‹ Précis d'organisation comptable [microform]Chapitre 1 sur 88 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Nous nous sommes efforcés, dans cet ouvrage, de poser les principales règles qui doivent présider à toute orga^ nisation comptable.

Sur cette question d'organisation, il y a lieu de remaT' quer, tout d'abord, que celle-ci nous fait presque totalement défaut, en France. On travaille toujours par routine, sans aucune idée d'ensemble et seulement parce qu'il en était ainsi auparavant, sans se rendre compte si certaines méthodes ne donneraient pas de meilleurs résultats. Il en est ainsi dans la plupart des maisons de commerce, dans Vindustrie, dans la banque, dans Vagriculture, dans les services de VEtat, Un grand nombre de maisons n'ont aucune comptabilité, celles qui en possèdent se contentent d'inscrire des opérations en suivant les prescriptions du Code de commerce, promulgué en 1807, mis en vigueur le 1" janvier 1808, et établi déjà sur des règlements datant de plusieurs siècles. Toutes les opérations sont inscrites dans un ordre quelconque et d'une façon quelconque. Cette manière de travailler ne peut amener aucune idée d'ordre, de méthode, encore moins d'organisation. Tout en exigeant un travail souvent considérable, duquel tout contrôle est banni, il est impossible d'en tirer des renseignements utiles. Il en résulte souvent des inconvénients graves et de nombreux dangers. Sur ce point, la législation devrait être complètement modifiée.

Il serait aussi désirable de transformer nos méthodes d'enseignement. Celles-ci sont défectueuses et arriérées. Elles ne peuvent aider à la formation de cerveaux puissants, bien outillés pour la lutte moderne, possédant des idées larges et fécondes, capables de s'adapter rapidement à la direction des affaires où il est utile de voir de haut et de loin. Au lieu de permettre une compréhension facile et rapide du mécanisme et des grandes lignes des entreprises, les programmes de nos écoles sont établis de telle manière que Von doit toujours traiter séparément les différentes parties de ces entreprises, sans indiquer les liens qui les unissent entre elles. De cette façon de procéder, il en résulte forcément une étroitesse d'esprit qui se fait sentir, par la suite, dans tous les actes de la vie. On apprend trop

de questions de mémoire, on ne fait pas assez appel au

raisonnement et à l'intelligence. On crée ainsi, pour plus

lu

tard, des groupes étroits et fermés à toute idée nouvelle, au détriment de Vactivité et de la prospérité du pays. Ces groupements ainsi constitués, constamment en lutte les uns contre les autres, souvent pour des questions mesquines et dépourvues d'intérêt, abolissent tout progrès. Ils sont sûrement une des causes des difficultés dans lesqueU les nous nous débattons actuellement.

Enfin ^ nous ne devons pas oublier qu'à la suite de la guerre qui vient de se terminer^ une lutte économique formidable,et sans aucun précédent qui puisse se comparer dans Vhistoire du monde, lutte engagée pour la prédominance du marché mondial, vient de commencer entre tou^ tes les nations du globe. Cette lutte se continuera avec acharnement, probablement encore pendant un certain nombre d'années^ jusqu'à la ruine de certaines d'entre elles et les nations qui auront le malheur de succomber resteront pour de longues années sous la dépendance de leurs vainqueurs. Elles risqueront de perdre, avec leur indépendance, leur situation politique et économique. Les nations victorieuses, au contraire, et qui domineront les autres de toutes leurs forces, de toutes leurs richesses et de toutes leurs puissances seront celles qui auront su, à temps, le mieux s'organiser et faire concourir chacun de leurs membres à la prospérité nationale. Tout en obtenant de ceux-ci un rendement supérieur, il sera utile, en même temps, de sauvegarder les droits et les intérêts des individus.

Pour les différentes raisons énumérées ci-dessus, il nous est absolument nécessaire de transformer nos méthodes: méthodes d'enseignement, méthodes de travail, si nous voulons sortir victorieux de cette lutte et devenir une nation prospère. Nous devons nous appliquer à mettre nos méthodes, le plus rapidement possible, en harmonie avec les idées modernes et en même temps, avec les besoins nouveaux, issus de la guerre et qui mettent, chaque jour, en rapport, des millions d'hommes de tous les pays.

C'est pour ce motif que, rompant délibérément avec les traditions du passé, ainsi qu'avec les principes admis par le Code de commerce, nous avons essayé de faire une œuvre nouvelle, œuvre utile aux générations futures, susceptible de modifier les idées et de transformer la mentalité et les mœurs sur un certain nombre de points.

L'avenir nous répondra et nous dira si nous avons réussi dans cette tâche.

Léon Gaqnepain.

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