‹ Précis d'un théorie des rhythmesChapitre 6 sur 28 · LE TEMPS FORT OU L'ICTUS · texte numérisé non relu

LE TEMPS FORT OU L'ICTUS

Il ne faut pas confondre avec la syllabe forte un autre élément qui contribue plus encore que celle-ci au mouvement harmonieux du vers, je veux parler du temps fort. Lui aussi se fait sentir, comme l'accent moderne, par un appui, un coup de la voix; et lorsque, comme cela arrive très-souvent, il vient se poser sur la syllabe accentuée, il échappe complètement à l'observateur superficiel. Ce n'est que lorsqu'il vient frapper une syllabe faible qu'il devient sensible même à l'oreille la moins exercée. Nous sommes choqués par la chute de ce vers da Corneille :

Ainsi que la naissance ^ ils ont les èspriu bas , «

ou par celui-ci^ qui est du même auteur : '

Je suis Romaine i hélas I puisque mon époux PesL

Pourquoi? parce que la syllabe qui renferme la rime étant nécessairement une syllabe fortç, la syllabe qui la précède devrait être une syllabe faible* Or, c'est ee qui

n'a pas lieu dans esprits et épotix , qui, comme tous les mots français à désinence masculine, ont Taccent sur la dernière. En prose, rien de plus facile que d'obvier à Tinconvénient qui résulte de deux accents qui se heurtent : on parle un peu plus lentement, et on met un petit intervalle entre : esprits et bas, entre époux et Vest. .Mais en poésie cet intervalle troublerait le rhythme; la voix recule involontairement et se fixe sur la syllabe précédente (1) ;

Ainsi que la naissapce^ ils .ont les esprits .bas.

.Je suis Romaine, hélas ! puisque mon époux Test.

Cet appui de la voix sur esprit, sur epoux^ nous rappelons temps fort. Si Ton veut se convaincre qu'il est trèssouvent en lutte ouverte avec la syllabe forte, on n'a qu'à chanter ou à déclamer en observant tant soit peu les levés et les frappés de la musique. On lira :

Il est un Dieii, devant lui je m'incline, Pauvre et coptént, sans lui demander rien ;

mais on chantera :

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