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ARTICLE II. - PANNUS GORNÉEN

Le pannus est constitué par une infiltration superficielle occupant une étendue plus ou moins large de la cornée. L'infiltration peut être accompagnée sur quelques points d'un soulèvement de l'épithélium formant de petites élevures. Enfin les parties atteintes sont le siège d'une vascularisation précoce et qui varie d'intensité suivant le degré de développement de l'affection, on distingue des pannus tenuis, crassus et sarcomateux.

L'infiltration cellulaire a d'abord lieu entre la couche épithéliale et la membrane de Bowman. Ce n'est qu'à mesure que l'accumulation de cellules s'accuse davantage que cette membrane comprimée commence à s'user pour finir par disparaître et donner lieu à une progression en profondeur du pannus. Les vaL seaux qui se développent sur la cornée sont en communication avec ceux qui entourent normalement le bord cornéen et proviennent des vaisseaux ciliaires antérieurs. Ils apparaissent, soit pendant, soit peu après la migration

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cellulaire. L'affection tend à la longue à perdre sou caractère primitif par suite de l'entassement et de l'organisation des cellules infiltrées qui provoquent la sclérose cornéenne.

La présence d'un pannus doit engager à surveiller attentivement l'état de tension de l'œil afin de ne pas se laisser surprendre par des complications glaucomateuses. Particulièrement au début, lorsque l'invasion cellulaire s'opère avec une grande intensité, il arrive parfois, eu effet, qu'il en résulte une compression et un obstacle au-devant du tissu trabéculaire péricornéen, représentant la principale voie de jîltratiqn. Consécutivement à cette entrave à l'excrétion apparaît alors une augmentation plus ou moins sensible de la tension.

En outre, dans les cas de pannus anciens, alors qu'il ne s'agit plus d'une kératite superficielle, mais d'une infiltration cellulaire profonde de la cornée, il peut survenir un tel degré de sclérose que la rétraction du tissu nouvellement accumulé entraîne un aplatissement de la cornée avec phtisie plus ou moins marquée de cette membrane.

Le pronostic sera essentiellement variable suivant la durée et l'intensité de l'infiltration. Plus la maladie aura conservé son caractère inflammatoire, c'est-à-dire sera restée dans les limites de la simple infiltration, et plus on pourra espérer un éclaircissement de la cornée, qui du reste ne reviendra guère à une transparence parfaite. Toutefois l'existence d'un pannus pourra dans certains cas être regardée comme une circonstance heureuse, attendu que s'il existe dans cette affection une tendance très accusée à l'organisation, du moins on a peu à craindre une destruction qui résulterait de la

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compression exercée par les cellules infiltrées sur le voisinage. Il en résulte que le pannus devient ainsi une garantie pour la conservation de la cornée.

Au point de vue de Yëtiologie, les maladies qui produisent le plus souvent le pannus sont la conjonctivite granuleuse et la conjonctivite pSlrcxenulaire. On peut aussi rencontrer un pannus traumatique, résultant du frottement des cils ou d'un bord palpébral calleux.

TRAITEMENT

Le pannus disparaît souvent avec la suppression de la cause qui l'a engendré. Ainsi le pannus phlvcténulaire ou scrofuleux tendra à rétrograder si on institue un traitement propre à remédier à la disposition aux rechutes de kératites pustuleuses et consistant surtout dans l'usage de l'arsenic à l'intérieur et des lotions salées pratiquées sur tout le corps. De même, si on réussit à guérir la conjonctivite granuleuse, on verra le pannus disparaître, sans qu'il soit nécessaire de soumettre la cornée à un traitement particulier.

Mais lorsque les granulations sont entrées dans la période où se produisent les cicatrices et que les tarses ont pris une courbure vicieuse, d'autant plus fâcheuse que le spasme de l'orbiculaire accroît encore le frottement sur l'œil, il faudra de toute nécessité recourir à un traitement chirurgical et pratiquer l'élargissement de la fente palpébrale (canthoplastie). La section faite dans la direction de la fente, suivant le ligament palpébral externe, devra être pratiquée profondément, afin de sectionner le plus grand nombre possible de fibres de l'orbiculaire. On fait souvent bien, pour détendre encore

plus complètement la paupière, de joindre à cette section horizontale une section perpendiculaire intéressant le fascia tarso-orbitaire (opération de Agnew). Au besoin on appliquera au-dessus des tarses quelques ligatures (opération de Pagenstecher) comme dans l'opération de l'entropion.

Pour attaquer directement le tissu cellulaire de nouvelle formation qui a envahi la cornée, on peut, ainsi que Furnari l'a indiqué, pratiquer l'abrasion de la conjonctive et du tissu sous-conjonctival péricornéen (syndectomie). L'effet de cette opération sera accru si l'on fait suivre l'abrasion de la conjonctive du raclage sclérotical, au moyen d'un couteau à cataracte, et si, à l'aide de compresses chaudes, on entretient pendant une dizaine de jours un certain état de purulence.

Dans le même but, de Wecker pratique avec succès autour de la cornée une série de pointes de feu sur la conjonctive, en faisant usage d'un petit cautère galvanique.

L'inoculation du pus blennorrhagique, pour combattre le pannus granuleux, a été complètement abandonnée depuis que de Wecker a introduit dans la thérapeutique l'ophtalmie jéquiritique, dont l'innocuité parfaite, lorsque le jéquirity ou abrus precalorius (famille des légumineuses) (fig. 41) est manié avec précaution, permet qu'on l'applique même dans des cas de pannus moins intense, comme le pannus scrofuleux. En faisant usage d'une macération de graines de jéquirity décortiquées à 3 p. 100 et en prolongeant plus ou moins la lotion sur les paupières, que l'on répète au besoin après vingt-quatre heures, on peut à son gré provoquer une ophtalmie artificielle d'intensité variable suivant les

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