ÉLÉMENTS EXAMINÉS
LAIT
LAIT
LAIT
LAIT
de femme
de vache
de chèvre
d'ânesse
212 ce.
215 ce.
570 ce.
168 ce.
gr.
gr.
gr.
Beurre
Caséine et albumine. . . .
Chlorure de sodium ....
Total de l'extrait sec. . . .
très ténue
dense
très dense
ténue
Lait d'ânesse. — C'est celui qui se rapproche le plus de celui de la femme : il contient presque la même proportion d'extrait sec, de principes azotés et hydrocarbonés ; la caséine s'y présente à peu près sous le même aspect; le beurre y est moins abondant; les sels plus nombreux.
En raison de la ténuité de la caséine, le lait d'ânesse est facilement digéré par les nouveau-nés : c'est à lui qu'on a recours de préférence, lorsqu'on peut s'en procurer, pour les nouveau-nés qui attendent une nourrice ou que la mère ne peut allaiter de suite.
Sou prix élevé (6 à 8 francs le litre) en restreint beaucoup l'usage. Il ne peut d'ailleurs être transporté, parce qu'il s'altère très rapidement et doit être consommé peu de temps après la traite.
V l'hospice des Enfants-Assistés, les enfants syphilitiques tettent directement des ànesscs qui sont réfractaires à la syphilis.
Lait de chèvre. —11 contient la même proportion de beurre ou d'extrait sec que celui de la femme ; mais il renferme moins de sucre de lait et
622 DES SOINS A DONNER AU NOUVEAU-NÉ
beaucoup plus de caséine ; cette abondance de la caséine rend le lait .noms digestible. Ainsi, dit Saint- Yves Ménard, « théoriquement ce lait employé pur ne peut convenir qu'aux enfants déjà un peu avancés dont les mères ou les nourrices ont une lactation insuffisante. Et pour des nouveau-nés, il doit être modifié par l'addition d'une grande quantité « eau sucrée. G est ainsi qu'on en use d'ailleurs dans la pratique, excepté dans les cas où l'on emploie les chèvres comme nourrices.... D'ailleurs le lait de chèvre, pour être plus abondant et moins cher que le lait d'ânesse o est pas encore à la portée de tout le monde. Ilest difficile de s'en procurer dans les villes, où les bêtes s'accommodent mal de la stabulation. De plus les chèvres n'ont pas encore été modifiées par la stabulation au point de mettre bas en toute saison et de prolonger la lactation jusqu'à l'époque du rut. »
Lait de vache. — C'est celui qui est de beaucoup le plus usité comme succédané du lait de femme : il est d'un prix relativement peu élevé et on peut s'en procurer facilement. Sa composition diffère cependant assez notablement du lait de femme : l'extrait sec y est plus abondant, surtout la caséine, qui s'y précipite en flocons denses.
Le lait de vache, utilisé pour l'allaitement artificiel, doit présenter différentes garanties. « De même, dit Saint- Yves Ménard, qu'on choisit une nourrice de bonne constitution, qu'on règle le mieux possible son hygiène et particulièrement son alimentation, de même il y a lieu de se préoccuper des conditions hygiéniques de la production du lait de vache. » Sa valeur dépend , sous ce rapport, de quatre circonstances principales :
1° Race des animaux. — Le lait le meilleur en qualité est fourni par les vaches normandes, bretonnes, etc.; les vaches hollandaises au contraire, dont la lactation est abondante, ne donnent qu'un lait très aqueux et peu crémeux; les normandes soumises au même régime ont du lait moins abondant, mais plus riche en éléments nutritifs, surtout en beurre.
2° Dispositions individuelles. — Il est également d'observation que dans le lait provenant de vaches de même race, on observe des différences assez grandes dans les proportions relatives des matières grasses et de la caséine : certaines vaches fabriquent beaucoup de beurre, tandis que d'autres en produisent moins.
Gautrelet a montré que chez la même vache la composition du lait varie beaucoup d'un jour à l'autre, tandis qu'au contraire le lait mélangé de toutes les vaches d'une même étable varie très peu ; d'où cette conclusion au point de vue pratique qu'il vaut mieux pour le même enfant prendre du lait ainsi mélangé que de prendre le lait d'une seule vache.
DE L'ALLAITEMENT
« Toutefois, ajoute Saint-Yves Ménard, il n'est pas impossible, dans certains cas, de mettre à profit les variations individuelles. Le lait très crémeux réussit à tel entant et non à tel autre. Lorsqu'un nouveau-né digère mal le lait commun d'une étable, il peut se trouver bien d'un lait moins riche en crème. Une étable bien dirigée, au point de vue de l'alimentation des enfants, doit pouvoir offrir, à part, le lait d'une ou plusieurs vaches dont la teneur en crème est au-dessous de la moyenne. »
5° Régime alimentaire. — On sait que le régime alimentaire auquel sont soumises les vaches influe sur la quantité et la qualité du lait produit; toutefois il ne faut pas exagérer cette influence, et ne pas oublier que la qualité du lait dépend surtout du choix de la vache. — Signalons seulement la possibilité d'obtenir du lait superphosphaté en donnant aux vaches une alimentation spéciale.
4° Conditions de stabulation. — Les vaches doivent être placées dans de bonnes conditions hygiéniques : si elles ne sortent pas au grand air tous les jours, il faut qu'elles soient installées dans des étables suffisamment vastes et bien entretenues.
Les conditions dans lesquelles on se procure le lait ont une importance grande : « l'idéal, pour un nouveau-né, soumis à l'allaitement artificiel, ce serait de recevoir à chaque repas, toutes les deux heures, du lait chaud sortant du pis de la vache, n'ayant eu aucun contact extérieur, du lait vivant, en un mot, comme serait celui d'une nourrice. Cet idéal se réalise rarement. On s'en rapproche beaucoup, à la campagne et même en ville, quand on trouve tout près de soi du lait produit dans de bonnes conditions, recueilli deux ou trois fois par jour, non transporté, non frelaté, non conservé et par conséquent non altéré. Mais le plus souvent dans les grandes villes, à Paris, par exemple, il en est tout autrement. Les conditions d'approvisionnement plus ou moins difficiles, influent considérablement sur la qualité du lait et sur le résultat de l'allaitement artificiel. » (Saint- Yves Ménard.)
Ces difficultés sont telles que depuis quelques années l'usage s'est répandu à Paris de consommer le lait, qui, recueilli en Normandie, est stérilisé sur place et peut être conservé et transporté facilement.
Pinard le premier, à Lariboisière, en 1889, a essayé avec succès l'usage de ce lait qui rend les plus grands services dans l'alimentation du premier âge et en a vulgarisé l'emploi.
Le lait stérilisé, préparé dans de petits flacons contenant la quantité suffisante pour une tétée, est réchauffé au bain-marie ou dans un vase contenant de l'eau très chaude, on y ajoute une cuillerée à café de sucre en poudre et on le donne a prendre au nouveau-né, en le versant
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dans une timbale bien propre ou en adaptant au petit flacon une têterelie en caoutchouc que l'on a bien soin de tenir propre et plongée dans nue solution boriquée ou dans de l'eau de Vichy dans l'intervalle des tétées.
Une discussion toujours pendante est de savoir s'il vaut mieux donner le lait ordinaire bouilli ou cru. 11 semble démontré que la cuisson du lait n atteint pas complètement le double but qu'elle poursuit : la conservation du lait et la prophylaxie de la tuberculose. 11 est en effet difficile d'obtenir par la simple ébullition à l'air libre une température supérieure à 85 degrés centigrades, qui ne détruit qu'incomplètement les germes de la fermentation et laisse intacts les bacilles de Koch.
Saint-Yves Ménard estime qu'on ne peut établir actuellement de parallèle qu'entre le lait cru et le lait stérilisé : le lait cru aurait l'avantage d être plus digestible, de contenir les gaz et les ferments qui se trouvent normalement contenus dans le lait; aussi recommande-t-il « l'usage du lait cru, quelques heures après la traite, toutes les fois que sa provenance donnera des garanties de bonne production et de pureté ».
Ce sont justement ces garanties qu'il est difficile d'avoir dans les grands centres; aussi, malgré les expériences de Weber, de Vasilieff sur la valeur comparative du lait cru et du lait stérilisé, il nous semble que l'usage de ce dernier donne une sécurité plus grande, au point de vue de l'absence de fermentation, et nous avons pu voir élever à Paris, sans aucun accident, des enfants ne prenant exclusivement que du lait stérilisé.
De l'accroissement du nouveau-né. — Pendant les premiers jours qui suivent sa naissance, l'enfant perd habituellement de son poids ; cette déperdition s'élève en moyenne à 200 ou 500 grammes : elle est due à l'évacuation du méconium et de l'urine ainsi qu'au fonctionnement de la peau et du poumon. Elle est surtout marquée chez les enfants volumineux qui, en revanche, augmentent bientôt d'uni; façon régulière.
Les enfants de primipares peuvent ainsi diminuer de poids pendant quatre, cinq, six et sept jours et même davantage; la sécrétion lactée n'étant pas chez elles suffisamment établie pendant les jours qui suivent la naissance. Quant aux enfants des multipares, surtout de celles qui ont déjà allaité, l'augmentation de poids a lieu à partir du quatrième ou du cinquième jour : l'alimentation est alors suffisante pour compenser les déperditions de l'organisme.
Ribemont-Dessaignes a montré que l'augmentation était plus rapide pour les nouveau-nés chez lesquels on a pratiqué tardivement la ligature du cordon. De nombreuses causes physiologiques ou pathologiques
m L'ALLAITEMENT.
influent sur la manière dont augmente le nouveau-né; il faut, cependant connaître la moyenne quotidienne d'augmentation de poids de l'enfant pendant, la première année. Les chiffres suivants, calculés par Tanner et Budin d'après les chiffres donnés par Bouchaud, Bowditch, Altbrecht, Fleischmann, Biedert, indiquent la moyenne d'augmentation quotidienne pour chaque mois :
lor mois 50 gp. 0 ' 7e mois 12 gr. 8
Il ressort manifestement de ces chiffres que l'accroissement est surtout marqué pendant les deux premiers mois; à partir du troisième mois,
■flIII
Fig-. 505. — Balance pour peser les enfants.
l'enfant, tout en se développant, augmente d'une manière moins sensible chaque jour.
Bouchaud, prenant comme terme moyen un enfant du poids de 5 kilogrammes 250 grammes à sa naissance, donne les poids suivants comme moyenne à la fin de chaque mois :
mois 4 000 gr,
7° mois 7 450 gr.
pnÉcis d'oustétmquë.
DES SOINS. A DONNER AU NOUVEAU-NÉ
Sans doute avec un peu d'expérience, en examinant un enfant, on constatant que ses téguments sont fermes, que les fesses sont pleines, dures et présentent des fossettes, que les membres inférieurs ont un certain embonpoint, on peut dire que l'enfant se développe d'une manière régulière et que son alimentation est suffisante. Cette opinion se confirmera encore si l'on s'assure que l'enfant a des tétées régulières, que ses selles sont d'une belle couleur jaunâtre, que l'enfant ne crie pas trop et qu'il a un sommeil assez calme.
Toutefois la seule manière rationnelle de contrôler le développement régulier du fœtus est de le peser tous les huit jours environ, dépouillé de ses vêtements; pour pratiquer ces pesées, on se sert d'un pèse-bébés qu'on trouve dans le commerce, ou plus commodément encore d'une balance ordinaire dont l'un des plateaux est remplacé par une sorte de hamac (fig. 505).
Ces pesées doivent être inscrites, de manière à ce qu'on puisse se rendre compte de la manière dont se fait l'assimilation chez l'enfant.
Nous attachons beaucoup moins d'importance à l'accroissement en longueur du fœtus, qui est en moyenne de 20 centimètres pendant la première année. D'après Quetelet cet accroissement se décompose de la manière suivante : premier mois, 40 millimètres; deuxième mois, 50 millimètres; troisième mois, 20 millimètres, et pendant chacun des mois suivants 10 à 15 millimètres.
Un signe très utile pour reconnaître, sans pesée, si un nouveau-né augmente ou diminue, est fourni par l'état des sutures et des fontanelles : en promenant la face palmaire de l'index au niveau des sutures, on constate qu'elles sont suffisamment larges, modérément tendues si l'enfant se porte bien. Lorsqu'au contraire, sa nutrition est insuffisante, sutures et fontanelles se dépriment ; les os qui limitent chaque suture sont au contact ou chevauchent l'un sur l'autre. Cette dépression des fontanelles, ce chevauchement des sutures, tiennent à la fois à une diminution de tension dans la cavité crânienne et à une résorption du liquide céphalorachidien.