient leurs grossesses suivre alternativement un cours normal ou être interrompues.

Balland^ a cherché par l’expérimentation et par l’ohservation clinique à déterminer quelle était l’influence du saturnisme de la mère sur la marche de la grossesse, sur le produit de la conception et sur l’allaitement. Il a intoxiqué par injections hypodermiques et par ingestion dix cobayes pleines qui ont donné : 5 avortements, 1 mort, 2 mises à bas normales, 2 morts par infection. Les petits nés vivants étaient nés chétifs, ayant un poids au-dessous de la moyenne. Les observations cliniques ont montré la fréquence des avortements, des accouchements prématurés et des enfants mort-nés. Balland a intoxiqué une chienne allaitant à partir du jour de la mise à has : les petits ont été malades et chez deux d’entre eux sacrifiés, on a retrouvé du plomb dans les muscles et les viscères. Il a également trouvé 1/2 milligramme de plomb dans 115 grammes de lait d’une femme saturnine allaitant. Aussi l’allaitement au sein doit-il être proscrit chez les saturnines, à moins que l’intoxication soit légère et qu’on ait pu s’assurer qu’une grande partie du plomh a été éliminée.

L’influence paternelle n’est pas moins manifeste : telle femme, incapable •de mener une grossesse à bien tant qu’elle est fécondée par un mari satur-

* Cleveland medical Gazette, juin 1893.

* Thèse, Paris, 1896.

FIÈVRE INTERMITTEÎITE

nin, aura des enfants bien développés si son mari a quitté depuis un certain temps le métier qui l’intoxiquait.

C’est par imprégnation des tissus par le plomb que succombe le fœtus : Legrand a pu, dans un cas, retrouver des traces de ce métal dans les reins d’un fœtus tué par l’intoxication de sa mère.

Pour parer aux conséquences de cette intoxication, les parents doivent donc changer de profession.

Intoxication par le tabac. — Plusieurs auteurs, Kostoâl, Brochard, Decaisne, Delaunay, Quinquaud, etc., affirment que les femmes qui travaillent le tabac sont plus exposées que d’autres à l’avortement et à l’accouchement prématuré, et que leurs enfants, lorsqu’ils naissent vivants, sont chétifs, très difficiles à élever, et meurent en plus grand nombre que les autres enfants.

La première affirmation est contestée : Thévenot, Ygonin (de Lyon), Piasecki (du Havre) nient cette influence mauvaise du tabac sur la grossesse et pensent que les ouvrières qui manipulent le tabac ne sont pas plus exposées que d’autres à l’avortement. Il faut toutefois tenir compte du genre de travail auquel se livrent les femmes employées dans les manufactures de tabac. D’après une observation de De Pradel (Soc. de méd. de Paris, 12 juillet 1891), le tabac aurait déterminé l’avortement.

Robinson a expérimenté sur une chienne pleine les effets de l’extrait fluide du tumbéki, tahac persan qui contient beaucoup de nicotine : il a constaté des phénomènes d’intoxication divers, mais pas de contraction utérine. La chienne n’a pas succombé et n’a pas avorté.

La polymortalité des enfants, qui est établie par les statistiques, provientelle de l’hygiène mauvaise des mères ou d’un empoisonnement du lait par la nicotine? 11 est impossible de se prononcer sur cette question.

Il ne semble pas que l’usage et meme l’abus du tabac chez le père aient une action nocive sur le produit de conception.

Fièvre intermittente. — La femme enceinte semble ne présenter ni prédisposition ni immunité spéciale pour l’impaludisme. Cependant, lorsqu’une femme a eu antérieurement à sa grossesse des accès de fièvre intermittente, la grossesse réveille ces accès (Barnes, Pinard, Bonfds).

La grossesse ne donne pas lieu à des accès de nature particulière ; elle transforme parfois des accès simples en accès pernicieux ou en formes larvées.

Le paludisme exerce au contraire une action mauvaise sur la grossesse; sans doute « les observations de J. Schramm, de Roux, de Mendel, montrent qu’une femme enceinte peut avoir des accès de fièvre intermittente assez prolongés et mal soignés sans qu’elle-même ou l’enfant paraissent en souffrir; toutefois c’est là l’exception, et le plus souvent la fièvre intermittente fait sentir son action, qui varie d’ailleurs suivant la gravité de l’infection, l’âge de la grossesse, la thérapeutique instituée, etc. » (Pinard).

Chez les femmes atteintes de paludisme, la grossesse ne parvient à son terme que dans un peu plus du tiers des cas (32 fois sur 105 cas d’après la statistique de Bonfils; dans les autres cas on note l’avortement (12 fois) ou l’accouchement prématuré (01 fois).

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