CHAPITRE XIX
TÉTRAGÈNE -
Le Tétragène, ou Micrococcus tetragenes, aété vu d'abord par Koch (1895) dans le contenu d’une caverne pulmonaire et étudié ensuite par Gaffky.
L'espèce Tétragène comporte plusieurs variétés. On a pensé tout
Fig. 144. — Tétragène.
d’abord qu’il fallait séparer le Tétragène virulent (Tetragenes septicus) des autres Tétragènes, inoffensifs pour l’animal ; mais les observations ultérieures ont montré que la plupart des variétés, bien qu’'habituellement saprophytes, peuvent être éventuellement pathogènes pour l’homme.
Le Tétragène est caractérisé surtout par sa morphologie très spéje
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ciale. Ses autres attributs, propriétés culturales, virulence, etc, sont plus contingents.
Le Micrococcus tetragenes albus est le mieux étudié.
Caractères microscopiques. — La forme type est une tétrade entourée d’une capsule (fig. 144).
Dans l'organisme (produits d’expectoration, pus, organes), cette forme type se rencontre fréquemment. Chaque élément de la tétrade est un coccus, de diamètre très variable, 1 & en moyenne, souvent aplati sur les faces d’accolement. La capsule, large, irrégulière; représente volontiers un carré à angles mousses, un peu étranglé sur les faces (aspect de ballot ficelé en croix).
A côté de la tétrade capsulée caractéristique, on trouve d’autres formes atypiques, en cocci isolés, diplocoques, triades, etc. ; la capsule n’est pas constante.
En cultures, Les formes capsulées, spécialement la télrade capsulée, ne se retrouvent que dans un milieu: le sérum liquide de lapin.
Sur tous les autres milieux, la morphologie est atypique. La capsule manque toujours. La forme en tétrade est habituelle, mais non constante; elle peut manquer complètement, faisant place à une morphologie banale : cocci isolés, ou agencés irrégulièrement, rappelant le Staphylocoque.
Coloration. — Le Télragène se colore facilement. I! prend le Gram.
Mobilité, cils, spores. — Immobile. Pas de cils. Pas despores.
Conditions générales. — Aérobie, le Tétragène pousse facilement sur les milieux habituels, à partir de 150; la température eugénésique est 370.
Bouillon. — D'abord trouble avec dépôt au fond, le milieu s'éclaircitrapidement ; dépôt abondant, visqueux; la réaction devient neltement alcaline.
Gélatine. — SUR PLAQUES. — Les colonies superficielles sont blanches, ün peu gluantes, bombées, atteignant 1 à 2 rit es. de diamètre.
l EN PIQURES. — Cullure en clou, Disque ou bouton blanc à la surface, filet blanc dans la profondeur.
- Ex srne. — Culture blanche, épaisse, gluante.
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ACTION PATHOGÈNE. 289
La gélatine n'est pas liquéfice.
Gélose inclinée. — Comme sur gélatine en strie.
Pomme de terre. — Comme sur gélatine en strie.
Lait — Non coagulé; développement peu abondant.
Anomalies. — Le Tétragène, défini surtout par son aspect microscopique, ne semble pas constiluer une espèce fixe. Les caractères fondamentaux peuvent varier: certains échantillons liquéfient la gélatine (Chauffard et Ramond) ou coagulent le lait.
Variétés. — À côté du Tetragenes albus, il existe d'autres variétés. Les plus fréquentes sont chromogènes sur les milieux solides, où elles donnent des cultures jaunes (T. aureus), jaunâ'res
(T. subflavus), rouges (T. ruber). On a même décrit une variété mobile (T. mobilis ventriculi).
Vitalité. — En cultures, le Tétragène demeure vivant pen ant plusieurs mois.
Action des sérums. — Chez l’homme infecté, on peut constater l'existence d’une agglutinine et d'une sensibilisatrice. spécifiques pour l'échantillon infectant (Sacquépée). On recherchera l'agglutinine par le procédé macroscopique.
ACTION PATHOGÈNE
Dansles conditions naturelles. — Chez l'homme, le Téiragène détermine des affections diverses: des septicémies sans locali ation (fièvre éphémère, Sacquépée); des septicémies avec pleurésie (Faisans et Le Damany), purpura (Roger et Trémolières), endocardite (Chauffard et Ramond), érythème infectieux; — ou bien des manifestations localisées: abcès dentaires, abcès froids (Boutron), angines à type spécial (angines sableuses, Dieulafoy et Apert), pieurésies purulentes (Netter), gangrène pulmonaire, etc.
Inoculation expérimentale. — Virulence. — [La virulence est très variable, tantôt nulle, tantôt considérable. La viru ence peut être exaltée par injection de tuberculine ou de cultures stérilisées de Tétragène (P. Teissier)
Les animaux les plus sensibles sont la souris blanche et lecobaye; le lapin résiste plus.
Souris. — Parinjection sous-cutanée, quelques gouttes de culture virulente provoquent la mort en un à trois jours; les microbes se
trouvent en abon lance dans les organes. Au point d’inoculation, il
Doprer et SacquéPée. — Bactériologie, 2° édit. 19
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peut n’exister aucune réaction apparente; le plus souvent on note un abcès, une escarre ou simplement de l’induration. Cobaye. — P. Teissier a montré que les effets de l'injection varient avec la virulence.
Injecté sous la peau, le microbe peu virulent détermine une
escarre sèche. Plus virulent, il provoque la formation d'un abcès
caséeux, sans réaction inflammatoire. L’injection d’un virus très actif provoque une collection séreuse ou séro-purulente; l’animal succombe tardivement avec septicémie tétragénique.
Par injection intrapéritonéale, on observe, suivant la virulence : ou bien une hyperémie légère du péritoine; ou bien un exsudat séreux ou hémorragique ; ou bien enfin une péritonite purulente généralisée avec pus visqueux et crémeux.
Lapin. — L'inoculation sous-cutanée provoque un abcès froid.
TOXINES
Les cultures, chauffées trois jours de suite pendant une heure à 60e, sont encore toxiques pour le cobaye par injection intrapéritonéale; l'injection détermine de l’ hyperthermie.
Les cultures chauffées à 115°, moins toxiques, provoquent, aucontraire, de l’hypothermie (P. Teissier).
Les cultures chauffées ne sont pas pyogènes.
SIÈGE
Le Tétragène se rencontre dans l'organisme humain:
1° A l’état normal, dans la bouche, le mucus nasal, les fèces; il s’y comporte comme un saprophyte ;
20 A l’état pathologique, dans les diverses manifestations lucales ou générales signalées plus haut. Il est en outre souvent associé à d'autres microbes pathogènes ; c'est à ée titre qu'il est très souvent présent dans les cavernes tuberculeuses du poumon.
Le diagnostic d’une infection à Tétragène ne peut être fixé qu'après constatation du microbe.
Dans les lésions lorales, il faut: 1° voir le microbe (forme particulière, résistance au Gram. Les constatations morphologiques sont 1ci de première importance); 2° le cultiver et vérifier ses caractères. Les ensemencements sur gélose donneront :acilement des colonies isolées. è
En cas d'infection générale te) on doit se contenter des
PARATÉTRAGÈNE ZOOGLÉIQUE. 291
cultures du sang. Il sera alorsulile de vérifier par la recherche des anticorps si l'infection est réelle (il pourrait s'agir de contamination accidentelle).
Dans tous les cas, le microbe isolé sera inoculé à la souris ou au cobaye, pour étudier sa virulence sur l'animal et pour essayer de retrouver dans les organes les tétrades capsulées.
L'identifi ation du microbe n’est pas toujours facile. En cultures, on peut confondre avec le Staphylocoque. 11 faut voir les capsules. On s’adressera aux inoculations; si le microbe n’est pas virulent, on culiivera en sérum liquide de lapin. |
Les autres moyens différentiels : absence de coagulation du lait, absence de liquéfaction de la gélatine, sont parfois en défaut.
PARATÉTRAGÈNE ZOOGLÉIQUE.
Étudié par Bezançon et de Jong, ce microbe paraît être identique au Tetracoccus buccalis, décrit antérieurement par Roger.
1! se présente (produits naturels et cultures) sous une forme très particulière: gros placards, formés de diplocoques petits et peu colorés, au milieu desquels tranchent, de place en place, de grosses tétrades plus colorées ; une substance homogène, comme une zooglée, unit tous les éléments. Les grosses tétrades seules prennent le Gram, non les éléments plus petits.
Cultures semblables au Tefragenes albus, mais il pousse peu sur gélatine ; il conserve sa forme typique en sérum liquide de lapin.
Saprophyte habituel des voies respiratoires.