ET
Jc.'Jàfc 1
llfpî ®S:-'
^Ta»-, - . -
■r.«.LZi 0 . .
est lin don qu’il tient de la nature , et peut-être des traditions poétiques de l’Edda, importées par les Saxons en Angleterre, et non encore oubliées, dont Mac pherson a recueilli plus tard les débris qu’il a attribués au barde écossais du nom d’0$siau.
Cette même poésie Scandinave a sans doute inspiré ces poèmes des fllïebellungen retrouvés de nos jours par les Allemands, et dont l’imitation a élevé une nouvelle école poétique à la tète de laquelle brillent au premier rang Goethe et Schiller. C’ est également cette poétique norwégienne qu’ont suivie les bardes de notre ancienne Armorique, prédécesseurs de nos trouvères picards et normands dont les romans rimés emploient encore la féerie et le merveilleux de l’Edda.
La poétique en Europe parait donc avoir suivi deux grands systèmes, l’un venu originairement d’Orient, a inélioré par les^Grecs, adopté par les Latins , et imposé par cette nation belliqueuse aux peuples qu’elle parvint à soumettre ; l’autre, ;né dans les glaces du nord, où elle a été de nouveau
d’œil aussi ra
refoulée par l’invasion romaine , pour faire sentir encore, mais à de longs intervalles, son influence aux esprits poétiques avec lesquels sa grandeur sombre, farouche et barbare, se trouve avoir quelque analogie.
-Il est vrai de dire que l’espèce de persécution qu’elle a éprouvée, que son caractère grave, mélancolique, et son principe de l’éternité des âmes, semblent lui donner plus d’analogie avec la religion chrétienne qu’avec les brillantes fictions du paganisme mythologique.
Aussi les nations du Nord, slaves, germaines , saxonnes, ont-elles adopté ce système poétique, vague, indéterminé , parce qu’il n’a été consacré par aucun ouvrage didactique, et qu’il ne peut pas l’étre; tandis que les nations du Midi, sans se conformer rigoureusement aux préceptes d’Aristote, ont du moins adopté ses principes généraux, parmi lesquels l’observation de la beauté est le plus important
Les Français ont fait participer leurs ouvrages poétiques de la position intermédiaire que leur patrie occupe géographiquement. Mais
■*» £', Jrt+A :
Les chefs-d’œuvre de la poésie française
sont aussi connus que ses essais le sont peu, À . et l’étude de cette belle littérature s’est faite
iP
jusqu’ici avec peu de méthode. On met avec raison entre les mains des étudians les ouvra-
ges les plus parfaits des poètes du siècle de Louis XIV. Au sortir des classes, même pour les personnes qui se destinent aux lettres, cette étude se continue jusqu’aux auteurs contemporains, en suivant ainsi, il est fâcheux de le dire, une marche décroissante.
Ne paraîtrait-il pas plus naturel, lorsqu’on
veut prendre une connaissance exacte de
notre littérature, de suivre une marche pré-
iWFBaflt.y-
^ êê&ÊÊk
jeté sur les poétiques des littératures anciennes et étrangères, a semblé suffisant,
11 ne parait pas devoir en être ainsi pour la littérature française, lorsqu’on écrit une poétique de cette langue; on a jugé utile de consulter à cet égard les vieux auteurs français , ceux surtout dont les écrits contiennent les principes et les règles de la poésie, espérant qu’ils nous introduiraient plus particulièrement dans la connaissance de l’espèce de poésie qui convient le mieux à notre caractère national.
cisément inverse, de commencer par le commencement et de remonter jusqu’à Racine?
En prenant ainsi connaissance des progrès de la langue et de la poésie , et plus tard de leur décadence , on ne tenterait pas des essais malheureux, déjà tentés sans fruit et reproduits par ignorance.
C’est dans ce but qu’a été bleau historique que je met du lecteur, et dans lequel il suivre les différens systèmes poétiques abandonnés et renouvelés tour à tour, et dont l’influence a distingué les phases de la poé sie en France.
Les règles , les préceptes d’un art doivent acquérir une nouvelle force de l’histoire de cet art. Peut-être même ne peut-on prouver leur excellence qu’en montrant les progrès de l’art pendant leur observance, et sa décadence résultant de leur oubli. Un fait prouve dIus qu’un raisonnement.
Histoire et phases de la poétique en France.
—Les premiers monumens de la poésie en 'rance ont été l’ouvrage de poètes bretons, ormands et picards nommés Trouvères , et es Troubadours provençaux et languedo-
jgle
ciens. Contemporains , mais sans communications entre eux, et sans connaissance des règles observées par les auteurs de l’antiquité, leurs poèmes différaient autant par le fond que par le langage : la poésie des troubadours est lyrique, celle des trouvères est narrative. Quoiqu’on ait prétendu que les trouvères aient cherché leurs modèles chez les bardes de l’Armorique, et les troubadours chez les Maures d’Espagne, on ne peut appuyer cette assertion que sur des probabilités, et les poétiques, s’il y en eut, qui dirigeaient les uns et les autres, sont aujourd’hui entièrement ignorées.
La poésie des trouvères se naturalisa en France plus que celle des troubadours : les romans rimés, les contes ou fabliaux, les rondeaux, lais et ballades d’origine bretonne, trouvèrent plus d’imitateurs que les sirventes et tensons provençales : et c’est déjà une indication du goût français ; mais jusqu’au seizième siècle, on ne trouve aucun ouvrage didactique qui fixe aucune règle soit pour la conception , soit pour la forme des différentes espèces de poèmes adoptées
HISTORIQUE. l3
le Fut sous le règne de Charles VIII, un anonyme , qui ne s’est fait connaître ; sous le titre de l’ Infortuné , publia le mier un art poétique, en vers français, tulé le Jardin de plaisance et Fleur de torique. L’auteur nomme la poésie seconde •torique.
Ensuyvir fault son éloquence,
Afin que l’inspiration,
Don de seconde rhétorique ,
El la réverbération De l’influence coloricque,
De son regard scicnlificque Donne la elère vision.
'elle est l’idée que l’on se formait déjà de la ésie, que l’auteur considère, en le traduiit en français de nos jours, comme l’art de rler soumis à l’enthousiasme et coloré par style. Cette définition en vaut bien une tre. L’auteur, ainsi qu’il l’explique, donne précepte d’élider Ve muet, et de ne pas le mpter dans la mesure du vers, quand précède un mot commençant par une yelle. C’est encore une des lois de nôtre rsification.
Il fait ensuite connaître les figures qu’il
est permis d’employer et leur usage, et il désigne enfin chaque genre de rime et chaque espèce de poésie alors en faveur. Joignant toujours l’exemple au précepte, il commet la faute pour la faire sentir: un rondeau détermine les règles du rondeau , la ballade est expliquée par une ballade, ainsi que le chant royal, le lai, le virelai, les chansons, etc.; aussi , malgré leur extrême concision , les préceptes de Y Infortuné sont faciles à comprendre, ses idées sont justes et élevées pour le siècle pendant lequel il écrivait: mais son langage seul ne pourrait que difficilement être compris par quiconque n’en a pas fait une étude particulière.
Pierre Fabry, curé deMeray, composa peu de temps après l’Infortuné, et publia, en i 539 , I e Grand et vrai art de pleine rhétorique, où, après avoir posé les règles de cet art, il consacre un second livre à indiquer comment chacun « pourra composer toutes sortes de descriptions en rhythmes, comme chants royaulx, ballades, et généralement toutes sortes, taillées en manière de composition. »> Selon Fabry, la poésie n’est que la rime appliquée aux compositions faites selou les
règles de la rhétorique. Son ouvrage est en prose, et il cite les exemples cle chaque sorte de rime cl de composition, en puisant chez les auteurs les plus célèbres de son temps, notamment Alain Chartier, et son prédécesseur l’Infortuné, dont il adopte les préceptes, et même les expressions assez servilement.
La seule tradition paraît avoir fourni à ces deux auteurs la forme première de notre aoésie, qui est passée jusqu’à nous, peut- !tre par leur intermédiaire, et qui n’a subi l’autres changemens que celui apporté par ï goût. A ce titre seul ils auraient droit à otre reconnaissance.
Plus de dix ans après , Thomas : un petit ouvrage qu’il intitula le premier: rt poétique francois pour V instruction des (nés studieux et encore peu avancez dans la ésie francoise. François I er régnait et farisait les lettres; Clément Marot , Joam Du Bellay , Mellin de St.-Gelais avaient it; la langue se formait : aussi aperçoitun immense progrès dans la manière t le livre cle Sybillet est écrit et composé, pnrativement à ceux que npus avons
cités. Il fait connaître les élémens de poésie, et lui donne une origine commune avec « la vertu , c’est-à-dire en ce profon abyme céleste où est la divinité. » Il appc l’art poétique une divine inspiration, et re marque que ce qu’en poésie on nomme Art « n’est que l’écorce de la poésie , qui couvre sa naturelle sève et son âme naturellement divine. » Il entre ensuite dans le détail de la mesure qui distingue les vers français de diverses espèces, et il se livre à un rigoureux examen grammatical. Il traite enfin de chaque sorte de poème en particulier ; il règles déjà données du rondeau, lai et de toutes les vieilles pièces galan- , celles de l’églogue, de la farce et de l’énigme. Il est facile de voir que Sybillet avait attentivement lu Horace et Virgile f dont il ne parle qu’avec admiration.
Avant que l’Art poétique de Sybillet fut connu, Joacliiih Du Bellay avait traité le même sujet sous le titre de Défense et illustration de la langue Jrancoise. Dans cet ouvrage fort remarquable, après avoir pose les principes de l’éloquence et soutenu que la langue française peut s’élever à la hauteur
hîstoriqoi?. 17
langues grecque et latine, Joachim Du lay traite de la poésie, « dans l’inlention montrer avec le doigt le chemin que l’on it suivre pour atteindre à l’excellence des :iens : laissant quelqu’autre à conduire à but avec la main. » Remarquons que Du lay, en annonçant son intention, craignait passer pour novateur. « Jesçay quebeauip me reprendront, qui aÿ osé Je premier ( François introduire quasy comme une Livelle poésie. Marot me playt , dit quelun , pour ce qu’il est facile et ne s’éloigne int de la commune manière de parler : les :res d’un autre se délectent. Quant à moi, le superstition ne m’a point retiré de mon Reprise : pour ce que j’ai toujours estimé tre poésie Françoise estre capable de quele plus liault et meilleur stile que celui nt nous sommes si longuement contentés.»
Du Bellay ne doute pas que tous les pères s’élèvent contre l’intention qu’il manifeste le reprendre ou changer quelque chose en qu’ils ont appris et estimé étant jeunes; »
ûs tout en reconnaissant que ces objets de vénération de nos pères ont illustré la lan e, « et que la France leur est obligée, » il r<'i.xiQUE. 2
i>'Tiioj)ucriofr
n en persiste pas moins a penser « qu on pourroit trouver en notre langue (si quelque savant homme vouloit y mettre la main) une forme de poésie beaucoup plus exquise, laquelle il fauldroit chercher en les vieux Grecs et ceulx d’entre les Latins qui ont le mieulx suivi les Grecs, non point ès auteurs françois, pour ce qu’en ceulx-cy on ne sauroit prendre que bien peu, comme la peau et la couleur: en ceulx-hà, on peut prendre la chair, les os, les nerfs et le sang. » Toutefois Du Bellay invite à faire un choix sévère, , « car il vauldroit beaucoup mieulx escrire
> sans imitation, que ressembler à un mauvais
$3... • auteur. » Il indique donc sommairement les meilleurs auteurs grecs, latins, et même ita- Y T liens et espagnols, qu’il convient d’étudier.
II renvoie aux jeux floraux de Toulouse et au puy de Rouen, les rondeaux, ballades, o ; virelais, chants royaux et autres épiceries qui
corrompent le goût de notre langue et « ne servent sinon à porter tesmoignage de nostre ignorance. » Il prescrit l’épigramme de Martial, l’élégie de Tibule, l’ode de Piiulare et d’Horace, comme modèles à suivre. Dans la crainte du 'vulgaire , il ne conseille point
iv . i
le
SLîSm
ïtre à moins que grave et sentencieuse, exemple d’Horace : autant en dit-il de la re , par laquelle il conseille de remplacer oq-à-l’âne. Du Bellay offre ensuite pour dèle le sonnet de Pétrarque; il invite les eurs français à s’exercer dans la tragédie a comédie, dont les farces et les moralisavaient usurpé la place. Quant au long •me Jrancois , comme il nomme l’épopée, lioisy-moi, dit-il, quelqu’un de ces beaulx ulx romans françois, comme un Lancelot, Tristan, ou tout autre, et fay renaître monde une admirable Iliade, une labo* use Enéide. » Il permet l’emploi de mots, uveaux ou rétablis du gaulois, étant d’onon que les procureurs ou avocats usent termes consacrés à leur profession, sans n innover; mais en donnant aux poètes faculté « d’usurper quelquefois des voca-.
;s non vulgaires, à l’imitation du grec. Use. ne hardiment, dit-il, de l’infinitif pour le m, cominele vivre, le mourir; de l’adjectif bstantivé , comme le liquide des eaux , le ; ; . e de l’air, le frais des ombres , etc. Gardede tomber en un vice commun même aux lis excellents de
/lîV.v
♦ ~ E pijX
sion des articles. » Il invite à l’entrelacement des rimes masculines et féminines, à la correction qu’il nomme Y èméndation , à consulamis instruits et judicieux « qui ne point blesser notre papier avec , » à la fréquentation des savans, à l’étude de la nature et des arts.
Je me suis étendu beaucoup sur l’ouvrage de Joachim Du Bellay ; mais il faut remarque cet auteur naquit en 1492, et l’on que la DêJ'ence et illustration de la langue françoise fut composée dans sa jeunesse, quoique publiée plus lard et après ses poésies qui lui firent une réputation méritée. Il m’a paru utile de constater l’époque où la manière gauloise et celtique avait été abandonnée pour l’imitation des anciens. Il s’opéra alors un changement précisément inverse de celui que l’on paraît désirer en ce moment, et il éprouva une opposition semblable. Dès i 555 , après la publication des œuvres poétiques de Du Bellajvin certain Charles F011taine, poçtc de ce temps, critiqua amèrement l’ouvrage de Du Bellay dans un écrit intitulé Quintil horatian. Il combattit son opinion par d’assez faibles raisons poétiques , quoi-
c 11 An po^que réduit et abrégé en singidicr ordre, et souveraine, méthode pour les soûlas de l appréhension et récréation des esprits , fut fait et composé en i554 par maistre Claude Boissière Daulphinois. Ce n’est, en effet, qu’un traite fort précis de versification , sans aucune espèce de considération sur l’art, et
qui ne mérite pas qu’on s’y arrête plus longtemps. 1 6
Il n en est pas ainsi de Y Art poétique de acques Pelletier du Mans — — ' uivante, i555. Pelletier
avait précéderaient publié une traduction en vers français e l’épïtre d’Horace aux Pisons. Le succès ce l ouvrage, et les observations
1 poésie,
engagé à traiter le même pas jouter avec un
franç,
a’obtint cet <
i il lui donna lieu de faire sur la missent l’avoir et : mais ne voulant £ — " A ■
•si redoutable modèle, l’Art poétique de
f A#- ■ . > » « m ^ . a. M. 9 • Y . rt •
letier n'est qu’une suite de réflexions, la part fort sages, qu’il adresse, en forme
mmmmm
de lettres, à Zacharie Goudart, conseiller du roi et l’un de ses amis. Pelletier em-
ploie une orthographe particulière , qui rend la lecture de son livre peu attrayante et difficile dans son vieux style, bien moins pur que celui de Du Bellay : je serais peu surpris que Pelletier eût ainsi rebuté bien des lecteurs. Après avoir traité sommairement de l’antiquité et de l’excellence de poésie, il présage les hautes destinées de cet ’il avait entrevues ainsi que Du Belqui a toujours célébré les les fêtes de la religion, les sacrifices, les oracles ! « Les poètes, ajoute-t-il, selon le divin Platon, sont interprètes des dieux, quand iz sont an leur saincte fureur : car eus raviz et abstrez des pansemans terrestres , conçoevent les secrets célestes , divins, naturez e mondains, pour les manifester aus hommes. » Il parle ensuite de la nature et de Vexercite ou de l’étude , des sujets
propres à la poésie, et de la différence qui existe entre le poète et l’orateur ; de la composition du poème et de l’invention : ce qu’il dit sur ce dernier sujet mérite, ce me semble, d’être médité; de l’imitation, des orne-
»*$&- «&y£ar S :r.* ÜLâ j~a nk^'’r^.?>v.9. • -• \
■k^TV**-^ HISTORIQUE.
mens et des vices à éviter, etc. Toutes ses observations dénotent un grand sens et une pureté de goût qu’on ne lui aurait pas soupçonnés à la lecture de ses poésies.
Dès i565, Ronsard avait composé un petit écrit de quelques pages qui fut depuis réuni à ses œuvres, et qui est une sorte d’abrégé de l’art poétique sous la forme de con seils donnés à son ami Alphonse Delbenne, abbé de Haute-Combe. Ronsard considère la haute poésie comme une théologie allégorique propre à faire entrer dans le cerveau des hommes grossiers, par le moyen fables, les secrets qu’ils ne pourraient comprendre par le secours seul de la vérité, conseille donc à son élève de nourrir sc„ esprit de conceptions grandes et belles, surhumaines, mêmes divines : il l’invite à la lec
ture des bons poètes anciens, et surtout à 1 I tude de la langue française. C’est le dernier coup porté au genre gaulois. Quoique Ronsard ait souvent été accusé d’avoir composé des mots tirés du grec, il engage son jeune ami à choisir de préférence, pour la formation des mots nouveaux qu’il regarde com
IKTllODUCTIOJtf
romanciers picards et normands. Il définit riavèhtîôil comme le bon naturel d’une imagination concevant les idées et les formes de toutes choses . pour les représenter, décrire et animer. La disposition, selon lui, est une suite et une conséquence de l’invention, et l’élocution, l’élection ou le choix des paroles. Ses définitions sont ainsi naturelles, claires et précises. Il entre ensuite dans le détail technique de la versification, prescrivant l’enlacement régulier des rimes masculines et féminines, précepte non rigoureusement suivi jusqu’alors , pour rendre, ajoute-t-il, les vers plu* propres à la musique en faveur de laquelle est née la poésie.
Pierre Delaudun- Daigalicrs , dans Y Art poétique français imprimé en 1698, cite souvent la préface de la Franciadc comme autorité : il s’appuie aussi sur l’ouvrage de Pelletier, et donne plusieurs préceptes échappés à ses prédécesseurs , notamment sur la composition de la comédie et de la tragédie. Du reste, Daigaliers n’a point écrit, dit-il, pour les savans, mais pour les écoliers; aussi s’attache-t-il à la forme plus qu’au fond/ À l’exemple des auteurs didactiques
B1ST0IUQÜ£. ït>
'qui, avant lui, avaient traité celle même matière, il invite à l’étude des Grecs et des Latins, mais en proscrivant les traductions exactes, dans la crainte de faire oublier les originaux, et il s’élève contre l’emploi des mots nouvellement pris et composés du grec et du latin, dont Ronsard et Buïf avaient fait usage. A cela près de ce petit nombre
1 cliés à retirer tous les exemplaires qu’ils ont pu rencontrer, ce recueil était de-
venu extrêmement rare. C’est probablement par cette raison que cet Art poétique n’a pas été connu comme il méritait de l’étre.
Plusieurs écrivains, postérieurs à Vauqueet travaillant sur le même sujet, n’out point fait mention de lui : cependant il est impossible de douter que Boileau n’ait eu connaissance de ses ouvrages ; il a suivi à peu près la division de son poème , et plusieurs de leurs vers sont presque identiques. Certes, c’est le plus grand éloge que l’on ; puisse faire du poème de Vauquelin ; mais il est mérité. Quoique Vauquelin ait puisé ses préceptes généraux, et même une grande partie des détails , dans MépCtre aux Pisons, il a également profité de ses prédécesseurs français, parmi lesquels il a choisi avec un discernement remarquable ce qui s’appliplus spécialement à son sujet. C’est après son exemple que Boileau fait l’histoire de la poésie depuis son origine, mais avec moins de développemens que Vauques'est étendu avec complaisance suy de chacun des poètes qui l’avaient précédé. Il donne les règles de la tragédie et de la comédie, non d’après les essais
••■agN BS B
wy.-'
ncore informes de ses contemporains, mais en suivant les préceptes d’Horace. Enfin Vauquelin de La Fresnay a établi le premier en vers, qui ne manquent pas d’élégance, les préceptes consacrés par Boileau , et dont, depuis lors, on s’est peu écarté.
Tels sont en effet les préceptes généraux que toutes les poétiques ont répétés comme à l’envi , tandis que les usages , les mœurs et meme le langage , changeant et s’épurant, apportèrent mille changemens dans des formes dont le fond était respecté. Desportes, Bertaud et Regnier lui-même, tout en faisant éprouver quelques modifications au système, et surtout au style adopté par Ronsard, respectaient encore son autorité; mais Malherbe, jaloux peut-être d’un nom qui contrebalançait le sien, employa tous ses efforts à battre en ruine cette vieille et colossale réputation qu’il parvint à remplacer par la sienne.
Il est curieux de voir les regrets et les plaintes amères, que l’oubli de ces vieilles admirations et le mépris même dans lequel leurs objets étaient tombés, arrachent à ceux qui, avançant en âge, se voient détrompés sur leurs anciennes amours. Ce spectacle se
fmmr lawHi |
'•-'JM*
iKïaomjcTioH
ÏXM.-'
reproduit à chacune des vicissitudes qu’a éprouvées notre système poétique, et nous en avons recueilli un exemple dans la critique de Cli. fontaine : ici c’est mademoiselle de Gournay, fille adoptive de Montaigne et premier éditeur de ses Essais, qui nous fournira le second.
Mademoiselle de Gournay donc, dans sa Défense de la poésie et du langage des poètes,
publiée en 1626, s’élève avec violence contre les jeunes gens qu’elle voit de toutes parts « jeter au vent les cendres de Ronsard et des poètes ses contemporains , leur grand et général refrain butte sur le langage, allégans : On ne parle plus ainsi!... » Elle s’efforce de combattre cette assertion par l’exemple de Bertaud, mort depuis trois mois (16 1 1), qui a employé dans ses poésies les mêmes termes que Ronsard. Elle considère les novateurs comme de mauvais Français , « de vouloir
détruire les plus beaux fleurons de la gloire de nos rois. » Elle invoque à ce sujet le témoignage de Montaigne, son second père ,
qui a avancé dans ses Essais, que Ronsard et Du Bellay ont élevé la poésie française au plus haut point qu’elle sera jamais. Mademoi-
HrSTORIQUF.
| selle de Gournay ajoute que c’est précisément parce que ces grands poètes, « dont les . exemples doivent être une loi inviolable, »
s’exposer à se voir passer de mode en dix jours. Elle demande enfin s’il faut suivre, en gâtant le langage, « les courtisans de l’aigrette et de la moustache relevée sur l’allégation qttil leur plaît , » plutôt que d’essayer, pour conserver la langue, de les rappeler et de s’en faire suivre.
Quoi qu’il en fut des efforts de mademoieîle de Gournay, le goût de Malherbe préalut sur celui de Ronsard quant à la forme u style seulement; car l’ancien système oétique gaulois perdit son reste de faveur, l’imitation des anciens devint plus servile
Je ne dirai qu’un mot des poétiques de ' Jllesnadière et du père Rapln , qui ne sont, iroprement parler, que des commentaires is ou moins bienfaits de la poétique d’A- ^ote, pour m’arrêter un instant sur les
'3 le
■BM
différens traités que Guillaume Colletet publia en i658 , un an avant sa mort , sous le titre à' Art poétique, dans lequel il donne en prose les règles de l’épigramme, du sonnet, des divers poèmes bucoliques et de la poésie morale, avec l’historique de chacun de ces poèmes. Ronsard est encore considéré par Colletet comme le prince des poètes français. Cependant le goût de Colletet ne manque pas de pureté; les critiques qu’il fait de quelques pièces vantées dénotent un jugement sain et indépendant; ses exemples sont bien choisis, et il fait preuve d’études nombreuses et bien ordonnées. Ce petit livre mérite d’étre lu par les personnes qui veulent prendre une connaissance exacte de notre vieille littérature.
Avant d’aller plus loin , je ne dois pas omettre de parler des tentatives nombreuses qui furent faites du moment que l’étude des poètes classiques fut prescrite , pour donner à notre poésie la forme de la poésie antique, c’est-à-dire pour mesurer les vers français par longues et brèves, à la manière des Grecs et des Latins. Parmi les poètes nombreux
est peu qui n’es*
. Ja
sayèrent pas ce nouveau mode. Jacques de la Taille composa un ouvrage ex-professo Nicolas lapin, Bdif, Daubigné composèrent des vers hexamètres, phaleuces, ïambiques,
mais sans aucun succès. La langue française n’ayant pas d’accent assez déterminé pour qu’un auteur ne prît pour longue une :tS
syllabebrève, et vice versa, cette méthode fut abandonnée : cependant Turgot, dans le '
siècle dernier, composa encore quelques vers de ce genre.
Enfin parut X Art poétique de Boileau Des iréaux ( 1674); et quoique cet ouvrage ait ;«j
lé généralement considéré comme un code 1
oétique depuis cent cinquante ans, les rè-
les qu’il prescrit ont souvent été attaquées.
reste trop universellement connu *
je croie devoir l’analyser, non plus - 1 > 7 . v . le les systèmes avancés par Desmarets de inC-Sorlin, Scuderi et Perrault, sur la comsition du poème épique et la prééminence ï modernes sur les anciens, que Boileau -meme a combattus.
Jn reproche grave , quoique ce soit le seul it-dtre qui n’ait pas été fait à Boileau, mé^
, ce me semble, de lui être adressé : c’est
HHI k
et de lé-
gerete qu il l a lait, tous les poètes français ses prédécesseurs , à l’exception de Marot.
I.a sévérité de ses éludes classiques, dans un temps où elles n’étaient pas encore vulgaires, la pureté délicate de son goût , lui ont fait dédaigner tous ces auteurs que l’on traitait de gaulois à la cour, selon l’expression connue de Louis XIV, en parlant d’Amyot. Ses jugemens sévères furent acceptés sur parole, et c’est lui qui, achevant la croisade prêchée par Malherbe, porta le dernier coup à notre vieille littérature, qu’avant lui Sarazin, Voiture et surtout La Fontaine avaient tenté faire revivre.
père UuJJxer , l’abbé Du Los, Rémond de Saint-Marc et quelques autres ont composé après Boileau, en suivant ses préceptes, et conformément à ceux d’Aristote et d’Horace, plusieurs ouvrages sur la poétique, dont je m’abstiendrai de parler dans cette rapide histoire de la poétique, puisqu’ils n’ont fait faire aucun pas à la science.
Mais vers le commencement du dix-huitième siècle, la querelle élevée par Perrault se renouvela avec une nouvelle force, à
lux mœurs de 1 antiquité , et habituée aux àdeurs de la Clélie et autres ouvrages de ce fenre. Houdart de La Motte , poète sans poésie t versificateur sans grâce, mais homme u monde et écrivain spirituel , répondit madame Dacier par la préface de son iade en vers français, poème dans lequel avait corrigé et refait Homère, enl’accomodant au goût du temps. Ce discours de l Motte et une ode qu’il publia en même nps , où il fait avouer à Homère qu’il ne •ritait pas qu’on l’élevât si haut, déchaînèit contre La Motte tout le peuple savant;
; amis prirent fait et cause pour l’un et itre partis , et une multitude de pamphlets
succédèrent pendant
ir et contre se g-temps.
)n doit être curiei
ce les motifs que taisaient valoir ces nseurs des modernes contre Homère :
prétendaient que le sujet de l’Iliade est oétique. 3
)gle
une passion et non une action .-ils s’élevaient contre le défaut de moralité du but, parce que la querelle des chefs est d’un mauvais exemple; ils trouvaient fort ridicule que des
rois préparassent eux-mêmes leurs repas, et
'ils ne mangeassent que du bœuf et du porc sur les charbons; que ces mêmes héros issent, se missent en colère et se répandissent en injures contre leurs rivaux, en se louant eùx-mêmes; ils regardaient comme une absurdité que le poète eût donné aux dieux de l’Olympe les vices et les infirmités des mortels , et ils reprenaient sa morale comme contraire aux bonnes mœurs ; enfin , suivant La Motte , Homère n’était un homme rare que par l’extravagance et le mauvais sens. Son style ne trouvait pas grâce devant ses critiques : ils le trouvaient trop simple et souvent familier; ils lui reprochaient la bassesse de ses comparaisons ; ses descriptions excitaient leur moquerie, et surtout celle du bouclier d’Achille, qui, pour contequi y est indiqué, aurait dû être dimension prodigieuse , disaient-ils.
‘ ' ' même accordée à Homère
siècles ne leur paraissait pas
plus respectable, à cause de la barbarie de ces temps, et puisqu’il chaque époque il avait eu des critiques et des détracteurs, etc.
Je ne crois pas utile de rapporter ici les motifs apologétiques que l’on fit valoir contre de semblables attaques ; je ne me suis même étendu sur la critique de ces ad* versaires de l’antiquité , que parce qu’elle donne lieu aune observation qui me paraît digne d’être consignée dans l’histoire de l’art. Les successeurs de Desmarets et de Perrault , La Motte et ses disciples ou adhé- ^ rens, ont prétendu détourner de l’étude de l’antiquité, par les motifs que nous venons de rapporter : ces critiques ont trouvé des successeurs dans le siècle dernier : ils en comptent encore aujourd’hui quant au but ; mais il est bien remarquable que les motifs que font valoir aujourd’hui les adversaires du genre dit classique sont précisément contraires à ceux qui ont dirigé les attaques de leurs prédécesseurs. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce que cette contradiction paraît offrir d’inexplicable f dans le cours de cet ouvrage.
Durant le dix-huitième siècle, Marmontel ,
tout en admirant Y Art poétique de Boileau, et Mercier, auteur du Tableau de Paris , ont appelé desjugemens de Boileau, infirmé ses préceptes et tourné sa rigide sagesse en raillerie. Mercier lui adressa des satires ainsi qu’à son ami Racine, bien digne de partager une telle haine. Parmi ces critiques, estil permis de citer Cubières Paltnezaux , qui refit l’Art poétique en quatre épîtres aux Pisons modernes?
On concluerait à tort de ces critiques partielles que Boileau perdit de son influence. - Une foule d’ouvrages didactiques de cette même époque, composés selon les préceptes de Boileau , prouveraient le contraire. Plusieurs de ces ouvrages eurent pour but de subvenir aux oublis du législateur, ou de développer les préceptes qu’il n’avait fait qu’indiquer. Le poème des Styles, attribué à Cournand (1781), celui intitulé Harmonie de la langue française , par Piis (1785), la poétique secondaire, par Chaussard, et le poème de Tropes de François de Neuf château (1817), sont de ce nombre.
Nous avons indiqué les noms des plu3 célèbres détracteurs deL-oiieau à opposer à
de Racine, Fénelon, Molière , Voltaire , et d’autres qui se sont hautement déclarés ses admirateurs. Depuis peu d’années, de nouveaux systèmes paraissent prévaloir.
La postérité jugera jusqu’à quel point ils méritent la préférence ; mon rôle d’historien fidèle s’est borné jusqu’ici à celui de narra* teur. Je vais enfin développer et faire con naître les principes admis depuis les anciens, ceux que l’on tente d’établir, enfin ceux que je crois que l’on doit admettre, en laissant à chacun son libre arbitre sur la solution d’une question qu’il n’appartient en définitive rm’nilY spntimpnc et miv ermite
a$E«»wr«