‹ Précis d'un cours de psychologieChapitre 30 sur 72 · PHÉNOMÈNES COMPLEXES DE LA SENSIBILITE · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES COMPLEXES DE LA SENSIBILITE

Jouir et souffrir, tels sont les phénomènes les plus simples delà sensibilité.

Aimer et haïr sont déjà complexes; ils impliquent la connaissance de l’objet qui nous cairse plaisir ou peine.

Lorsque ces mots s’emploient à l’égard d’un objet inanimé, ils n’expriment que la disposition où nous sommes d’en être agréablement ou désagréablement affectés.

Lorsqu’ils s’emploient à l’égard d’une personne, ils expriment en outre le plaisir ou le déplaisir qu’on éprouve à lui voir arriver bonheur ou malheur, et même le désir de lui voir arriver l’un ou l’autre.

Ce phénomène est donc ici très-compliqué.

Nous venons de nonnper le désir ; c’est aussi, selon nous, un phénomène complexe. Le désir nous paraît être la peine que nous cause X absence d’un plaisir connu. Il arrive quelquefois qu’un plaisir est absent sans que nous sentions la peine de son absence ; sitôt que cefté absence devient pénible, c’est le désir.

Le désir implique donc plaisir antérieur, souvenir de ce plaisir, et peine de son absence. Si l’objet qui a causé le plaisir est connu, le souvenir de cet objet se mêle au souvenir du plaisir qu’il a produit en nous, et l’absence de cet objet nous est pénible, parce que le manque du plaisir qu’il nous a causé nous fait éprouver en ce moment de la peine. Le désir implique encore jugement que l’objet peut revenir ; si ce jugement a un grand degré de probabilité, le phénomène prend le nom d'espoir; si l’on juge que l’ob-

Il6 LIVRE II, DE LA SENSIBILITÉ.

jet ne peut revenir, la peine de son absence prend le nom de regret.

Le désir et le regret sont toujours en raison directe du plaisir que l’objet nous a causé.

Tout amour auquel on s’abandonne au-delà des bornes ordinaires prend le nom de passion.

Si cet excès est condamné par la notion de moralité , il en résulte une passion coupable, comme la gourmandise, la débauche, etc...

S’il ne blesse en rien la morale, il en résulte une noble passion, comme celle des beaux-arts, de la vérité, de la charité, etc...

Ce qu’on appelle un sentiment factice n’est qu’un sentiment naturel qui, par des circonstances particulières ou par un faux raisonnement, s’est trouvé développé outre mesure et au préjudice des autres sentimens.

Ainsi le regret qu’un prisonnier éprouve quelquefois à quitter sa prison s’explique par le plaisir que nous causent les objets avec lesquels nous avons long-temps vécu.

Ainsi l’amour de l’avare pour son or s’explique par le faux calcul qui lui fait croire trop nombreuses les chances qu’il a d’être ruiné, par l’amour de sa conservation et l’association des idées qui étend cet amour sur les choses nécessaires à la vie et sur le signe qui les procure.

L’amitié, l’amour de la patrie, l’admiration, l’enthousiasme, l’amour de la gloire, sont parmi les sentimens complexes ceux qui offrent à l’analyse les sujets les plus intéressans.

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