CHAPITRE Y
La femme enceinte doit se soumettre aux règles générales de l'hygiène; mais, en raison de son état particulier, n'est-elle pas astreinte cà certaines précautions?
A cette question se rattachent nombre de points de pratique différemment interprétés par les auteurs. 11 faut bien reconnaître qu'on ne peut poser a cel égard (pie des règles générales et qu'il ne faut pas tomber dans des précautions exagérées.
Tout dépend d'ailleurs du milieu dans lequel vit la femme enceinte, de la classe sociale à laquelle elle appartient; peut-on donner les mêmes conseils à la robuste femme du peuple, travaillant du matin au soir, Bxposée aux intempéries des saisons, qui supporte vaillamment sa grossesse.
«JKOSSESSE OU GESTATION,
et à la femme du monde, nerveuse et délicate, habituée au bien-être et pour qui les troubles de la grossesse constituent quelquefois une véritable maladie de ne uf mois ? Évidemment non ; c'est affaire au clinicieij à savoir éviter le double écueil de laisser la femme commettre des imprudences ou de lui prescrire une série de précautions pour le moins inutiles.
Vêtements. — Les vêtements doivent être suffisamment amples pour ne pas gêner le développement de l'utérus dans la cavité abdominale. Certains accoucheurs proscrivent l'usage du corset, même du corset dit de grossesse (Charpentier), sous prétexte qu'ils compriment les seins et refoulent en bas la plupart des viscères abdominaux. Nombre de femmes se trouvent fort bien de porter un corset peu résistant, élastique, dans lequel il y a des entre-deux en tissu élastique sur toute la hauteur du corset.
Les jarretières trop serrées peuvent favoriser l'œdème et les varices des membres inférieurs; il est bon de les remplacer par des lacets rattachant les bas au corset.
Chez certaines femmes, et surtout chez les multipares, lorsque l'utérus a de la tendance à tomber en avant par suite du relâchement des muscles de la paroi abdominale, il est nécessaire de faire porter une ceinture hypogastrique en tissu élastique souple.
Il est utile que la femme porte un pantalon qui protège du froid non seulement les parties génitales, mais la partie inférieure du corps.
Les chaussures doivent être suffisamment larges, à talons bas; elles ont ainsi un double avantage : elles permettent à la femme de marcher facilement en lui fournissant une base de sustentation solide qui lui évite les faux pas; en outre la chaussure ainsi faite ne gène pas le fonctionnement du pied.
Régime. — L'alimentation doit être substantielle sans être trop abondante ; « la femme pendant la grossesse doit manger ce qui lui plaît; le quod sapit nutril est surtout applicable;! la période de gestation » (Pinard).
Lorsque les fonctions digestives languissent, on prescrit avec avantage les amers, les ferrugineux, les jus de viande, les toniques. Quant aux nausées, aux vomissements, certaines femmes les combattent avec succès par le vin blanc, les liqueurs fortes, le Champagne : les inhalations d'oxygène sont également utiles.
La constipation est parfois très rebelle chez les femmes enceintes : il faut la combattre à l'aide de lavements, bien administrés, c'est-à-dire pris dans la situation horizontale et en certaine quantité, de purgatifs salins,
de l'huile de ricin, de la magnésie, de la rhubarbe, prises à petites doses, tëharles (de Liège) conseille de prendre tous les soirs ou tous les deux soirs en se couchant une pilule contenant 3 centigr. de podophyllin et 1 centigr. d'extrait de belladone. Nous avons donné dans le même but le cascara sagrada à la dose de 50 centigr. en un cachet. Il faut éviter avec soin les purgatifs drastiques qui peuvent éveiller avant l'heure la contractilité utérine.
Exercices. — La femme enceinte doit se livrer chaque jour à un exercice modéré, sortir à pied ou en voiture, sans fatigue. La danse, réquitation, la natation seront proscrites dès le début de la grossesse. La marche à pied est utile parce qu'elle active l'appétit.
Voyages. — La femme enceinte doit en être très sobre surtout dans les premiers mois ; la trépidation du chemin de fer, de la voiture peut produire un décollement partiel du placenta ou mieux un glissement de l'œuf vers la partie inférieure de l'utérus lorsque les liens qui rattachent l'œuf à la mère ne sont pas encore très résistants : d'où possibilité d'hémorrhagie.
Pinard croit avoir remarqué que l'insertion vicieuse du placenta s'observait volontiers chez les primipares ayant beaucoup voyagé pendant les premiers mois de la grossesse. Mieux vaut à cet égard un long voyage dans un wagon confortable que des voyages répétés, même sur un court trajet, dans des conditions défectueuses.
Bains et hydrothérapie. — Les femmes enceintes bien portantes doivent prendre des bains locaux ou généraux; ces derniers ne seront pas trop longs (10 minutes) et leur température ne dépassera pas 34° centigrades.
Les ablutions froides du matin peuvent être continuées pendant la grossesse ; l'hydrothérapie bien dirigée peut être non seulement permise, mais même conseillée chez certaines femmes pour lesquelles cette méthode constitue le meilleur traitement de l'anémie de la grossesse.
Toilettes vulvaires. — La femme enceinte doit procéder au moins deux fois par jour à une toilette des parties génitales externes, faite avec de l'eau ordinaire, parfumée ou non — ou avec de l'eau dans laquelle on ajoutera -une ou deux cuillerées à café de teinture de benjoin.
Ces toilettes, qui font partie de l'hygiène féminine, sont plus nécessaires encore pendant la grossesse, en raison des sécrétions plus abondantes qui ont lieu dans la zone génitale.
Injections vaginales. — Leur emploi est nécessaire pendant la grossesse lorsque les sécrétions vaginales sont très abondantes et irritantes
pour les organes génitaux externes. Dans la vaginite granuleuse, qu'elld soit ou non d'origine blennorrhagique, les injections doivent être faites régulièrement.
Chez une femme grosse qui n'a pas de leucorrhée, les injections vaginales ne son! pas du tout nécessaires pendant les premiers mois de la grossesse ; elles ont même des inconvénients, si elles ne sonl pas faites avec les précautions voulues : si la canule dont on se sert est courbe ou même si la canule droite est mal dirigée, l'extrémité peut pénétrer dans le col et déterminer des contractions prématurées et l'expulsion de l'œuf.
Dans le dernier mois de la grossesse, il est au contraire indiqué de prescrire les injections vaginales laites avec un antiseptique, afin que le vagin, que le col de l'utérus soient désinfectés pour le moment de l'accouchement. : de cette manière les plaies qui se produisent fatalement au moment de l'accouchement, seront faites dans un milieu aseptique. Finaud a montré que les injections bien faites pendant la grossesse ne pouvaient en aucune façon provoquer l'accouchement prématuré. Lorsqu'un médecin conseille à une femme enceinte de faire des injections vaginales, il doit lui donner des détails très précis sur la manière de bien faire cette injection, (voy. page 251).
Rapprochements sexuels. — Ils ne doivent être défendus que pointes femmes qui ont eu un ou plusieurs avortements; l'excitation génitale et le traumatisme exercé sur le col suffisent parfois en effet pour amener une congestion intense et consécutivement une hémorrhagie avec décollement de l'œuf. — Lors donc qu'on est consulté par le mari sur ce sujet, il est bon de lui expliquer le danger, et de lui recommander d'avoir des rapports rares, modérés et au besoin de s'en abstenir.
Professions. — Les femmes enceintes ne doivent pas séjourner dans une atmosphère, viciée par l'acide carbonique ou l'oxyde de carbone, ces gaz ayant une action manifeste sur la contractilité utérine.
Elles devront donc s'abstenir autant que possible du séjour dans les théâtres, les concerts, etc. ; c'est à l'intoxication chronique par l'oxyde de carbone que les cuisinières et les repasseuses doivent d'accoucher souvent prématurément, Les femmes qui sont exposées à l'intoxication saturnine peuvent également ne pas aller à terme.
Nécessité d'examens médicaux au cours de la grossesse. — De plus, il est nécessaire (pie la femme soit examinée à diverses reprises pendant sa grossesse, surtout pendant les deux derniers mois. L'examen du bassin doit être fait avec soin afin de voir s'il n'existe pas de rétrécissement. Il faut s'assurer de la présentation du fœtus dès le
Lptième mois; chez une primipare, à partir du huitième mois chez les multipares.
Enfin une précaution indispensable, c'est d'examiner les urines tous les mois pendant les six premiers mois, deux ou trois fois par mois vers la fin de la grossesse.
Nous y reviendrons à propos de l'albuminurie.
Soins à donner aux seins. — Quant aux soins à donner aux mamelons dans le but d'éviter les gerçures, les crevasses, les opinions diffèrent : les uns conseillent vers la fin de la grossesse de faire des lavages et même des frictions sur le mamelon avec des liquides stimulants ou astringents et d'exercer des succions à l'aide d'une pipe ou d'une téterelle pour rendre le mamelon plus saillant. D'autres considèrent ces pratiques comme, inutiles, illusoires et pouvant même provoquer avant l'heure la contraction utérine. Lors donc que des femmes désirant beaucoup allaiter veulent quand même « se faire les bouts de sein », il faut leur recommander de ne rien faire avant les quinze derniers jours qui précèdent la date probable de l'accouchement.
En résumé, si V accoucheur doit répondre aux nombreuses questions qui lui sont faites par la femme au sujet de V hygiène à suivre pendant la grossesse, ce n'est là qu'une partie peu importante de son rôle : il est bien plus utile de faire des examens répétés de Vitrine, de surveiller le développement de V utérus gravide et de s'assurer par des explorations attentives qu'il n'y a pas de viciation pelvienne, pas de tumeur juxta-utérine, etc., pouvant créer un obstacle à l'accouchement normal; enfin il est indispensable, dans les derniers temps de la grossesse, de constater la bonne présenta-don du fœtus, ou de la corriger si elle est vicieuse.