CHAPITRE SEPTIÈME
Les paupières doivent être considérées comme un repli du tégument externe formant ainsi deux feuillets : l'un superficiel, ou cutané; l'autre profond, ou conjonctival, ayant pris le caractère des muqueuses. Entre ces deux feuillets se trouve compris, en avant, un muscle peaucier à fibres striées, le muscle orbiculaire des paupières, séparé en arrière par une mince couche de tissu cellulaire lâche du cartilage tarse, dont la désignation impropre s'applique à un tissu conjonctif compacte qui n'est autre qu'une modification spéciale du tissu sousconjonctival.
Les bords libres des paupières, qui forment la fente palpébrale, se réunissent par leurs extrémités pour constituer la commissure externe et la commissure interne, ou grand angle, qu'occupe un petit raphé fibreux, le ligament palpébral interne.
La peau des paupières, remarquable par ses nombreux plis transversaux, présente un derme peu épais
et constitué par des faisceaux ondulés et extensibles de tissu conjonctif; par contre, celui-ci affecte une structure compacte vers le bord libre des paupières. De même l'épiderme, mince à la face dorsale, devient plus épais au bord libre. On peut dire de la peau des paupières que dans aucune autre région le tissu conjonctif sous-cutané ne présente une plus grande laxité de ses mailles. L'épaisseur de ce tissu lâche, dépourvu de graisse, favorise essentiellement les distensions les plus variées et se prête à des infiltrations étendues. Signalons encore dans l'épaisseur de la peau des paupières la présence de cellules pigmentaires et de grosses cellules granuleuses (Waldeyer) S
Le bord libre des paupières doit sa rigidité au tissu compacte qu'y présente le derme, tissu dans lequel vient s'épuiser le tarse. Cette portion de la paupière est remarquable parla diversité des formations qu'elle contient, cils, glandes, fibres du muscle orbiculaire.
Les cils sont de forts poils qui s'enracinent profondément et prennent à la paupière supérieure une direction telle qu'ils forment une concavité dirigée en haut, tandis qu'à la paupière inférieure la concavité est tournée en bas. Cette direction des cils leur est déjà imprimée par l'inflexion que présente la portion implantée dans le bord palpébral. Situés toujours au-dessus ou au-dessous (suivant que l'on considère la paupière supérieure ou l'inférieure) des glandes de Meibomius, qui, elles, sont enfouies dans l'épaisseur du tarse, les cils sont absolument indépendants de ces glandes et pos-
i Waldeyer. Handbuch von G raefe-Saemisch.
sèdent d'ailleurs des glandes propres, peu développées, il est vrai. Le tissu compacte du bord libre, renforcé par les fibres de l'orbiculaire qui rampent dans ce bord, fournit aux cils un point d'appui solide. Les cils ont une durée d'évolution de trois mois environ ; un fait remarquable est leur rapide régénération persistant jusqu'à l'âge le plus avancé.
Quant à la partie musculaire des paupières, nous avons à distinguer un muscle à fibres striées et des muscles à fibres lisses.
Le premier, qui constitue le muscle orbiculaire, prend son origine de la crête lacrymale, du ligament palpébral interne et des parties molles du sac lacrymal. Il forme au devant de l'orbite une couche non interrompue et peut être décomposé en muscles orbitaires, mus cles palpèbraux et muscle malaire, suivant qu'on envisage les portions adossées aux rebords orbitaires, ou celles qui reposent sur les paupières mêmes, ou enfin les deux faisceaux qui, à la paupière inférieure, embrassent la partie inférieure du muscle orbitaire et se perdent vers l'angle de la bouche.
La contraction de ces diverses parties du muscle orbiculaire ne se fait pas ordinairement dans un mouvement d'ensemble, sauf cependant lorsque l'œil est brusquement soumis à une vive lumière, et encore sont-ce particulièrement les muscles orbitaires qui entrent ici en action. Des contractions partielles de l'orbiculaire résultent pour une bonne part les diverses expressions que peut prendre la physionomie.
Pour ce qui regarde les fibres musculaires lisses des paupières, elles forment un muscle palpébral supérieur et un inférieur. Ces muscles s'étendent à l'une et à
l'autre paupière, de l'angle postérieur du tarse au culde-sac conjonctival. L'expansion membraneuse formée par ces muscles occupe toute la longueur de la paupière et les fibres vont d'arrière en avant pour s'insérer au tarse par des tendons qui se fondent avec lui.