‹ Précis d'un théorie des rhythmesChapitre 20 sur 28 · I II II · texte numérisé non relu

I II II

Populi primarium m | isse virum.

Évidemment il faut lire virrum. L'accent donnait plus de son à la liquide qui se redoublait, comme le sigma dans Toaaov, oaaov, pour toaov, oâov*

b. La quantilé prosodique dans les anciens poètes.

(PUate, Térence, Attiiu, Pacnvins, LDcUins, Lverèce.)

Quand on lit quelques pages de Plaute et de Térenee, on remarque bientôt qu'on a affaire au même système de métrique et de versification que l'on voit régner dans les poètes grecs. Mêmes mètres : iambes, trochées, cinétiques , etc. ; même distinction entre la brève et la loin* gue; même effacement de l'accent tonique dans la ea-r dence du rhythme. Mais en y regardant de près, on est frappé de loin en loin de certaines licences que jamais poète grec n'aurait osé se permettre, et qu'on est même

(1) Id la dernière ijllabe de Vbémistiche a été retranchée, grftce àrimpéritie du poète.

(S) Remarquez r&la^i».

étonné de trouver dans des écrits appartenant à Tanti-^ quité. Elles s^expliquent toutefois par la peine que ces^ premiers auteurs éprouvaient à mettre d'accord les mots etr les mètres dans une langue aux formes épaisses et

sourdes , dans laquelle le sens intime et délicat de la. quantité avait besoin d'être réveillé ou au moins développé.

Voici les licences principales :

l"* Les anciens poètes romains négligeaient quelquefois la position à l'intérieur des mots , qui autrement ne

seraient pas entrés dans leurs vers. On trouve chez euxr f II I I

ôccûlto, attente, ferèntarius, expapîllâto, perîstrômata^ L'abréviation paraît avoir eu lieu sous la pression d'un© syllabe à la fois longue et accentuée (1).

2** Mais ils abrégèrent souvent aussi la première syllabe, quoique longue par position, de mots tels que îllCf îstôj ësse (êst)^ ïpÈBf iccunij înde, ûnde, ïritaSf înter^ ômnia; et ils les traitèrent, il s'en faut de peù^ comme les langues modernes (celles du Nord surtout) traitent leurs mots faibles , particules , conjonctions et autres» quels que soient d'ailleurs leur étendue et le nombre des consonnes qui s'y succèdent dans la même syllabe (S).

3* Ils négligèrent quelquefois la position plm farte qui résulte du concours de deux mots. Ils prirent cette liberté surtout avec Vn interrogatif , par exemple itân tandenif habën tu; «avec hic et hoc suivis de qu, comme dans hîc quoqus* Mais ils retendirent évidemment à d'autres mots, puisque les critiques allemands (M. Ritschl surtout dans ses Prolegomena ad Plautum) voudraient dans de nombreux passages lire comme monosyllabes :

(l) Théorie de Vaccenluation latine, {K 171, 173.

(s) IHd,, p. 203» 303 et SUIT. *

enim, tàmen, simul, bonus, domum, senem, colora soror, nimis, etc., considérer comme muette la dernière syllabe de apud et caput , et . même élider deux syllabes dans equidem devant hercle , de façon à n'en laisser debout que la consonne initiale*

4** Enfin ils allèrent jusqu'à abréger des désinences longues, et qui n'ont jamais cessé de l'être, dans malôs mail y domïy viras , manûs, foras ^ et surtout dans les impératifs à forme iambique (^ ) , où la pression de î'accent était de bonne heure fort sensible , comme

rôga^ jubé, àbi, etc.

Il est évident que, si ces abréviations se fussent généralisées dans la langue , ou si elles eussent été constantes dans les mêmes mots, ou si seulement elles eussent pu se maintenir toutes dans l'usage des classes élevées de la société et dans la haute poésie, c'en était fait à tout jamais de la prédominance certaine du principe de la quantité prosodique. Heureusement toutes ces témérités d'un art encore jeune et inexpérimenté ne sont pas trèsnombreuses ; et si elles semblent prouver que les fondements sur lesquels repose la versification antique étaient déjà fortement ébranlés, leur disparition complète cent cinquante ans plus tard tend à démontrer que le principe opposé à la quantité prosodique était encore beaucoup trop faible pour prendre dès lors les rênes de la langue latine (1).

J'ai été le premier à expliquer ces violations de la quantité prosodique — et je pense que la plupart des philologues allemands ont adopté cette explication — par une prononciation très-fugitive de mots d'un usage très-commun , comme le sont tous les mots que nous ve-

(i) Théorifde V accentuation latine y p. t04.

nons de citer. Cette proaonciation par rapport au mètre présente un caractère irrationnel. Leseccum, ille, domi, etc., qui ont toujours trois temps dans les poètes clas^ siques, et ne tiennent dans Plaute et les autres que la place de deux , se .prononcent comftie si la longue et la brève avaient perdu chacune une partie (probablement un tiers) de leur durée. La longue ne cessait pas pour cela d'être relativement longue ; la brève ne se supprimait pas^ mais elle restait à la longue à peu prè& dans le rapport de 1 : 2(1).

Nous avons exposé ailleurs toutes les raisons qui mi* lîtent en faveur de notre théorie (2) ; ce qui la corrobore particulièrement, c'est la circonstance que les consonnes finales sont souvent retranchées dans les inscriptions anciennes qui nous restent , et qu'elles ont été retranchées de bonne heure dans des formes nombreuses de& flexions osques et ombriennes (3).

A côté de syllabes violemment abrégées , qui reprennent à l'époque de César et d'Auguste leur longueur pri- .mitive, nous en trouvons d'autres que nous sommes habitués à considérer comme brèves, et qui ont été traitées comme longues par Plaute » Nœvius, Ennius et les autres. Nous citerons :

1"* La désinence or dans les substantifs delà troisième déclinaison : sordr, exercitôr y et dans les comparatifs : stultiôr, longidr (cp. le gr. priTwp, etc.). L'ancienne forme était flôs, hondSj etc. Peut-être la désinence de la première personne or dans loquôr, amôr était-elle longue d'abord, puisqu'elle est composée avec le pronom réfléchi ; ainsi : loqnô -f- sè^ amô -{-se , etc. (4).

(l) Théorie de VaeeentuaOon latine , p, SOtt.

(S) md., p. f08.

(S) md,, p. 193, 194.

(4) IHd., p. fSO.

^ Les désinences ar et er des subjonctifs et futurs (loquâr^ amer, sequerèr, eta.).

3*" Les désinences at, et, it, des subjonctifs eifuturs^ par exemple Ht pour skt^ qui est très fréquent dans EnniuSy Pacuvius, Attius; ij^nis velît, dèt^ essèt, etc.

4"* Les désinences at, et, it, de la première» deuxième et quatrième conjugaison , où la langue semble avoir conservé la conscience de la contraction (â< = a -|- *' comme ëf = ^ -j- if et W = i -f- it). Fit est certainement toujours long. . D'autres exemples sont : scit, ît, afflictâty etc.

5"* Enfin la désinence it de la troisième personne du parfait, qui s'allonge dans un grand nombre de passages cités par Fleckeisen : vendidît, jusslt, vixlty etc. Les exemples abondent. Nous n'en voulons citer qu'un seul^ tiré de Livius Andronicus :

Haut ut quem Chiro in Pelîo docuït ocri.

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