ACIDE PHÉNIQUE
Bouchard avait démontré que la toxicité du biiodure est moindre que celle du sublimé alors que sou pouvoir antiseptique est plus grand; [es recherches expérimentales de Vignal et Tarnier, de Strauss semblent infirmer ces observations; il n'en est pas moins certain que le biiodure est moins toxique que le bichlorure.
C'est un corps cristallisé, écarlate, dense et peu soluble dans l'eau; l'alcool le rend un peu plus soluble; mais si l'on se sert d'eau ordinaire, le biiodure se trouve décomposé par les sels calcaires.
Le biiodure est soluble dans l'eau additionnée d'iodures alcalins ; il forme en effet avec eux des iodures doubles qui sont stables. Pinard, qui emploie avec succès dans son service le biiodure, adopte la formule suivante :
Biiodure de mercure 0 gr. 50 eentigr.
lodure de potassium ] gr.
Eau 1 titre.
Cette formule est également employée par Ribemont-Dessaignes à la maternité de Beaujon.
On dédouble cette solution en y ajoutant une quantité égale d'eau chaude, de telle sorte que la solution employée est de 25 centigrammes de biiodure par litre.
La solution renfermant 50 centigrammes par litre avait donné lieu à quelques manifestations d'hydrargyrisme ; Pinard n'en a plus observé depuis l'année 1886, c'est-à-dire depuis qu'il emploie la solution dédoublée.
Le biiodure de mercure détériore moins les instruments que le sublimé ; il est un peu moins irritant que lui pour les mains.
D'après Tarnier, le biiodure est moins antiseptique que le sublimé et présente des dangers d'intoxication aussi grands. Il est moins maniable (pie celui-ci en raison de sa faible solubilité; on ne peut se servir que de solution concentrée contenant du biiodure de mercure et de l'iodure de potassium.
Acide phénique. — L'acide phénique a été le premier antiseptique employé dans la pratique obstétricale ; il a été utilisé en 1860 par Lemaire, mais c'est Lister qui l'a surtout préconisé en 1867; L. Championnière a eu le grand mérite de vulgariser son emploi en France et de s'en faire le défenseur enthousiaste.
V acide phénique {phénol, acide earholique) est extrait du goudron de houille : c'est un corps solide, incolore, cristallisable en longues aiguilles et qu'il est difficile d'obtenir chimiquement pur. Exposés à Pair, les cristaux d'acide phénique en absorbent l'humidité et se liquéfient; le même phénomène se produit lorsqu'ils sont conservés dans des flacons mal bouchés.
DK l/ANTISKI'SIK OBSTÉTMai.K
L'acide phénique fond à 35°,5; aussi doit-il être conservé dans un endroit frais; il se dissoul dans 20 lois son poids d'eau, maisesl beaucoup plus soluble dans L'alcool, la glycérine H l'huile.
Les expériences de Miquel avaient déjà montré que le pouvoir microbicide de l'acide phénique est très inférieur à celui des autres antiseptiques; de leurs expériences Tarnier el Vignal ont conclu que pour tuer les streptocoques contenus dans le vagin ou l'utérus, il fallait faire passer une injection d'acide phonique à 20 pour 1000, pendant dix minutes au moins et laisser ensuite un peu de la solution phéniquée dans les organes génitaux; l'acide phénique agit en effet lentement et doit rester longtemps en contact avec les parties qu'on veut désinfecter.
En outre ils ont trouve que chez 4 femmes sur 10 soumises aux injections vaginales h 25 pour 1000, le mucus du col contenait des microbes alors que dans la même expérience faite sur 10 femmes chez lesquelles on fait, des injections vaginales de sublimé à 0, 20 pour 1000, le mucus du col est stérile chez 8 d'entre elles.
En revanche l'acide phénique est utile en injections intra-utérines dans les septicémies dues au vibrion septique. qu'on observe surtout dans les rétentions placentaires à la suite d'avortement ; L'acide phénique esl puissant parce qu'après s'en être servi il n'est pas nécessaire de faire une injection avec l'eau bouillie, comme après une injection de sublimé: dételle sorte que l'injection phéniquée, non suivie de lavage, est quatre fois plus énergique que l'injection intra-utérine mercuriclle suivie d'un lavage.
L'acide phénique présente quelques inconvénients : il attaque l'acier, mais le détériore cependant moins que le sublimé: il a une odeur pénétrante que certaines femmes ne peuvent supporter, niais qu'on arrive à atténuer en y ajoutant des substances aromatiques.
Les solutions phéniquées à 5 pour 100 (solution forte) ou même à 2,5 pour 100 (solution faible) produisent sur la peau de la pâleur, un engourdissement des mains cl des avant-bras, auquel succèdent, des fourmillements désagréables; chez certains sujets, l'usage répète des solutions phéniquées pour les mains amène un véritable eczéma des plus désagréables et, qui peut nécessiter l'abandon complet de cet antiseptique.
En injections, l'eau phéniquée, produit d'abord une sensation de picotement, de brûlure, à laquelle succède une sensation de fraîcheur : cette eau, en contact avec les organes génitaux, détermine parfois de l'érythème au niveau des grandes lèvres, du périnée, de la face interne des cuisses, des fesses : cet érythème peut s'accompagner d'une éruption miliaire plus ou moins marquée.