I . — Chalazion
Il est aujourd'hui établi que cette petite tumeur des paupières n'est autre qu'un granulome. Toutefois les
altérations et surtout l'infarctus des glandes de Meibomius jouent, dans la production et l'accroissement de ce granulome, un rôle important. En outre, lorsque la tumeur a acquis un certain développement, elle envahit la cavité glandulaire et détermine une rétention et une déliquescence plus ou moins accusée de son contenu.
Le granulome peut avoir surtout pris son développement dans les parties externes du tarse ; d'autres fois il tend, après avoir aminci le tissu enfeutré du tarse vers sa surface interne, à proéminer du côté de la conjonctive. Enfin on peut voir la petite tumeur se localiser de préférence au voisinage de l'orifice d'une glande tarsienne et former une saillie de volume variable sur le bord tranchant de la paupière. Cliniquement, on aura ainsi à distinguer un .chalazion interne, externe, ou marginal.
Quant aux causes du chalazion, ce sont d'une façon générale celles qui déterminent une irritation des glandes de Meibomius. Ainsi les individus chez lesquels le contenu de ces glandes aura une tendance à prendre une consistance exagérée, comme on l'observe sur des personnes atteintes d'acné, seront prédisposés au développement du chalazion. Si le contenu glandulaire se trouve retenu, par suite d'une irritation prolongée du bord palpébral ayant déterminé l'épaississement du tissu cellulaire au voisinage du canal excréteur, il pourra encore en résulter la même prédisposition au chalazion.
Lorsque le chalazion est petit et encore en voie de développement, on peut tenter de le faire avorter, comme cela a lieu parfois spontanément, à l'aide de frictions avec une pommade à l'iodure de plomb ou de potassium. Mais si le chalazion a acquis un certain dévelop-
Masselon. Ophtalmologie. 22
peinent et persiste clans cet état, on devra en pratiquer l'extirpation qu'on exécute d'une façon différente suivant les cas.
Lorsque la petite tumeur proèmine du côté de la face palpébrale interne, surtout si son contenu, comme c'est le cas le plus fréquent, montre un degré de liquéfaction plus ou moins marqué, on saisira solidement entre le pouce et l'index le chalazion, après avoir préalablement renversé la paupière, et on l'incisera avec un bistouri. Sous l'action de la pression des doigts, qui a aussi pour effet de s'opposer à tout écoulement de sang, la partie liquéfiée de la tumeur s'échappera aussitôt, et on achèvera d'extraire celle-ci par un raclage ample ment pratiqué avec la petite curette tranchante de de
Fig. 77. — Curette tranchante de de Wecker
Wecker (fîg. 77) qui rendra toute cautérisation avec le nitrate d'argent inutile.
Si le chalazion ne forme aucune saillie à la surface de la conjonctive, mais proémine au contraire vers le
Fig. 78. — Pince de Desmarres
tégument externe, sa consistance étant plutôt solide, on devra attaquer du côté de la peau la tumeur que l'on
saisira tout d'abord dans l'anneau d'une pince de Desmarres (fi g. 78). Après une incision transversale des parties cutanées et du chalazion, on extraira celui-ci par le grattage si sa consistance le permet, ou, si la petite tumeur présente une certaine dureté, on l'excisera à l'aide d'une pince et de ciseaux courbes. La plaie cutanée sera ensuite réunie par un ou deux points de suture.
A-t-on affaire à un chalazion marginal, on l'incisera du côté de la conjonctive dans une direction perpendiculaire au bord de la paupière ; puis, le granulome excisé ou enlevé par le grattage, on terminera l'opération par un coup de ciseaux donné parallèlement au bord des paupières, de façon à égaliser celui-ci et à le débar rasser de toute production bourgeonnante qui pourrait faire saillie.