STREPTOCOQUE
Peu virulent, le Streptocoque détermine un simple abcès, ou bien une légère rougeur érythémateuse. |
Aucune réaction enfin ne se produit avec un microbe dénué de virulence. a)
AUTRES INOCULATIONS SOUS-CUTANÉES. — Înoculé en un autre point du tissu cellulaire sous-cutané, le Streptocoque peut déterminer un abcès (sans érysipèle), une septicémie, etc.
INCCULATION INTRAVEINEUSE. — Le procédé est plus sévère que le précédent, mais il ne permet pas d'apprécier aussi facilement la virulence. L'animal meurt en un ou quelques jours. Quand la survie est sulfisante, on peut voir survenir des suppurations localisées, spécialement ‘des arthrites purulentes. Si on inocule à un lapin jeune, six à dix semaines, une dose telle que l'animal ne meure qu'après au moins huit jours, il apparaît de l’otéomyélite avec suppuration médullaire (Courmont et Jaboulay).
Lésions médullaires consécutites aux injections, — On a vu survenir des accidents médullaires en différentes circonstances : après inoculation intraveineuse, atrophie musculaire progressive (Roger) ; après inoculation sous-cutanée, dans 6 p. 100 des cas, myélite diffuse avec dégénération des cordons blancs, donnant lieu pendant la vie à des paralysies avec troubles des sphincters, dyspnée, contracture. Ces accidents, bien étudiés par Widal et Bezançon, apparaissent une à huit semaines après l’inoculation ct tuent en quelques jours.
. Sovris. — C'est, après le lapin, l'animal le plus sensible, mais les lésions produites sont moins nettes. Un Streptocoque virulent tue par septicémie. Chose curieuse, le Streptocoque de l'éFysipèle
est généralement — pas toujours — dénué de virulence ‘pour la souris (Lingelsheim). | Cobaye. — Peu sensible, le cobaye réagit seulement à l’inocu-
lation de Streptocoques très virulents (abcès, péritonite, septicémie, suivant la voie d’inoculation).
Rat blarc, chien. — Ils sont réfractaires.
Cheval, âne. — Relativement à leur poids, ces espèces sont très sensibles. D'ailleurs le Streptocoque attaque souvent le cheval dans les conditions naturelles. La sensibilité du cheval et de l'âne est
surtout importante à connaîlre en vue des applications sérothérapiques.
TOXINES
La toxine streptococcique n’est pas très active. : |. Chantemesse, puis Manfredi et Traversa ont reconnu que les cultures. stérilisées par chauffage ou filtration sont encore { s <\- . . > Î 4 à d. : & hs Hi
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toxiques; elles déterminent des parésies et un peu d'hyperthermie.
IL. Roger cultive sur bouillie de viande neutralisée, sous l'huile : après quinze jours, le produit est exprimé et filtré sur bougie : le filtrat est toxique pour le lapin, à la dose de 13 à 20 centimètres cubes par kilogramme d'animal. A dose plus faible, ce filtrat est prédisposant, c’est-à-dire qu'il diminue la résistance de l'animal. Chauffé à 110°, il n'est plus toxique et se montre au contraire vaccinant.
HT. Marmorek (1895) obtient une toxine qui tue le lapin à dose de Cce,5: culture sur bouillon-sérum, filtration après trois mois.
IV. Le même auteur (1902) indique une nouvelle méthode ; on cultive d'abord le Streptocoque dans un mélange de sérum et de leucocytes provenant de cobayes traités au préalable par le sérum spécifique et, par conséquent, très réfractaires à l’action du Streptocoque. Pour obtenir les leucocytes, on injecte du bouillon dans le péritoine, et on recueille l’exsudat vingt-quatre heures après. De ce premier milieu, le microbe est réensemencé dans un bouillon renfermant 10 p. 100 de chacune des deux solutions suivantes, faites dans le bouillon à 600 et filtrées : *
En ensemençant dans ce milieu un Streptocoque très virulent, le filtrat se montre toxique dès le huitième jour, à la dose de Occ,25 à pce,5. Le principe toxique est détruit par chauffage à 70°.
Cette .toxine est utilisée pour préparation d’un sérum.
V. Bonome et Bombici ont obtenu une endotoxine en traitant les corps microbiens par la potasse à 7,5 p. 1 000, filtrant et précipitant par l’acide acélique à 1 p. 100 ; le précipité serait toxique.
Streptocolysine. — La plupart des Streptocoques sécrètent une hémolysine, étudiée spécialement par Besredka, Braun, Mac Leod, ec. L'hémolyse se produit même sur l’animal inoculé (sang dissous, Marmorek). Elle est facilement visible sur les cultures dans le sang gélosé (p. 275). L'hémolysine existe dans les milieux liquides. Besredka préconise de cultiver dans un mélange à parties égales de bouillon et de sérum de cheval; on filtre après vingt-quatre heures d'incubation. Le filtrat est hémolytique; 1 centimètre cube de filtrat hémolyse G€&,5 d'une émulsion de globules rouges de lapin à 5 p. 100, en quinze à cinquante minutes. L'hémolysine dissout les globules de l’homme, du lapin, de la souris, du cobaye. Elle persiste peu dans les milieux de culture, rarement au delà de cinq jours. Elle est assez résistante à la chaleur, n’est guère modifiée par EXpo-
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sition à 65° pendant trente minutes. Certains sérums normaux (homme, lapin) renferment une antistreptocolysine.
SIÈGE
Chez l'homme. — Le Streptocoque fait partie de la flore normale des muqueuses externes. Constant dans la bouche, sur et dans l’'amygdale (Widal et Bezançon). il est souvent présent dans Le larynx, sur les grosses bronches (von Besser), dans les fosses nasales et le rhino-pharynx.
On trouve en outre le Streptocoque habituellement dans l'estomac et l'intestin, plus rarement dans le vagin (Widal, Winter), dans l’urètre, sur la peau.
A l’état pathologique, le Streptocoque se rencontre dans les diverses lésions que nous avons signalées (p. 277).
Chez l'animal. — L'expansion du Streptocoque est mal connue. Il existe tout au moins à l’état normal dans le tube digestif de la plupart des espèces animales, vache, cheval, etc.
Dans les milieux extérieurs.— Eisenberg a décelé le Streptocoque dans l’air des salles d'hôpital, mais il y persiste peu.
Il existe souvent dans les eaux souillées provenant sans doute des excreta ; c’est un hôte normal des eaux d’égout (Houston).
Le diagnostic ne peut être porté qu'après constatation du microbe.
Recherche du microbe. — Nous envisagerons seulement la recherche dans l'organisme.
Examen direct. — Sur les exsudats, le pus, etc., on pratiquera
des examens directs avec coloration au Gram. La présence de cocci en chaînettes, non capsulés, prenant le Gram, est caractéristique.
Il faut ensuite isoler le microbe en cultures. |
Isolemest. — Les ensemencements de pus, sérosités purulentes, seront faits de préférence sur milieux solides, gélose ou gélosesérum, par étalement à la surface. Pour l’érysipèle, piquer le bourrelet et ensemencer le sang.
L'ensemencement des fausses membranes sera pratiqué sur sérum coagulé (milieu qui est en même temps indiqué pour recherche du Bacille diphtérique).
On ensemencera le sang suivant les méthodes indiquées plus loin pour l’hémoculture ; il y a généralement hémolyse quand la culture
a bien poussé,
SÉROTHÉRAPIE. 283
Identification. — Sur les colonies isolées, on vérifiera les caractères du Streptocoque (morphologie, cultures). IL est souvent utile de contrôler la virulence expérimentale; dans ce but, inoculer 1 à 2 centimètres cubes de culture de quarante-huit heures en bouillon-sérum à la base de l'oreille du lapin.
Observations. — La présence du Streptocoque signifie infection streptococcique, lorsque l'expertise porte sur un organe ou un tissu normalement exempt de Streptocoques: suppurations de toutes régions, septicémies, etc. Même en pareil cas, il est toujours indispensable de s'assurer si le Streptocoque est pur, ou s’il est associé à d’autres microbes.
La constatation du Streptocoque dans les produits venant de la gorge (angines) et de toutes les régions normalement habitées par
lui ne suffit pas à caractériser une infection streptococcique. En attendant de meilleurs critériums, on ne portera ce diagnostic que si le Streptocoque est très abondant, aussi bien dans les examens directs que dans les cultures.
VACCINATION
a. La préparation des sérums thérapeutiques oblige à vacciner les animaux (cheval) par des méthodes diverses, que nous étudierons avec la sérothérapie.
b. Roger a pu vacciner le lapin à l’aide de sa toxine vaccinante (V.p. 281): Marmorek vaccine le même animal en inoculant des cultures vivantes, cultures anciennes d’abord, puis cultures de plus en plus virulentes. Mironoff, puis Gromakowski inoculent d'abord des cultures stérilisées, puis des cultures vivantes.
c. Chez l’homme, Gabritchewsky a tenté de vacciner des enfants contre la scarlatine en inoculant des cultures stérilisées par la chaleur. La conception et les résultats sont problématiques.
d. On a également tenté de vacciner préventivement les blessés de guerre contre l'infection streptococcique (Wright, Levaditi, etc.). Le vaccin était obtenu par l’action de la chaleur, de l’éther et du chloroforme, etc. Les résultats enregistrés sont assez encourageants.
e. On peut conférer à l'animal l’immunité passive, en utilisant les propriétés préventives des sérums, dont nous allons parler.
SÉROTHÉRAPIE.
Il existe un grand nombre de sérums antistreptococciques, préparés suivant des méthodes assez diverses, ce qui suffit à montrer qu’on n’a pas encore trouvé la bonne formule de préparation.
La querelle des unicistes et des pluralistes a eu son retentissement dans les tentatives de sérothérapie. Les unicistes ont préparé d’abord un sérum monovalent avec un Streptocoque humain de virulence très exaltée; mais, depuis, Marmorek et Aronson paraissent avoir renoncé au sérum mono-
284 STREPTOCOQUE.
valent. De même que les pluralistes, ils préparent le sérum en immunisant (au moins en partie) les animaux avec plusieurs échantillons de Streptocoques, inoculés pour ainsi dire à l'état naturel, tels qu'ils sont fournis par les lésions humaines, sans passage par les animaux de laboratoire. Charrin et Roger ont, les premiers, obtenu un sérum thérapeutique, par immunisation du mulet avec la toxine de Roger. 30 Là Depuis lors, tous les sérums ont été préparés par injection de microbes vivants ; Marmorek (deuxième sérum) injecte en même temps sa toxine.
Premier sérum de Marmorek. — Ün part d'un Streptocoque à virulence exaltée (p. 281), proverant d'une angine à fausse membrane. On inocule au cheval, sous la peau, d’abord de faibles doses (4 centimètre cube en moyenne) de culture en bouillon-sérum ; l’animal réagit fortement (fièvre, æœdème local). Quand il est rétabli, on injecte une dose plus forte, et ainsi de suite : après huit à douze mois de traitement, on arrive à inoculer sans accidents des doses énormes, 50 à 100 centimètres cubes. On attend vingt-quatre jours après la dernière inoculation (pour permettre l'élimination du microbe et des toxines) avant de faire la saignée. , “
Le sérum ainsi obtenu n'est pas bactéricide; par contre, il est nettement préventif : administrés vingt-quatre heures avant l’inoculation d'épreuve, 2 centimètres cubes de sérum prémunisent le lapin contre l'injection d’une dose de Streptocoque dix fois mortelle. Mais le pouvoir curatif est limité: si on inocule la même dose dix fois mortelle, on peut encore sauver l’animal en administrant, six heures après, 5 centimètres cubes de sérum; au delà, le sérum échoue.
Deuxième sérum de Marmorek. — Depuis 1895, Marmorek paraît avoir renoncé au sérum monovalent. Le nouveau sérum est un mélange de deux sérums préparés différemment: l’un provient de chevaux inoculés avec la toxine, indiquée plus haut ; l’autre est obtenu par inoculation de cultures de Streptocoques de toutes provenances (42 échantillons). Ce nouveau sérum est donc polyvalent.
Sérum de Besredka (sérum de l'Institut Pasteur de Paris). — Le sérum est polyvalent. On inocule dans lés veines du cheval des émulsions de culture sur gélose-sérum (gélose arrosée de sérum) ; à chaque injection, on introduit dix Streptocoques différents, dont neuf de provenance humaine et un exalté par passages successi's sur la souris et le lapin ; ce dernier, sorte de témoin, sert au dosage de l’activité du sérum, les autres Streptocoques étant peu pathogènes pour les animaux de laboratoire. Chaque injection provoque ure élévation thermique (plus de 40°), disparue en quarante-huit heures.
Le sérum est expérimentalement curatif et préventif. Pouvoir curatif; on inocule à la souris une dose dix fois mortelle ; vingt
SÉROTHÉRAPIE. 285
quatre heures après, il suffit, pour la sauver, d’injecter dans le péritoine Occ,001 de sérum. Le pouvoir préventif est manifeste avec une dose de sérum dix fois moindre.
Autres sérums. — Le sérum d'Aronson est préparé comme le sérum de Besredka (un virus exalté mélangé à des virus non exaltés). Tavel, Menzer emploient exclusivement des virus non exaltés. Denys inocule plusieurs échantillons de virulence exaltée.
Résultats thérapeutiques. — Il est très difficile d'apprécier les résultats obtenus avec les divers sérums antistreptococciques, parce que, l’érysipèle mis à part, les infections streptococciques sont de gravité très variable. Dans l’infection puerpérale, qui est le plus souvent (pas toujours) due au seul Streptocoque, la plupart des accoucheurs (Budin, Charpentier, ete.) n’ont tiré aucun bénéfice du sérum de Marmorek ; Pinard le considère, par contre, comme un adjuvant très précieux. Il ne semble pas en être de même dans les septicémies chirurgicales. La plupart des sérums préparés dans ces dernières années ne semblent d’ailleurs pas avoir fait l’objet de recherches cliniques régulièrement suivies.
Sérum antiscarlatineux. — Nous avons signalé la conception de Moser: la scarlatine serait provoquée par un Streptocoque spécifique. Imbu de cette idée, Moser prépare un sérum antiscarlatineux par inoculation de plusieurs races de Streptocoques provenant de scarlatineux.
Le sérum de Moser a été employé largement, souvent avec succés. Escherich annonce une mortalité de 6,70 p. 1 000 chez les malades traités, contre 16,41 chez les non traités; Bokay, Schick et bien d’autres ont obtenu également des résultats encourageants. Par contre, Moltchanoff, Bilik dénient au sérum de Moser toute efficacité. Celte discordance de vues démontre que le sérum n’est pas spécifique, ce qui était d’ailleurs certain; mais on peut comprendre, d'autre part, qu’un sérum antistreptococcique polyvalent puisse avoir quelque utilité dans une maladie qui s'accompagne communément d'infections à Streptocoques dans ses formes graves.
STREPTOCOQUES D'ORIGINE ANIMALE.
Streptocoque de la mammite streptococcique de la vache. — Ce microbe, décrit par Nocard et Mollereau, présente la morphologie et les caractères de culture du Streptocoque type. Il en diffère par ses réactions colorantes et ses aptitudes pathogènes: il se décolore incomplètement par le Gram; il n’est pas pathogène pour les animaux de laboratoire; inoculé dans la mamelle de la vache ou de la chèvre, il reproduit la mammite spécifique,
Streptocoque de l’anasarque du cheval. — Identique en tous points au Streptocoque exalté de Marmorek (Lignières). L’affection est traitée avec succès par le sérum de Marmorek, qui réduit de trois quarts la mortalité.
Streptocoque de la gourme (cheval — Décrit par Schütz, le
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St. equi présenteles caractères morphologiques et culturaux du Streptocoque type ; les cultures sur sérum coagulé sont cependant plus abondantes.
Le Streptocoque de la gourme pousse dans les filtrats du Streptocoque type (Marmorek); inversement, le Streptocoque ordinaire pousse dans les filtrats du S£. equi (Pricolo).
La souris est très réceptive. Un virus très actif tue par septicémie ; un virus moins actif produit un abcès local avec infection lymphatique (adénite) et abcès à distance.
Le lapin est également sensible; le cobaye, beaucoup moins.
L'inoculation au cheval provoque des lésions gourmeuses : abcès (inoculation sous-cutanée), localisations diverses (inoculation intranasale), etc. L’âne et le mulet sont moins réceptifs (Voy. plus haut, p. 270, IV, l’action des sérums antistreptococciques).