PLEURÉSIE ET GROSSESSE
prompte résolution de la maladie. Sur 215 cas, S. Flatté a noté la mort de la mère 75 fois; ce qui donne une mortalité de 55 pour 100. Il semble que la mortalité soit plus gi’ande dans les trois derniers mois de la grossesse que dans les six premiers.
Le retentissement de la pneumonie sur la vie et la santé du fœtus est l’une des questions les plus intéressantes de la pathologie générale : le fœtus issu d’une mère pneumonique peut ne pas être malade, mais il peut naître mort ou mourir dans les jours qui suivent sa naissance après avoir présenté des symptômes graves. Pour que l’infection du fœtus ait lieu, il faut, d’après Netter, qu’il y ait infection générale de la mère et présence de pneumocoques dans le sang maternel. Cette infection transmise au fœtus ne se traduit pas seulement par des lésions pulmonaires, mais elle peut déterminer d’autres localisations microbiennes qui sont l'origine de méningites, d’endocardites, d’abcès multiples.
Le traitement de la pneumonie pendant la grossesse ne présente aucune indication spéciale, saut peut-être celle de recourir à la saignée lorsqu’il y a une cyanose très accusée ; les autres émissions sanguines, ventouses scarifiées, etc., peuvent être également utiles. Quant aux indications de l’avortement ou de l’accouchement prématuré, elles sont exceptionnelles ; lorsque l’état de la femme est très grave, lorsqu’elle est asphyxiante, l’accouchement provoqué pourra être tenté comme une dernière ressource.
Lorsque la femme pneumonique est accouchée, peut-elle donner le sein sans danger pour son enfant? C’est une question qu’on ne peut trancher avant de savoir si le pneumocoque passe ou non dans le lait.
Pleurésie. — Elle est exceptionnelle au cours de la grossesse, sur laquelle elle ne semble pas avoir d’action manifeste. Elle peut amener toutefois des troubles dyspnéiques par suite de l’abondance de l’épanchement, de la bilatéralité ou de son siège particulier (pleurésie diaphragmatique); quelquefois elle détermine l’accouchement prématuré.
La pleurésie gravidique peut revêtir toutes les variétés cliniques; être fibrineuse, séro-fibrineuse, voire purulente d’emblée. Elle semble peu inlluencée par la grossesse (P. Le Gendre).
Charrin et Nobécourt ont observé' chez une femme enceinte de sept mois et demi une pleurésie gauche s’accompagnant d’une dyspnée intense et d’un état général grave : le liquide peu abondant était purulent, d’une odeur fade, nauséeuse et fétide; il contenait des gaz et un bacille, le proteus vulgaris. La ponction n’a pas amené d’amélioration, l’expulsion prématurée du fœtus s’est produite au bout de 17 jours et la femme a succombé quelques heures après. L’enfant, pesant 2550 grammes à la naissance, ne pesait plus que 2500 grammes au bout de 29 jours.
Le traitement ne présente rien de particulier : il faut avoir recours, suivant les indications, aux révulsifs, aux ventouses scarifiées, aux diurétiques, aux purgatifs légers, etc. Parmi les diurétiques, le régime lacté doit tenir le premier rang.
• Société de biologie, 15 juin 1895.