‹ Précis d'ophthalmologie chirurgicaleChapitre 40 sur 168 · IRITIS SIMPLE OU PLASTIQUE · texte numérisé non relu

IRITIS SIMPLE OU PLASTIQUE

Un signe qui frappe tout d'abord l'observateur, est la présence d'une injection périkératique plus ou moins accusée, suivant l'intensité et la durée de la maladie. Eh outre l'iris ne présente plus son brillant habituel, par suite de la présence d'une exsudation qui le recouvre et qui s'est aussi mélangée à l'humeur aqueuse, en lui enlevant, dans une mesure variable, sa transparence. Cet aspect terne de l'iris et la présence d'une fine injection périkératique sont déjà très caractéristiques, mais le diagnostic sera parfaitement établi, si Ton constate

simultanément un manque de motilité de l'iris, que l'on reconnaîtra aisément, après avoir caché l'œil sain, en couvrant et découvrant successivement l'œil malade tourné vers une fenêtre. Cette immobilité inflammatoire de l'iris ne sera pas confondue avec un simple myosis. Si on a soin d'instiller quelques gouttes d'un collyre d'atropine, on pourra constater la présence des plus légers produits d'inflammation qui se seraient déposés sous forme d'adhérences s'êtendant du bord pupillaire à la cristalloïde antérieure (synéchies postérieures) et ayant pour effet de s'opposer à une dilatation régulière de la pupille.

Les produits inflammatoires de l'iris peuvent être tout à fait transitoires ; d'autres fois on observe la persistance de larges et solides adhérences qui, à la suite de rechutes, finissent par aboutira une synéchie postérieure totale. Une occlusion pupillaire peut alors se développer à mesure que les synéchies, en se rétractant, tendent à rapprocher progressivement des points opposés de la pupille.

2° IRITIS SÉREUSE OU LYMPHANGITE ANTÉRIEURE

C'est surtout aux travaux de Knies que nous devons la connaissance de la véritable nature anatomique de l'iritis dite séreuse1. Il ne s'agit pas, en effet, dans cette affection, d'une transsudation séreuse, mais bien d'une infiltration cellulaire qui, dans l'iris, est susceptible de prendre un haut degré d'intensité et de former dans la chambre antérieure des dépôts sur la membrane de

1 Knies. Société ophtàlmol. de Heidelberg, session de 1879.

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Descemet. Les cellules s'entassent aussi dans le tissu trabéculaire péricornéen et dans les parties avoisinantes de la cornée et de la sclérotique.

Cliniquement, nous distinguons cette affection de la variété précédente, en constatant, à l'aide de l'éclairage oblique, ou du miroir ophtalmoscopique plan, la présence sur la membrane de Descemet de petits points opaques plus ou moins abondants (kératite ponctuée), disposés en triangle à base inférieure et à sommet s'étendant vers le centre delà cornée. En outre, on observera une augmentation de profondeur de la chambre antérieure, résultant de ce que les mailles du ligament pectiné sont encombrées de cellules et que l'iris gonflé tend à se retirer cle son insertion ciliaire. Cette forme d'iritis ne se montre pas toujours avec une parfaite pureté, mais devient aisément plastique, ainsi que le révèle la présence simultanée de synéchies postérieures. Nos connaissances anatomo-pathologiques sur l'iritis séreuse nous expliquent ainsi les complications de glaucome, de sclérose cornéenne et de scléro-choroïdite antérieure, que l'on observe dans les formes graves de cette maladie.

3« IRITIS SUPPURATIVE ET P A R EN G H Y M A T E U S E

Dans cette forme, le parenchyme iridien participe directement à l'inflammation, et à part une infiltration cellulaire bien plus active que ne le montrait la lymphangite oculaire, le tissu de l'iris fournit directement, par nucléation et prolifération cellulaires, les produits inflammatoires. De cet état résulte un gonflement avec épaississement de l'iris. La décoloration cle cette membrane est ici poussée à un très haut degré, et une teinte

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jaunâtre, ou brun jaunâtre, masque complètement la couleur de l'iris. Enfin, une vascularisation apparente, due en partie à la formation de nouveaux vaisseaux,, vient donner un aspect tout particulier à l'iritis parenchvmateuse.

Les produits d'inflammation qui occupent la trame de l'iris, sont constitués par de simples leucocytes, ou par des amas de noyaux, ou encore par un développement de masses celluleuses. Dans le premier cas la diapédèse, qui a produit l'infiltration de l'iris, laisse aussi déverser dans la chambre antérieure une quantité variable de globules blancs, donnant lieu à un hypopion. Dans le second cas, l'accumulation de nombreux noyaux forme de véritables boutons que l'on désigne sous le nom de gommes de l'iris et qui déterminent une atrophie indienne avec soudure très intime à la cristalloïde. Enfin, en troisième lieu, la prolifération cellulaire engendre des fausses membranes qui, traversées par des vaisseaux de nouvelle formation, obstruent le champ pupillaire et doublent la surface postérieure de l'iris.

4° IRITIS SYPHILITIQUE

Lorsque l'iritis spécifique apparaît à la période secondaire, elle ne présente pas de caractères spéciaux, mais il en est autrement si le malade se trouve à la phase de transition qui mène aux symptômes tertiaires. Dans ce dernier cas l'affection présente les boutons propres à l'iritis gommeuse. Le siège de prédilection de ces boutons est le quart inféro-interne de l'iris, et ils occupent d'ordinaire les bords pupillaire ou ciliaire. Il est bien rare que par suite du nombre et du développement de ces

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boutons, toute la chambre antérieure se trouve remplie et que la cornée se détruise par ulcération.

Les gommes de l'iris présentent une teinte jaunâtre très marquée et sont enveloppées d'un tissu brun roùgeâtre. Elles peuvent subir la transformation caséeuse et se résorber, mais elles laissent toujours une cicatrice se révélant du côté de l'iris par une atrophie plus ou moins étendue de son tissu.

5° IRITIS RHUMATISMALE

Dans cette forme, nous voyons apparaître, avec une inflammation plastique de l'iris, une tendance à un état inflammatoire du tissu épiscléral. Dans quelques cas même, ce dernier tissu est surtout atteint, et le bord cornéen devient le siège d'une sclérose plus ou moins marquée, tandis que les symptômes du côté de l'iris ne sont que très peu accusés. Un autre caractère de l'iritis rhumatismale est sa marche traînante, accompagnée de. fréquentes rechutes qui donnent facilement lieu à des synéchies postérieures totales et à l'apparition d'iridochoroïdites ou de scléro-choroïdites antérieures.

6° IRITIS BLENNORR H A GIQUE

Cette variété présente une évidente corrélation avec la précédente, attendu qu'une inflammation de l'urèthre n'est guère suivie d'iritis sans qu'une articulation ne soit prise de rhumatisme. Nous établissons une distinction entre l'iritis blennorrhagique, qui participe à la fois des formes plastique et séreuse, et l'iritis rhumatismale à cause surtout, à part les caractères anatomiques

différents, de la nature bénigne de la première, qui, en général, guérit aisément sans laisser de traces.

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