PHYSIOLOGIE DU PLACENTA
Physiologie du placenta. — Le placenta est le lieu où s'opèrent les échanges entre la mère et le fœtus; ces échanges ne se font point par communication directe du sang maternel avec le sang fœtal, mais uniquement par des phénomènes d'endosmose et d'exosmosc.
Pour que les principes nutritifs contenus dans le sang maternel puissent être absorbés au niveau des villosités fœtales, il faut qu'ils soient tenus en dissolution.
C'est grâce, en effet, à la grande quantité d'eau que renferment les tissus du fœtus qu'ont lieu les phénomènes nutritifs, qui se réduisent à de simples phénomènes physiques : en raison de la différence de densité qui existe entre le sang de la mère et celui du fœtus, il s'établit un double courant, en vertu des lois de l'endosmose; le courant le plus fort a lieu vers le liquide dont la densité est la plus faible, c'est-à-dire du sang maternel vers le sang fœtal; l'autre courant a lieu en sens inverse.
A mesure que se font ces échanges, c'est-à-dire à mesure que la grossesse évolue, la densité du sang fœtal augmente en même temps que diminue celle du sang maternel; aussi, vers la fin de la grossesse, y a-t-il un notable ralentissement dans les échanges placentaires nutritifs.
Une des fonctions importantes du placenta, c'est de servir de réservoir à la matière ghjcogène fabriquée dans l'organisme fœtal, et même de produire cette matière tant que le foie n'a pas acquis un développement suffisant pour remplir cette fonction.
Les belles recherches de Cl. Bernard sont à cet égard démonstratives : « Le fœtus, dit-il, ne reçoit de la mère que des matériaux liquides dissous dans le plasma sanguin; et comme nous savons que la matière glycogène est incorporée chez la mère à des éléments figurés solides, à des cellules glycogéniques, nous n'admettons pas qu'elle puisse passer ainsi dans le fœtus. Nos recherches ont établi que la production glycogénique, condition indispensable au développement, existe soit dans le fœtus lui-même, où elle est diffuse avant de se localiser définitivement dans le foie, soit dans les organes embryonnaires transitoires, dont le rôle est terminé au moment de la naissance. » La matière glycogène est tenue en réserve dans le placenta, surtout au niveau de la couche épithéliale de la muqueuse inter-utéro-placentaire .
Pour bien connaître la nature des matériaux qui passent de la mère au fœtus, il faudrait pouvoir analyser le sang avant son entrée dans le placenta et après sa sortie; mais on ne peut recueillir du sang en quantité suffisante pour une analyse.
Aussi c'est en partie en se basant sur les analyses quantitatives des parties constituantes du fœtus, aux différentes époques de la grossesse, et
en s'appuyant sur l'expérimentation, qu'on esl arrivé h connaître un peu la physiologie du placenta,
Il n'\ a que les substances liquides ou à l'étal gazeux qui traversent le placenta; les substances solides, même finement pulvérisées, les granulations graisseuses ne, franchissent pas la mince barrière qui se trouve entre les deux circulations fœtale et maternelle. Jusqu'en ces dernières années on admettait, en s'appuyant sur les recherches de Davaine, de Brauell el de Dollinger sur la bactérie charbonneuse, que les micro-organismes ne, pouvaient franchir le filtre placentaire : ainsi, en injectant à une femelle en gestation du sang contenant des bactéridies, on ne retrouve pas ces micro-organismes dans le sang fœtal, alors qu'ils pullulent dans le sang de la mère.
Des recherches plus récentes ont montré que ce fait, \ rai pour la bactérie charbonneuse, ne devait pas être admis pour tous les microbes, et qu'un certain nombre d'entre eux peuvent passer de la mère au fœtus en produisant des lésions placentaires qui détruisent l'obstacle à leur migration.
Au début de la grossesse, ce sont surtout, les substances albuminoïdes qui, avec les sels minéraux, prennent part à la nutrition du fœtus; dans la seconde moitié de la grossesse, ce sont surtout les substances grasses qui traversent le placenta; ces résultats sont fournis par l'analyse chimique des parties constituantes du fœtus aux différents mois de la grossesse (Fehling).
Les substances organiques ou minérales, administrées à la mère, passent avec une rapidité plus ou moins grande dans le sang fœtal ou dans les produits d'excrétion du fœtus; parmi les médicaments, l'iodurc de potassium (Schauenstein, Spœth, Gusserow, Porak), l'acide salicylique (A. Martin, Benicke, Porak), le chlorate de potasse passent, rapidement à travers le filtre placentaire. Ainsi, pour le chlorate de potasse, Porak a pu le retrouver dans l'urine dunouveau-né dix minutes après son administration à la mère.
Il semble démontré que les poisons minéraux (phosphore, plomb, arsenic, etc.), absorbés par la mère, passent dans l'organisme fœtal. Legrand, interne de Budin, a retrouvé du plomb dans le rein d'un nouveau-né dont la mère était atteinte de saturnisme.
Le passage des substances gazeuses à travers le placenta a été prouvé par Zweifel, qui, en reconnaissant l'existence de l'hématose chez le fœtus, a démontré le passage de l'oxygène de la mère au fœtus et de l'acide carbonique en sens inverse; Fehling a, de plus, constaté le passage de gaz étrangers à l'organisme, tels que l'oxyde de carbone.
Le chloroforme, pris en inhalations par la mère, a été retrouvé dans le sang du fœtus par Zweifel, et dans son urine par Fehling et Porak: il semble que ce passage ne se lasse que lentement et en petite quantité.
LIQUIDE AMNIOTIQUE.
Nombre de points sont encore à élucider dans la physiologie du placenta; on peut cependant dire avec Pinard « que le placenta est véritablement et exclusivement l'organe indispensable à la nutrition du fœtus. Ces! grâce à lui que le sang absorbe les matériaux nécessaires : oxygène, albumine, graisses, sels, nécessaires à la formation et au développement des organes, ainsi qu'à leur fonctionnement, lequel, du reste, est très rudimentaire ». Nous verrons, à propos de la physiologie du fœtus à terme, que c'est par le placenta que le fœtus respire ou mieux s'hématose,
Liquide amniotique. — Il est contenu dans l'amnios et baigne pour ainsi dire le fœtus de toutes parts ; voici quelles sont ses principales propriétés physiques et chimiques : ......
Coloration. — Sa coloration varie un peu suivant l'époque de la grossesse; dans les premiers mois, il est clair et transparent ; vers la lin de la grossesse, il présente une coloration blanchâtre, due à la présence de matières grasses, et tient en suspension des débris de vernix caseosa.
Lorsque, au cours de la grossesse et plus fréquemment du travail, le fœtus souffre et expulse une partie de son méconium, le liquide amniotique prend une coloration vcrdâtre plus ou moins marquée, suivant que le mélange du méconium est plus ou moins intime avec le liquide amniotique. Si le fœtus meurt pendant la grossesse et subit les phénomènes de la macération, le liquide prend une teinte rosée, due au mélange de la sérosité sanguinolente contenue dans les phlyctènes.
Quantité. — La quantité du liquide amniotique varie suivant les œufs, et pour le même œuf suivant les différentes phases de son évolution. Au début de la grossesse, il est peu abondant, augmente peu à peu, de telle sorte que vers le cinquième mois, fœtus et liquide pèsent à peu près le même poids. Le fœtus augmente ensuite beaucoup plus rapidement : il est, à terme, cinq à six fois plus lourd que le liquide amniotique.
Dans certains œufs, vers le septième ou le huitième mois, il y a temporairement une certaine augmentation de liquide qui rend l'utérus volumineux, puis ce liquide diminue en même temps que le fœtus augmente de volume; c'est généralement dans les gros œufs, c'est-à-dire dans les œufs où le fœtus, le placenta ont des proportions plus considérables que d'ordinaire, qu'on observe cette augmentation de liquide.
Normalement, la quantité du liquide amniotique est de 500 grammes; mais il est bien difficile de préciser à partir de quel poids la quantité devient pathologique. On admet généralement que lorsque la quantité de liquide dépasse 1 kilogramme, il y a hydramnios ou pohjhycframnios. Dans certains cas, la quantité de liquide est au-dessous de la normale et
l'œuf peut ne conienir, même à terme, que 100 h 150 grammes de liquide (olyghydramnios).
Densité. — La densité du liquide amniotique esl de 1.000 à 1.007. Son odeur est fade et parfois fétide bien que le fœtus soit vivant. Son goût est alcalin.
Composition. — Le liquide amniotique renferme des cellules épidermiques,des poils soyeux et des fragments de mal ière sébacée (verniœ caseosa) détaches de la surface du corps du fœtus. On y trouve même, d'après Robin, des cellules épithéliales du rein et de la vessie, et quelques leucocytes.
La réaction du liquide est toujours alcaline.
Voici, d'après Labruhe1, la composition du liquide amniotique normal :
Eau 987,93
Matières extractives sèches 12,07
Ces matières se décomposent ainsi :
Mucine, albuminose, glucose 1,689
Urée 0,42
Matières grasses 0,508
Albumine (sérine) 2,535
Sels de chaux et de potasse néant
Sulfate neutre de soude trace
Phosphate neutre de soude 1,404
Chlorure de sodium 5,590
Quant aux variations chimiques du liquide aux différentes périodes de la grossesse, les matières extractives sèches vont en diminuant à mesure que le terme normal de la gestation approche ; il en est de même de l'albumine et des sels fixes. L'urée y est constante, mais semble augmenter en même temps que la grossesse.
D'où vient le liquide amniotique? — Nombreuses sont les théories cherchant à préciser cette provenance ; dans sa thèse2, P. Bar les range en trois catégories :
A. Le liquide amniotique provient du fœtus; il serait dû à l'excrétion de l'urine hors la vessie. Le fonctionnement du rein à l'état normal pendant la vie intra-utérine est prouvé par : 1° des observations anatomiques (urine contenue dans la vessie au moment de la naissance) : 2" des faits pathologiques (tumeurs rénales produites par l'accumulation d'urine dans les cas d'obturation des voies urinaires par malformation, ou agglutination des lèvres du méat urinaire) ; 5° par la présence d'infarctus uratiques assez nombreux dans les reins du fœtus; 4° par les expériences de Fehling, de Martin, de Ruge et celles de Bar qui, en injectant à des lapines pleines
1 Étude chimique du liquide amniotique de la femme. Thèse de Paris 1888.
2 Recherches pour servir à l'histoire de l'hydramnios. Thèse de Paris 1881.
IlÉYELOPl'EMENT DE L'ŒUF.
du ferro-cyanure de potassium, ont constaté que cette substance passait dans les urines; 5° par la composition du liquide amniotique qui conti< nt de l'urée et des produits cxcrémentitiels.
B. Le liquide amniotique provient en partie des produits sécrétés par la peau ; le fait est probable, mais non démontré.
C. Le liquide amniotique est produit par la transsudation des parties liquides du sang fœtal à Ira-
vers l'amnios ; ce n'est point par suite d'une perméabilité continuelle du réseau des capillaires qu'a lieu cette transsudation, mais plutôt par le fait d'une lésion fœtale, en particulier d'une lésion hépatique, qui augmente la tension du sang dans la veine ombilicale.
Usages. — Le liquide amniotique pendant toute la durée de la grossesse protège le fœtus contre la pression que pourrait exercer sur lui l'utérus et contre les traumatismes externes ; pendant les premiers mois, il sert pour ainsi dire de support au fœtus. Il empêche la compression du cordon par des agents extérieurs ou par le fœtus lui-même.
Ce rôle protecteur est surtout marqué au cours du travail ; la circulation fœto-placentaire est d'autant moins troublée que le liquide amniotique reste en plus grande abondance dans la cavité utérine; il contribue à former la poche des eaux et lubréfie le canal pclvi-génital de manière à faciliter le glissement du fœtus.
Membranes d'un œuf à terme. — Si l'on examine de dehors en dedans les membranes d'un œuf a terme (fig. 65), on trouve :
1° La caduque (3), d'épaisseur variable, généralement friable, se laissant détacher par le grattage sous forme d'une pulpe sanguinolente et qui manque parfois par place.
Fig. 65. — Coupe verticale des membranes d'un œuf à terme (d'après Valcntin-Désormeaux).
1, Amnios. 2, Chorion. 5. Caduque.
Elle est formée d'une couche épithéliale qui s'est transformée en tissu embryonnaire formé de cellules rondes qui se colorent difficilement pur le carmin; il existe en outre du tissu fibrillaire avec quelques cellules rondes ou fusiformes à petits noyaux. La couche la plus externe, irrégulière, à contour mal limité, renferme un grand nombre de cellules fusiformes dont le noyau renferme deux ou trois nucléoles;
2° heckorion (2) est une membrane assez résistante qu'on ne peut détacher du bord du placenta : il est constitué par du tissu conjonctif, composé de faisceaux de fibres disposés dans des plans parallèles à sa surface; il est séparé de la muqueuse (caduque) par un tissu conjonctif très lâche ressemblant à du tissu muqueux. Les cellules du chbrion sont de grosses cellules polyédriques à un ou deux noyaux. Le chorion est sillonné par des vaisseaux assez nombreux ;
5° Uamnios (1) est plus mince que le chorion, mais plus résistant; sa surface libre est lisse, polie; sa surface externe est unie au chorion par du tissu conjonctif lâche.
Sa face libre est recouverte par une couche unique de cellules épithéliales, à forme polyédrique, renfermant un gros noyau et un nucléole ; au-dessous de cette couche se trouvent le substratum épithélial, puis la couche la plus externe de l'amnios qui est fibreuse : elle est formée par du tissu lamelleux, formé de fibres parallèles; Remak et Kôlliker y ont trouvé des fibres musculaires lisses qui n'ont pas été retrouvées par tous les histologislcs et en particulier par Valentin-Désormeaux.
Sur la figure 65, faite d'après une coupe des membranes, à un centimètre du bord du placenta, il est facile de se rendre compte de la structure et des connexions des membranes de l'œuf à terme.