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AVORTEMENT CRIMINEL

Nous devons signaler l’expulsion de l’œuf provoquée dans un but criminel, c’est-à-dire sans que l’état général de la mère nécessite l’interruption de la grossesse. Cette question intéresse l’accoucheur au point de vue médicolégal et au point de vue des indications spéciales qui peuvent se produire dans la pratique ^

Les moyens employés pour provoquer l’expulsion de l’œuf sont variés. Sans parler des médicaments ou des substances destinées à provoquer la contraction utérine, on peut dire que presque tous les moyens employés d’une manière scientifique pour interrompre la grossesse l’ont été également dans un but criminel. Un des moyens les plus anciennement usités est la ponction de l’œuf ou la déchirure des membranes. Tantôt c’est intentionnellement que cette rupture est produite, tantôt c’est en cherchant à insinuer un instrument, une sonde, une canule entre l’œuf et la paroi utérine qu’incidemment l’œuf se trouve rompu. L’injection intra-utérine est un procédé très usité : Vibert rapporte que dans l’affaire de l’avorteuse Thomas, dans

‘ Recherches sur l'alimentation des enfants débiles (Emploi des produits de digestion artificielle du lait de vache). L’Obstétrique, mars 1897.

^ Lire sur ce sujet, outre les travaux classiques de Tardieu, Tourdes, Brouardel, Lacassagne, eic., les mémoires suivants : Vibert. Considérations médico-légales à propos d’une affaire d’avortements multiples (Soc. de 7néd. légale, 14 nov. 1892). — Marsai.<. Des blessures de la matrice dans les manœuvres criminelles abortives. Thèse de Lyon, 1890. — Lemoine. De l’avortement criminel. Thèse. l’aris 1897.

A\•OUTEME^’T CRIMINEL.

quarante-trois cas sur soixante-douze, une seule injection avait suffi à amener l’expulsion de l’œuf. L’un des procédés le plus récents est celui rapporté par Sir Draper (Boston, d/ed. anrf surgic.Journ.,^i avril 1896): un avorteur se servit de l’électricité en introduisant un tufie dans le vagin et en appliquant une éponge sur l’abdomen de la femme qui succomba onze jours après cette intervention.

On a collectionné à l’Institut de médecine légale de Yienne différents instruments (sondes simples, sondes armées de mandrins, aiguilles à tricoter, tiges de parapluie, seringues et spéculums, etc.) qui ont été saisis chez des personnes accusées de pratiquer des avortements. Une collection, fort importante au point de vue médico-légal, existe au laboratoire de Lacassagne (Lyon).

La symptomatologie de l’avortement provoqué est extrêmement variable suivant l’àge de la grossesse et le mode d’intervention. Souvent, pour les raisons que nous venons de dire, l’écoulement du liquide amniotique précède toute contraction. De plus, l’œuf étant expulsé vivant, cette expulsion s’accompagne d’un écoulement sanguin qui est parfois d’autant plus abondant que la personne qui a provoqué l’avortement a pu produire des lésions plus ou moins graves de la paroi utérine. Dans certains cas le fœtus peut avoir succombé depuis quelques jours avant d’être expulsé ; tantôt sa mort a précédé l’intervention criminélle, plus souvent elle résulte d’un traumatisme exercé sur lui au moment de l’intervention.

Rien n’est plus difficile que de reconnaître si l’avortement a été provoqué ; ce n’est qu’en se basant sur les renseignements contradictoires fournis par la femme et surtout sur ses confidences qu’on peut arriver à savoir qu’il y a eu intervention criminelle. Dans certains cas le doute n’est pas permis * Pinard a observé à la clinique Baudelocque une femme chez laquelle l’œuf fut expulsé avec un embout de caoutchouc qui s’était détaché de la seringue au moment où la sage-femme l’avait glissée dans l’utérus.

Le plus habituellement la recherche de l’avortement criminel au point de vue médico-légal présente de nombreuses difficultés. On a cependant constaté dans un certain nombre de cas des lésions des organes génitaux qui ne laissent aucun doute sur l’intervention. Sur vingt-huit cas d’avortement provoqués, Tardieu a noté dix-huit cas de morts à la suite de lésions produites par les manœuvres; ces lésions, dues à la ponction, avaient la forme de trous, de canaux, d'éraillures. On a observé des perforations du vagin, du col de Tutérus, et .du corps de l’utérus (sur le fond ou les parois). Haberda (de Vienne)' pense que les blessures siègent le plus souvent sur le col de l’utérus, près de l’orifice interne et dans le fond de l’utérus ; rarement elles intéressent la paroi postérieure de l’utérus et les culs-de-sac du vagin. Ces lésions se présentent sous forme de canal, de gouttière, d’éraillure, de fissure faite à la surface ou dans la profondeur du muscle utérin.

Les lésions qui sont ainsi créées par une intervention criminelle et maladroite ne sont pas toujours suffisantes pour amener des accidents immédia-

' Blessures des organes génitaux dans l'avorteraeiit criminel. Sixième congrès des sociétés alle^ in'tnass de gynécologie. Vienne, juin 1895.

GROSSESSE EXTRA-UTERINE.

tement graves, comme ceux que l’on observe lorsqu’il y a perforation de l’iitérus, lésion de l’intestin, etc. ; ces lésions, alors même qu’elles n’intéressent pas toute l’épaisseur du muscle utérin, peuvent être cependant suffisantes pour être le point de départ d’accidents d’infection graves. 11 est quelquefois bien difficile de les distinguer de celles qui pourront être produites au cours d’une intervention justifiée par les accidents qui existent.

Conduite à tenir. — Elle est parfois très délicate. Le médecin, tenu par le secret professionnel, ne peut rien révéler de ce qu’il connaît, surtout lorsqu’il a rc(;u les confidences de la femme ; d’autre part, appelé auprès d’une femme qui présente, au cours d’un avortement, des accidents graves (hémorrhagies, infection, etc.) qui nécessitent une intervention, il doit faire ce que commande la situation et pratiquer certaines opérations (curage, curettage, voire même laparotomie) qui pourront plus tard lui être reprochées. Aussi est-il prudent en pareil cas de ne faire ces interventions, à moins d’urgence extrême, qu’après avoir appelé un ou deux confrères et avoir rédigé une consultation précise.

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