‹ Précis d'ophthalmologie chirurgicaleChapitre 102 sur 168 · ARTICLE IV. - CORPS ÉTRANGERS, DÉCHIRURES, BRULURES · texte numérisé non relu

ARTICLE IV. - CORPS ÉTRANGERS, DÉCHIRURES, BRULURES

Le cul-de-sac conjonctival supérieur est très fréquemment le siège de corps étrangers qui s'y fixent et déterminent une irritation de la muqueuse que l'on pourrait confondre avec une conjonctivite catarrhale. Aussi devra-t-on, dans tous les cas où il y a lieu de soupçonner la présence d'un corps étranger, explorer avec attention la conjonctive en renversant la paupière supérieure. On ne rencontrera de difficultés dans cet examen que si l'on veut mettre à découvert la partie la plus reculée du cul-de-sac conjonctival dans lequel se logent parfois des corps relativement volumineux qui s'y dissimulent aisément à cause du blépharospasme plus ou moins accusé qu'ils provoquent.

Pour pratiquer cette exploration, on recommandera au malade de regarder en bas, et, après avoir renversé le tarse supérieur, on soulèvera celui-ci à l'aide de la curette de Daviel. Si l'examen est négatif, on devra encore passer l'extrémité de la curette dans toute la longueur du repli que forme la muqueuse au fond du cul-de-sac. En procédant ainsi, on ramènera parfois des corps d'un certain volume que l'on sera étonné de n'avoir point rencontrés à un premier examen.

Lorsqu'un corps étranger a longtemps séjourné dans un repli de la muqueuse, il s'enveloppe parfois de végétations volumineuses qui l'emprisonnent complètement. Mais l'existence de ces végétations qui, elles, sont d'ordinaire aisément mises à découvert, dévoile la présence

du corps étranger qu'on dégagera à l'aide de la spatule ou qu'on saisira avec les pinces.

On observe encore assez souvent des déchirures de la conjonctive, se produisant à la suite d'un choc sur l'œil déterminée par un objet anguleux qui a glissé sur la coque oculaire, comme l'extrémité d'un parapluie, d'une canne, ou la pointe munie d'un petit disque aplati qu'offre un fleuret démoucheté. Si la plaie conjonctivale est minime, un simple bandeau compressif amènera promptement la guérison, mais si la déchirure est étendue, il sera préférable de réunir la conjonctive à l'aide de deux ou trois sutures de soie anglaise très fine.

Lorsque les paupières ont été simultanément déchirées, la suture conjonctivale s'impose si l'on ne veut s'exposer à la formation d'un symblépharon ; et dans le cas où l'accident remonterait à plusieurs jours, il ne faudrait pas craindre d'arracher l'enduit grisâtre dont la plaie se serait déjà recouverte afin de pratiquer la réunion des parties déchirées et ainsi avivées.

Les brûlures de la conjonctive se rencontrent à la suite de la projection dans l'œil de corps portés à une haute température, de métaux en fusion, etc. Ainsi on a parfois occasion de détacher du globe oculaire une mince lamelle de plomb assez adhérente qui s'est alors étalée à la surface de l'œil. Dans ces sortes de brûlures, on procédera à un nettoyage aussi exact que possible des corps qui se trouveraient superposés à la muqueuse, mais on ne devra pas chercher à extraire des parcelles métalliques très fines ou des grains de poudre qui se seraient insinués sous la muqueuse, attendu qu'on s'exposerait ainsi à accroître les désordres produits par

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le traumatisme. Des applications antiseptiques seront maintenues sur l'œil malade.

Les brûlures les plus graves sont produites par certaines substances chimiques, et en particulier par la chaux et l'acide sulfurique, la muqueuse se trouvant alors mortifiée dans une étendue qu'on ne peut tout d'abord prévoir. Les agents capables de neutraliser ces caustiques ne peuvent guère trouver un emploi utile, car les désordres sont déjà accomplis au moment où l'on est appelé auprès de ces blessés. On devra se borner à laver amplement l'œil avec des solutions antiseptiques d'acide borique, d'acide carbolique ou de sublimé, et pendant les premières heures on combattra les vives douleurs accusées par les malades à l'aide de compresses glacées et d'instillations de cocaïne. Après quelques jours, lorsque toute sensibilité aura disparu, on pourra faire usage de petites coques de verre (analogues aux yeux artificiels) que Ton insinue entre le globe de l'œil et les paupières, afin de combattre autant que possible la formation d'un symblépharon.

Quant à cette fâcheuse terminaison, elle sera traitée comme nous l'indiquerons plus loin.

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