MÔLE HYDATIFORME OU VÉSICULAIRE
maligne dans un utérus ayant contenu un œuf transformé en môle vésiculaire.
Quant au pronostic pour le fœtus, il est beaucoup plus grave : le fœtus succombe presque toujours soit du fait de la dégénérescence des villosités choriales, soit par suite des hémorrhagies. — 11 est exceptionnel que le fœtus puisse vivre et continuer à se développer jusqu’à terme.
Diagnostic. — La môle hydatiforme est une complication de la grossesse qui peut ne pas être diagnostiquée en raison de sa rareté et du peu de symptômes nets auxquels elle donne lieu.
Nous laissons de côté les cas rares dans lesquels le diagnostic s’impose, lorsque des vésicules sont expulsées par le vagin ou lorsque, dans le but d’éclairer le diagnostic, on va en cueillir avec le doigt ou une pince en pratiquant ainsi largement le toucher intra-utérin. Hormi ces cas, le diagnostic peut être rarement affirmé ; l’existence d’une môle lors d’une grossesse antérieure, l’absence des signes qui caractérisent la présence du fœtus (ballottement, mouvements actifs et passifs, bruits du cœur) sont des éléments importants de diagnostic.
Pendant la grossesse, lorsqu’on est certain de la dernière époque des règles, le volume exagéré de l'utérus met sur la voie du diagnostic : on distingue la môle de l’hydramnios, qui d’ailleurs est rare dans les premiers mois de grossesse simple ou grossesse gémellaire. Un examen attentif permet de distinguer la tumeur mollasse, constituée par l’utérus, d’une tumeur de voisinage, telle qu’un kyste de l’ovaire.
Les hémorrhagies s’accompagnant de douleurs peuvent faire croire à l’imminence d’un avortement simple, dû ou non à l’insertion vicieuse du placenta. Il arrive qu’en touchant, alors que le col est entr’ouvert et permet d’arriver sur l’œuf dégénéré, on confonde les parties dégénérées avec les cotylédons d’un placenta inséré vicieusement ou avec une tumeur, maligne ou non, de l’utérus. Cette erreur peut même être commise à terme au moment du travail.
Les hémorrhagies coïncidant avec une tumeur utérine volumineuse un peu irrégulière peuvent faire confondre la môle avec des fibromes utérins, surtout lorsque ceux-ci ne sont pas très saillants à la surface externe de l’utérus et lorsqu’ils n’ont pas une consistance très ferme. Le diagnostic devient impossible lorsque la môle se développe dans un utérus fibromateux.
Lorsque la môle a cessé de s’accroître et que le volume de l’utérus est inférieur à ce qu’il devrait être à l’époque présumée de la grossesse, le diagnostic est à faire particulièrement avec la mort du fœtus.
Dans quelques cas et en particulier chez les femmes qui sont près de la ménopause, — les symptômes généraux (maigreur, teinte cachectique) et locaux (écoulements séro-sanguinolents, parfois fétides) peuvent faire penser à un néoplasme utérin.
11 est encore plus difficile de reconnaître la rupture de l’utérus qui peut se produire au moment de l’expulsion de la môle, avant même qu’on ait reconnu 1 existence de celle-ci.
En résumé, le diagnostic ne pourra guère être affirmé que lorsqu’on aurs
PRÉCIS d’obstétriqüe. 51
MOLE HYDATIFORME OU VESICULAIRE.
constaté la présence de vésicules ; il sera seulement probable lorsque chez îme femme habituellement bien réglée, des hémorrhagies à répétition surviennent en même temps qu’on constate que l’utérus présente un volume hors de proportion avec l’âge de la grossesse.
Traitement. — Pendaiit la grossesse. Tant que les accidents sont modérés, il faut se contenter de faire des injections vaginales antiseptiques. Si l’hémorrhagie est abondante, les injections vaginales chaudes modèrent l’écoulement sanguin.
On peut pratiquer le tamponnement vaginal, soit à l’aide de tampons d’ouate antiseptique, soit avec le ballon de Champetier de Ribes introduit dans le vasin.
Lorsque les hémorrhagies sont graves, on est autorisé à provoquer l’avortement ou l’accouchement prématuré à l’aide des moyens ordinaires. Le ballon de Champetier de Ribes, outre l’avantage qu’il possède d’amener une expulsion rapide, produit une dilatation suflisante pour que l’accoucheur puisse avec la main explorer la paroi utérine; mais il présente un certain danger en raison même de la minceur de la paroi utérine : dans un cas observé par Champetier de Ribes [in thèse de P. Ouvry) une rupture utérine se produisit sans qu’on puisse alïîrmer que cette rupture a été causée par le ballon ou par le tamponnement intra-utérin pratiqué pour hémorihagie. P. Ouvry préfère le curettage instrumental pour vider l’utérus.
Pendant le travail. L’expectation suffit habituellement. Des injections chaudes sont faites pour modérer l’abondance de l’hémorrhagie et pour accélérer le travail.
Rarement on est obligé d’introduire la main pour extraire la môle ; on ne doit se servir qu’avec une extrême prudence d’instruments (curettes, etc.), en raison de l’amincissement possible des parois utérines. Si la môle est expulsée, enveloppée d’une membrane épaisse, il est inutile d’explorer b cavité utérine; dans le cas contraire, on peut s’assurer soit avec les doigts, soit avec la curette qu’il ne reste pas de vésicules dans la cavité utérine.
Pendant les suites de couches on se contente des soins ordinaires; s’il y a de la fétidité des lochies, des accidents fébriles, on a recours à l’irrigation utérine continue ou intermittente.
La rupture de l’utérus peut se produire soit spontanément, soit à la suite d’une intervention. Dans les deux cas, en présence désignés graves d’hémorrhagie interne, il faut pratiquer la laparotomie et enlever l’utérus. C’est ce que Ch. Mai’tin* a fait avec succès quatre heures après la rupture.