CHAPITRE SIXIÈME
Bien que, comparativement aux dimensions du crâne, l'orbite occupe chez la femme un espace plus étendu que chez l'homme, la cavité orbitaire de la femme est cependant quelque peu plus petite que celle de l'homme, les divers diamètres mesurant 2 à 3 millimètres de moins chez la première. Si l'on considère l'orbite de l'homme, sa largeur est de 40 millimètres et demi et sa hauteur de 35 millimètres et demi. Quant à la profondeur, elle mesure, du milieu de l'ouverture orbitaire au trou optique, 43 millimètres. Pour ce qui regarde les axes des orbites, ils forment entre eux un angle de 42°. Enfin les bords internes des orbites sont séparés par une distance de 22 millimètres, représentant la largeur du nez (voj^. fig.76). Ces chiffres peuvent, bien entendu, varier quelque peu suivant les sujets.
La paroi supérieure de l'orbite, presque horizontalement située, forme une concavité qui s'apcuse le long du rebord orbitaire et des parois latérales, principale-
ment du côté externe où se loge la glande lacrymale. On se rappellera, lorsqu'on procède à des manœuvres chirurgicales, que cette paroi, surtout dans ses deux tiers poslérieurs, est très peu épaisse. Si l'on fait passer un plan horizontal par le rebord orbitaire supérieur, le trou optique occupe un point situé un peu plus bas que ce plan.
La paroi inférieure, ou plancher de l'orbite, s'éloigne de l'horizontale et remonte du côté du nez. La paroi temporale est excavée du côté de la tempe dans sa portion antérieure. Au contraire la paroi interne, tout en s'éloignant peu d'une surface plane, est légèrement convexe du côté de l'orbite, excepté cependant au voisinage de son bord antérieur, où cette paroi se porte vers le nez pour former une rainure dans laquelle se place le sac lacrymal. La paroi orbitaire interne est la plus mince, mais de ce côté nous n'avons pas à craindre* comme pour la paroi supérieure, un voisinage dangereux.
Le globe oculaire occupe dans l'orbite un emplacement qui peut varier suivant la plus ou moins grande quantité de tissu graisseux accumulée dans la cavité orbitaire. Toutefois le globe de l'œil ne peut être porté en avant au delà d'une certaine mesure et est retenu par le nerf optique, les muscles et la capsule de Tenon. Les attaches que celle-ci prend sur les parois orbitaires s'opposent d'un autre côté à ce que, dans le cas où la graisse vient à diminuer, l'œil ne s'enfonce trop profondément dans l'orbite. Les différences de propulsion et d'enfoncement du globe oculaire peuvent atteindre 2 centimètres, le sommet de la cornée étant susceptible de se trouver à 1 centimètre en arrière ou en avant
d'un plan passant par l'ouverture orbitaire, dans cette position extrême du globe oculaire en avant, le nerf optique se trouve absolument tendu.
Fig. 76. — Face antérieure du crâne et partie supérieure de la face (*).
(*) 1, frontal ; 2, bosse nasale, 3 ; bosse frontale ; 4, arcade sourcilière 5, face orbitaire du frontal ; 6, arcade orbitaire ; 7, échancrure sus-orbitaire ; 8, trou sus-orbitaire accessoire; 9, crête temporale du frontal; 10, os nasaux; 11, os maxillaire supérieur ; 12, son apophyse montante ; 13, trou sous-orbitaire; 17, os malaire; 18, trou malaire; 19, face orbitaire de l'os malaire; 21, fente sphénoïdale; 22, trou optique; 23, gouttière lacrymale ; 24, face temporale des grandes ailes du sphénoïde; 25, pariétal; 26 ; écaille du temporal. — Insertions musculaires. A, sourcilier; B, pyramidal; C, tendon]|direct de l'orbiculaire des paupières ; D,E, orbiculaire des paupières; F, tendon réfléchi de l'orbiculaire; G, releveur superficiel de l'aile du nez et de la lèvre supérieure; H,releveur profond; I, canin; M, grand zygomatique ; N, petit zygomatique ; Q, temporal (Beaunis et Bouchard).
Pour ce qui regarde les parois latérales de l'orbite, on observe que le globe de l'œil se trouve un peu plus
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rapproché de la paroi temporale, environ de 2 millimètres et demi. Mais quant aux parois supérieure et inférieure, elles sont également distantes de l'œil. Si on observe que le plancher de l'orbite s'incline .notablement en bas et en dehors, on comprendra pourquoi le doigt peut de ce côté pénétrer plus aisément dans la cavité orbitaire lorsqu'il s'agit d'explorer celle-ci. Bien que, du côté de la paroi interne, l'écart entre cette paroi et le globe oculaire soit plus accusé, la présence du ligament palpébral s'oppose aux explorations. La concavité du rebord orbitaire supérieur rend aussi très difficile l'accès des parties qui environnent l'œil dans ce point. La même difficulté s'observe pour le milieu de la paroi externe dont se rapproche davantage le globe.
Nous passerons rapidement en revue les tumeurs de l'orbite et des membranes de l'œil. Nous décrirons ensuite les opérations que l'on pratique dans l'orbite. Outre les ablations de tumeurs, ces opérations consistent surtout dans l'énucléation du globe de l'œil et dans l'évidement du contenu de la cavité orbitaire.
ARTICLE PREMIER. - TUMEURS OBTf AIRES
Les tumeurs de l'orbite, qui révèlent leur présence par une projection de l'œil, une exophtalmie plus ou moins accusée, se font remarquer par 1? difficulté de leur diagnostic qui le plus souvent n'est établi qu'avec le secours du microscope.
Nous ne ferons que citer, parmi les tumeurs qui peuvent se développer dans l'orbite, les exostoses, le
fibrome, le lipome, le sarcome, l'enchondrome et le carcinome ; mais nous nous arrêterons un instant sur les èpanchements de l'orbite, les kystes et les tumeurs vasculaires qui se distinguent par des caractères particuliers.