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SIXIÈME PARTIE

GÉNÉRALITÉS

Nous avons étudié jusqu'à présent la grossesse physiologique, celle qui existe chez une femme bien portante et qui évolue d'une manière normale, régulière, sans accident notable ou tout au moins sans incidents assez accusés pour être pathologiques.

Il n'en est pas toujours ainsi; la grossesse peut être compliquée de deux manières différentes :

1° La femme enceinte présente une tare pathologique antérieure à la conception, ou est atteinte d'une affection morbide quelconque au cours de la grossesse. Pour prendre deux exemples : une femme tuberculeuse devient enceinte ou bien une femme enceinte est atteinte de fièvre typhoïde. Dans les deux cas il est intéressant de connaître quelle influence la maladie préexistante ou intercurrente va exercer sur la physionomie de la grossesse et inversement comment la grossesse va retentir sur cet état morbide.

L'étude de ces faits n'est donc autre que celle de la pathologie (interne et externe) pendant la grossesse : malgré les nombreux travaux parus en ces dernières années sur ce sujet, cette étude est loin d'être achevée. 11 faut en effet que l'observateur de ces faits soit en même temps un pathologiste sagace et un accoucheur instruit, pour distinguer ce qui appartient en propre à la maladie et ce qui appartient à la grossesse.

Nous ne nous étendrons pas beaucoup sur ce chapitre, mais nous commencerons par lui, parce que ce sont souvent les maladies intercurrentes ou préexistantes à la grossesse qui créent les véritables complications de la grossesse, celles qui sont inhérentes à cet état fonctionnel particulier. Ainsi la syphilis ne produit-elle pas souvent l'hydramnios et d'autres maladies de l'œuf ou du fœtus?

2° Il est en outre des complications spéciales qui sont plus importantes à étudier et qui sont d'ailleurs mieux connues : elles constituent la grossesse pathologique (Pinard) ou mieux les maladies propres à la femme enceinte.

S'inspirant des recherches de A. Gautier sur les leucomaïnes, de celles de Bouchard sur les auto-intoxications, Pinard a émis récemment l'opinion que chez la femme enceinte un certain nombre de phénomènes morbides sont causés par un défaut d'élimination par les émonctoires (reins, peau, intestin, etc.) des produits excrémentitiels contenus en excès dans le sang.

Les recherches expérimentales de Bouchard sur la toxicité des urines ont en effet montré que toutes les fois que l'élimination par la voie rénale est insuffisante, il peut se produire du coté de l'organisme des accidents (crises convulsives, hypothermie ou hyperthermic, etc.) causés par les produits toxiques retenus dans le sang. Or chez la femme enceinte les produits de désassimilation sont plus abondants, puisque l'organisme maternel doit suffire non-seulement à ses propres besoins, mais en même temps à la nutrition et à l'accroissement du fœtus.

Or, par suite des transformations anatomiques qu'ils subissent du fait de la grossesse, dans certains cas le rein élimine moins et le foie ne détruit plus d'une manière aussi parfaite les ptomaïnes du tube digestif. Ainsi, chez la femme enceinte, il y a en même temps augmentation des produits de désassimilation et élimination moindre : ces deux circonstances favorisent donc Y auto-intoxication.

Pinard pense que c'est d'après cette pathogénie qu'il faut expliquer les œdèmes, l'albuminurie, les crises convulsives (éclampsie), qu'on observe chez la femme gravide ; il fait même rentrer dans ce groupe certains faits pathologiques, tels que les troubles digestifs (ptyalisme, vomissements incoercibles, etc.) qu'on observe au cours de la grossesse et dont on n'a point donné" jusqu'à présent une explication suffisante.

Cette division est bien en rapport avec les idées médicales actuelles et se trouve confirmée par les faits observés. C'est ainsi que lorsque le fœtus succombe, — la grossesse cessant ainsi, — on voit habituellement disparaître, cesser ou tout au moins diminuer les vomissements graves, l'albuminurie, etc.

Tout en reconnaissant que cette conception pathogénique a encore besoin d'être contrôlée et confirmée par la clinique et l'expérimentation, nous admettrons donc pour les maladies propres à la femme enceinte la division suivante :

1° Phénomènes pathologiques liés à l'auto-intoxication gravidique :

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