LA SYLLABE FORTE OU l' ACCENT
La rime et le nombre des syllabes , voilà ce qui y frappe d'abord , et pendant longtemps on n'y a pas voulu reconnaître autre chose. De nos jours cependant, on s'est convaincu que toutes les syllabes n'ont pas une valeur égale ; qu'il y en a que la voix fait ressortir, tandis qu'elle glisse rapidement sur les autres. On a appelé les unes syllabes fortes ou accentuées; les autres, syllabes faibles. On a remarqué aussi que Vaccent (1), qui aujourd'hui n'est qu'un appui de la voix , frappe dans les polysyllabes français généralement la dernière syllabe , lorsque celle-ci est masculine, et la pénultième, lorsque la dernière contient un e muet. Enfin, on s'est aperçu qu'il y a bon nombre de monosyllabes qui ont un sens faible, et que ces mots ne sauraient avoir la même force, le même poids que des monosyllabes renfermant un sens plein^ comme hois^ court j pré, etc. Ainsi dans ce vers de Racine :
Oui , je viens dans son temple adorer TEteroël ,
il est facile de reconnaître quatre syllabes fortes, marquées par l'accent (viens, temple, adorer, éternel). Il en sera de même dans celui qui commence la Henriade :
Je chante ce herôs qui régna sur la France.
Mais nous trouvons six accents dans le vers suivant : Cieùx , écoutez ma voix ; terre , prête Toreille.
(I) Nous lie parlons pas ici des accents consacrés par la grammaire et par Torthographe, qui sont loin de désigner toujours la syllabe forte, et que nous nigligerons quelquefois, pour éviter la confusion.
II s'ensuit que le nombre des accents est variable et que \evLT place est mobile. Maïs ni l'un ni l'autre ne sauraient être abandonnés au hasard. Ainsi chaque hémistiche du vers alexandrin doit renfermer deux syllabes fortes, et ne devrait jamais en renfermer plus de trois. S'il n'en renferme qu'une seule, le vers languit, comme dans :
Imaginations \ célestes vérités.
Avec Britannicûs \ je me reconcilie.
S'il en renferme plus de trois, le mouvement aura quelque chose de heurté et de violent :
Bois, prés, fontaines, fleurs | qui voyez mon teint blême.