CHAPITRE QUATRIÈME
DE LA COMMUNICATION DE l’aME ET DU CORPS.
Le moi étant reconnu distinct du cerveau, nous avons à résoudre la double question suivante : i°. Comment une action étant exercée sur le cerveau, en résulte-t-il une perception pour le moi ? 2°. Comment une volition du moi influe-t-elle sur le cerveau de manière à modifier les organes de la perception et à produire le mouvement des membres?
C’est le problème de la communication de l ame et du corps.
Les philosophes ont en vain tenté de le résoudre. Mallebranche et Leibnitz échappaient à cette difficulté, puisque l’un par son système des causes occasionelles,et l’autre par l’harmonie préétablie, détruisaient la communication de l’âme avec le corps.
Les cartésiens, infidèles à leur principe de l’idée innée, qui pouvait les dispenser d’expliquer le fait de la perception , avaient recours pour cette explication à des esprits animaux qui agissaient sur l’âme , mais sans que cette action fût plus facile à comprendre que celle du cerveau.
Cudworth imagina un médiateur plastique qui ne faisait que reculer la question sans la résoudre. Euler supposa un influx physique qui simplifia le phénomène , mais ne l’expliqua pas.
La conscience ne nous apprenant rien sur la nature de cette communication, et aucune voie indirecte ne s’offrant à nous pour la connaître, il faut nous borner à constater ce fait que le moi et le cerveau étant distincts, l’un doit agir sur l’autre, bien que nous ignorions comment peut s’opérer
ONTOLOGIE
cette action. Elle n’est pas du reste plus difficile à comprendre que la communication du mouvement entre les corps inertes, et que toutes les actions mécaniques ou chimiques de la nature que nous croyons beauco up plus claires.Comment une bille venant en frapper une autre, celle-ci se met-elle en mouvement P Comment la lumière agit-elle sur le nerf optique, et point sur les nerfs de la langue ou du bras ? Comment une vibration ou tout autre mouvement du cerveau produit-il une perception , un plaisir ou une peine dans l’âme. Sur toutes ces questions nous ne pouvons que répondre : il a plu ainsi à l’auteur des choses.
CADRE