‹ Precis d'une traite de poetique et de versification, contenan des considerations sur la poesie ... Par M. ViolletLeducChapitre 6 sur 52 · KS.W · texte numérisé non relu

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L’homme a la conscience du Beau et du Vrai moral et poétique : il a été livré à ses propres forces dans la recherche du Vrai physique. La connaissance du Beau, qu’il ne doit qu’à une sorte de révélation , parait donc peu susceptible de lui être communiquée artificiellement, tandis que les observations de la science lui peuvent être transmises sans difficulté.

Le Beau poétique une fois senti et reconnu, paraît immuable et indépendant de la forme sous laquelle il se manifeste ; seulement telle forme peut être plus favorable an développement de la Beauté poétique que telle autre, et ce n’est que cette partie matérielle de l’art qui puisse être réduite en préceptes, à l’aide du raisonnement, impuissant sur le goiit : tandis que le savant qui entreprend de communiquer à ses lecteurs les connaissances qu’il a acquises sur une des parties quelconques de la science, a des erreurs matérielles à détruire et des découvertes à révéler.

Pour se décider à écrire une Poétique aujourd’hui, à la suite des nombreux écrivains qui ont traité cette matière, soit en copiant leurs prédécesseurs, soit en créant de nouveaux systèmes, il faut avoir une grande modestie,

AVERTISSEMENT

ou être mnni d’une forte présomption, si l’on croit pouvoit donner à ce sujet rebattu une apparence de nouveauté.

Toutefois comme l’objet de cette nouvelle collection Encyclopédique est de constatei l’état des connaissances humaines au moment où nous écrivons , en faisant connaître les différens systèmes des principaux auteurs français qui ont traité de la poétique jusqu’ici , il est utile de faire également connaître autant qu’il sera possible les modifications que le temps, les événemens, les habitudes nouvelles ont apportées dans ces divers systèmes.

Il ne faut pas se dissimuler d’ailleurs que, dans nos mœurs modernes, la poésie est bien éloignée d’exercer la haute influence que lui attribuaient les anciens. La poésie n’est de nos jours qu’un délassement agréable , que, vu la futilité de son but, chacun a bien le droit de procurer ou de prendre à sa manière. Si donc ce sujet n’était pas traité avec toute la gravité didactique d’un code de législation, j’espère qu’on ne m’en adressera point de reproche; $ mais, d’un autre côté, s’il me semble que les poêles peuvent encore entretenir les hommes de ce qu’il y a de grand , de généreux, de beau ; leur donner une idée favorable de l’humanité, et faire aimer les hommes entre eux ; si je crois qu’ils peuvent essayer encore de faire naître en

AVERTISSEMENT

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nos cœnrs des affections douces et tendres , et de donner essor aux nobles passions, j’ose également espérer qu’on ne trouvera pas mauvais que je leur indique les moyens qui me paraissent les plus convenables pour parvenir à ce but.

C’est avec cette intention que je me suis déterminé à constater l’état de la Poétique en France : on ne peut nier que la poésie, soit en progrès , soit en décadence, a fait quelques pas depuis les derniers ouvrages didactiques publiés sur cette matière, et dont il peut devenic utile de prendre acte pour l’histoire seule de l’art. Ce n’est cependant qu’appuyé sur nos prédécesseurs , d’Aristote à Marmontel et depuis ce dernier, qu’il m’est possible d’arriver à notre époque, et c’est la marche que je suivrai.

Marmontel a prétendu que les temps où il est le plus libre à chacun de se tromper, est, à la longue, celui où l’on se trompe le moins : des disputes raisonnées, ajoute-t-il, ce qui reste est la vérité.

Certes, jamais époque plus favorable ne s’est présentée pour la trouver; et c’est la tache que je m’impose. Y.-L.

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INTRODUCTION HISTORIQUJ^

Le sentiment poétique est un besoin que l’homme de tous les pays, de tous les temps, a voulu satisfaire, soit en communiquant sa propre pensée, soit en s’inspirant d’une pensée étrangère.

Ce sentiment poétique, commun à tous les peuples, a cependant varié autant par le principe qui le faisait naître, que par la forme qui le reproduisait. Ainsi , chez les nations méridionales, son exaltation extérieure, la grandeur et la beauté de ses brillantes conceptions se manifestent le plus habituellement sous la forme lyrique ou ornée des prestiges de l’épopée; elle célèbre la gloire des héros et les plaisirs de la vie. Au nord, où les intempéries avertisroéxiQUE. i

sent journellement l’homme de sa misère et de son néant, où il se replie davantage sur lui-même, la poésie prend un caractère plus individuel et plus sérieux: elle devient philosophique et religieuse; elle choisit de préférence la forme narrative; l’idée delà mort y domine, et dans ses mystères se puise le merveilleux qu’elle emploie.

La poésie, comme l’astre qui était son symbole, paraît avoir répandu ses premières clartés de l’Orient en s’avançant vers la Grèce et l’Italie, pour nous faire jouir plus tard de son influence.

Les chants hébraïques se présentent les premiers : s’il en est de plus anciens, ce ne peut être que dans l’Inde, et cette circonstance confirme l’opinion que l’on vient d’émettre. La poésie biblique est majestueuse et grave : l’àpre rudesse qui la distingue n’exclut pas toujours l’expression des sentimens tendres et doux dont le livre deRuth offre un touchant modèle, tandis qu’elle donne à la tristesse profonde des plaintes de Job un caractère de grandeur dont la sublimité n’a jamais été égalée. On n’a pu retrouver encore le système métrique adopté

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par les poètes hébreux; mais le style de leurs ouvrages, pittoresque, audacieux et simple à la fois, dédaigne les formes timides de nos langues modernes, et semble être, sous la harpe du roi-prophète, dicté par la bouche d’un Dieu.

La connaissance de la langue sanskrite a révélé une nouvelle école poétique ignorée de nos ancêtres. Les livres saints des anciens Indous, ceux de législation et de sciences, sont écrits en vers. Pythagore alla puiser parmi eux ses connaissances philo- - sophiques. Quoiqu’ils aient été conteurs et dramatiques, la poésie lyrique élevée et gracieuse paraît avoir été spécialement traitée par eux; mais c’est sur l’apologue, dont ils passent pour être les inventeurs , que leur esprit ingénieux se plaisait à s’exercer.

La poésie des Chinois , réservée à la connaissance de quelques adeptes, offre une particularité qui mérite peut - être d’être consignée. L’écriture chinoise, hiéroglyphique dans son principe, a conservé les traces de son origine. Les caractères qui la composent représentent dans leur assemblage, non-seulement des mots, mais des

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idées qui se combinent et se modifient $?&' la manière dont la lettre est composée, de sorte que le style se distingue à la forme plus ou moins parfaite du caractère employé par l’écrivain. On prétend que c’est également par la perfection de ce signe extérieur que leur poésie est appréciée.

L’Égypte, courbée sous une théocratie inquiète, ne s’éleva jamais au-dessus des premiers linéamens des arts dont les types sacrés ne pouvaient être dépassés; mais peut-être est-ce à ce type lui même, embelli par les Grecs, que ce dernier peuple dut l’admirable perfection où il porta les arts et la poésie que plus tard Ptolomée-Philadelplie rappela dans leur berceau.

Nommer la Grèce est déjà donner l’idée de ce que l’homme a créé de plus parfait.

Homère avait composé des poèmes inimitables ; Aristote , en constatant le point où les poètes grecs étaient arrivés, semble jusqu’à présent avoir posé les bornes de l’esprit humain, qu’on a pu déborder, mais non encore franchir avec succès.

La poésie, chez les Romains , ne fut qu’un reflet de celle des Grecs, Horace et f'ir~

île surent ranimer de leur beau talent De ces deux dernières littératures na<

quirent, plus de dix siècles après, celles de l’Europe moderne : mais les idées poétiques avaient éprouvé de puissantes modifications par l’établissement du christianisme, quand les savans du Bas-Empire, chassés de Constantinople, apportèrent en Italie les sciences et les arts de la Grèce.

Une autre cause s’opposait encore à l’adoption populaire des principes d’Aristote chez les nations du Nord : tandis que les dieux d’Homère, que la mythologie gouvernaient la plus belle partie et la seule civilisée de l’Europe, la Gaule, la Bretagne , la Germanie, la Scandinavie, tous les peuples slaves suivaient presque uniformément une idfc

autre croyance , depuis les siècles les plus reculés. ,

Cette religion celtique, peut-être encore originaire de l’Inde et transmise par l’Edda, fut immédiatement remplacée dans les contrées du nord de l’Europe par le christianisme. Elles restèrent conséquemment '

étrangères à la mythologie, et leur religion première perce encore aujourd’hui dans j

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A cette môme époque de barbarie du moyen âge, les Arabes, établis en Espagne, entretenaient la culture des lettres et des sciences. L’audace et la hardiesse de leurs métaphores poétiques, la pompe de leurs descriptions, l’emphase même de leur style qui n’exclut pas la délicatesse des sentimens, offrent un caractère particulier qui rend leur poésie originale. Elle commença à se manifester, et s’est perpétuée en Espagne et dans le midi de notre France.

Déjà la langue latine, après avoir été imposée par les vainqueurs à tous les peuples du Midi, avait cessé d’être vulgaire; un mélange de la langue primitive, de celle des Latins et des dialectes barbares dont l’irruption et l’envahissement avaient succédé à la puissance romaine , composait chez chaque nation mille sortes de jargons incohérens qui demandaient à se séparer et à se fixer.

Alors se montrèrent les Troubadours au midi de la France, et les Trouvères au nord : bientôt Dante et Pétrarque donnèrent le signal à

l’opposition qui n’a cessé de se manifester dans ces régions contre le système poétique d’Homère et l’autorité d’Aristote.

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l’Italie, et le premier surtout fut fondateur d’une nouvelle ère poétique que la religion chrétienne élevait sur les débris du paganisme. Pétrarque , chrétien inspiré par Platon , remplaça les chants voluptueux et érotiques de Properce et de Tibule , par l’expression d’un sentiment d’amour pur et vertueux ignoré de l’antiquité. L ' Ariosic et *

le Tasse donnèrent enfin 1 exemple d’cpopées neuves et inconnues.

Camoens, en Portugal, adoptant à la fois ; V‘"- lr le merveilleux poétique mythologique et chrétien, s’inspira des nouvelles découvertes maritimes de Yasco de Gama, auxquelles Christophe Colomb devait donner un nom vel essor célébré par le poème de Y Araucaria (T Alonzo d’Ercilla ; Lopcz de Vega ouvrit une nouvelle carrière dramatique étrangère à Aristote.

Précisément à la meme époque , ShaAspeare , en Angleterre, inspiré par les poésies du Nord, bravait également dans ses compositions l’autorité des poétiques grecques. Sa plume véridique et sans art reproduisit les passions dans toute leur nudité. Son talent, quand il brille le plus ,

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