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cile , etc. Enfin, pour ne pas nous répéter ni trop multiplier les exemples , il faut rayer les mots je et moi; car que veulent-ils dire, s’ils ne sont pas le signe d une intelligence qui a conscience d’elle-même P
Mais non, il vaut mieux reconnaître que les phénomènes matériels ne sont pas les seuls positifs ; que les phénomènes intellectuels, pour être connus autrement, n’en sont pas moins connus , et n’en ont pas moins une existence réelle; et que, si ies psychologues ne se bornent plus à examiner un côté de l’esprit et à deviner ou à nier le reste, comme l’ont fait long-temps les physiciens pour les phénomènes physiques, la psychologie deviendra aussi à son tour une science positive.
Remarquons l’ordre dans lequel se sont formées les sciences d’observation soit physique soit psychologique : ce sont les phénomènes les plus frappans,tels que les inouvemens des astres qui ont été d’abord observés et décrits avec exactitude ; ensuite sont venus les phénomènes physiques proprement dits, moins frappans que les premiers, moins isolés les uns des autres , moins séparés des phénomènes d’un autre genre, puis les phénomènes chimiques et les phénomènes physiologiques , moins sensibles encore, et plus mêlés entre eux. On reconnaît déjà comme possible la psychologie des passions qui ne tombent point sous les organes matériels, mais sous la conscience, et qui font partie de V observation du moi. On accordera bientôt la psychologie de l’intelligence. Cet ordre était nécessaire; il est de la nature des faits intellectuels de moins attirer notre attention que les faits physiques , et, comme les premiers s'exercent presque toujours simultanément , et sont presque inséparables, l’observation en est beaucoup plus difficile. La psychologie de l’intelligence devait donc être la dernière venue des sciences d’observation. La première, ou l'astronomie , ne date que de Copernic , ou d’un peu plus de deux siècles ; la physique, d’un siècle et demi; la
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chimie, d’un demi-siècle , et la physiologie vient de naître- .On se plaint des systèmes et des contradictions des psychologues ; mais ils travaillent encore à l’insu les uns des autres; ils n’ont point d’académie où ils puissent réunir leurs lumières, se redresser mutuellement, et convenir d’une langue commune. Sans l’Académie des sciences, où l’on vérifie en commun les propositions de chaque expérimentateur , les ouvrages de physique et de chimie présenteraient les mêmes divergences que celles qu’on reproche aux livres de psychologie. Chaque jour tel savant ne fait-il pas condamner les résultats qu’un autre croyait avoir ob tenus P Quand ceux qui s’occupent des mêmes objets de recherche n’ont point de communication entre eux , ne sont-ils pas exposés à parler de la même chose sous des nonls différens ? Si l’on y regarde de près, on s’aperçoit qu’une grande partie des débats entre les psychologues roule sur les mots, bien plus que sur le fond des choses.
Sans doute la psychologie a été long-temps obstruée d’hypothèses; toutes les sciences ont eu ce malheur, et elles n’en sont pas encore aussi bien délivrées quele croient les savans. Mais, au milieu de ces conjectures , il se trouve un grand nombre d’observations réelles qu’on peut recueillir avec fruit. On convient que l’astrologie et l’alchimie avaient amassé une longue série d’expériences qui ont servi plus tard de fondement aux premières théories positives. D’ailleurs, l’histoire de la psychologie nous montre que, plus nous nous rapprochons de nos temps, plus le nombre des spéculateurs diminue , plus celui des observateurs augmente.
En résumé : à chaque instant, nous parlons des actes de notre esprit, au moment où nous les prenons, pour ainsi dire , sur le fait; nous les connaissons donc , quoique nous ne sachions pas comment peut s’opérer cette connaissance; s’il n’en était ainsi , nous ne parlerions pas, car le langage n’est que l’expression de la pensée, et un
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drame représenté sur la scène ne nous offrirait qu’une série de sons et de mouvemens incompréhensibles. Le rapport du physique et du moral , ou du cerveau et de l’intelligence, présente une question fort intéressante; mais les deux termes de ce rapport s’observent par des procédés différens; la connaissance de l’un n’est pas celle de l’autre ? et la psychologie doit précéder la craniologie. L’examen du langage est un moyen très-fécond de découvertes pour le psychologue, parce que les mots fixent d’une manière durable le souvenir de phénomènes passagers, et qu’il$ sont l’algèbre de la psychologie. Ils servent même à prendre les physiciens exclusifs en flagrant délit de psychologie et même de métaphysique ou d’ontologie. Il faut donc avouer que la connaissance de soi-même est possible, et qu’on peut arriver par la psychologie , et par elle seule, à déterminer les lois de l’esprit humain. Sans aller plus loin , recueillons les plus importans des faits intellectuels que nous avons eu l’occasion de nommer dans cet article seu= lement. On verra que nous les connaissons directement, et sans avoir besoin du secours de la craniologie, ni des sons qui forment le langage. L’esprit, avons-nous dit, connaît des phénomènes, tels que l’étendue, la forme, la couleur, etc., qu’il rapporte à un principe distinct de luimême, appelé matière ; il conçoit des relations de cause et d’effet; il compare les objets de ses connaissances; il se représente des figures, des sons, des couleurs qui n’ont point de réalité objective; il s’en représente d’autres qui n’ont eu d’existence que dans le passé ; la mémoire est aidée par 1 attention , par l’expérience réitérée , par l’exercice simultané de plusieurs sens , par le plaisir et la peine ; l’intelligence conçoit des nécessités logiques; elle peut considérer à part une partie d’un objet, sans faire attention aux autres; les recherches de différens genres lui sont plus ou moins faciles ou agréables ; c’est-à-dire que le plaisir ou la peine intervient dans l’exerçiçe de l’in*
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telligenee; une méditation sérieuse lui fait découvrir la vérité; en d’autres termes, l’attention ou l’intervention de la volonté dans la connaissance augmente l’énergie de celle-ci; enfin , l’attention est exclusive; quand elle s’attache aux détails, elle nous fait perdre de vue l’ensemble, et réciproquement, etc., etc.
Voilà, en peu de mots, des observations sur l’esprit, en aussi grand nombre que celles qu’on a recueillies sur 1 électricité ou le gaz hydrogène, et qui n’ont pas moins d’évidence. Etendez ces observations , approfondissez la marche de la perception matérielle, de la conception rationnelle, de la comparaison , du rêve, delà mémoire, de l’abstraction, de l’attention; joignez-y l’étude d’une foule de facultés que nous n’avons pas eu l’occasion de nommer (car, pour le dire en passant, l’activité de l’intelligence humaine n’est pas contenue tout entière dans les procédés employés par l’esprit des savans pour construire leurs sciences; nous avons même cité plusieurs actesintelleetuels qui ne rentrent point dans la logique d’une théorie scientifique ), et alors vous aurez une psychologie, c’est-à-dire une histoire naturelle de l’esprit faite par lui-même, et qui aura probablement autant d’intérêt pour nous que l’histoire naturelle du singe ou de la tortue.
Ainsi donc, en même temps que je perçois des formes, des mouvemens, des couleurs, et que je les rapporte à un principe qui n’est point moi, et que j’appelle muft’ère, je connais des jugemens, dés conceptions, des souvenirs, etc., et jeles rapporte à un principe que j’appelle moi , ou esprit. Pourquoi cela? je n’en sais rien; mais cela est , et il n’en peut être autrement. La première connaissance s’exerce à l’aide d organes matériels, la seconde sans leurs secours; nous appellerons la première observation de la matière ou observation physique; et la seconde, observation de moi, ou conscience. Car il serait bon d’abandonner les termes d’observation extérieure et d’observation intérieure , qui
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sont des figures empruntées aux corps solides, et qui font croire aux gens de mauvaise volon té, qu’on attribue à l’esprit un dedans et un dehors, et que l’observation intérieure va les introduire dans une espèce de chambre obscure, dâns laquelle ils verront une personne , ou au moins ses oreilles1 . Ne disons point non plus que l’esprit voit ou sent ses actes ; car voir est emprunté de l’exercice de la vue physique , et il emporte avec lui l’idée d’une couleur quelconque; de sorte que, quand vous dites que l’esprit voit ses jugemens, les physiciens croient probablement que vous parlez de quelque chose de bleu ou de jaune, et ils affirment qu’ils ne voient rien de pareil. Il est des gens, dit Bacon , qui viennent à l’observation de l’esprit , encore tout échauffés des opérations de la forge , et qui apportent , dans cette œuvre délicate, la suie et la fumée du fourneau. De même , sentir ne s’emploie ordinairement que lorsqu’on est averti de la partie du corps par laquelle nous arrive une connaissance, ou un plaisir, ou une peine. Comme la connaissance des actes de l’esprit n est pas accompagnée de oe phénomène , il ne faut pas se servir de l expression qui le rappelle. Si l’on avance que l’esprit sait ou connaît ses actes, je pense qu’aucun homme de bon sensnepourra contester cette proposition. Les mots savoir et connaître n ont qu’un sens intellectuel, il est impossible de les représenter par une image physique.
Les hommes connaissent les actes de leur esprit au mo ment où ces actes s’accomplissent , mais ils les connaissent vaguement, et les oublient aussitôt; ils sont tous dans la position où aurait été 1 Anglais dont nous avons parlé, si on ne l’avait forcé à -faire un retour sur lui- même, et à chercher parla mémoire ce qu’avait faitson esprit. Ramener souvent ainsi sa réflexion sur soi-même, interroger la
1 J’ai souvent cherché la conscience, dit le docteur Broussais, mais je déclare que je j^’en ai jamais vu les oreilles.