CARACTÈRES COMMUNS A TOUS LES MÉNINGOCOQUES
MORPHOLOGIE
Aspect microscopique. — Les Méningocoques doivent être étudiés dans les produits pathologiques et les cultures: |
Dans le pus céphalo-rachidien recueilli pendant la vie ou sur le cadavre, ils se présentent sous la forme de cocci isolés sphériques, ou bien sous l’aspect de diplocoque;, dont chaque é ément revêtant la forme d’un grain de café est aplati sur la face qui regarde l’élément opposé. Parfois ils se disposent en tétrades, mais jamais en caainettes.
Les Méningocoques se trouvent le plussouvent inclus dans les éléments cellulaires (fig. 150). Geux-ci peuvent, en certains cas, en être littéralement bourrés, et l'aspect microscopique des préparations rappelle trait pour trait celui des lames de pus blennorragique. En général cependant, ils ne sont pas très nombreux, et, contrairement aux figures des classiques qui les montrent en grande abon-
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dance, c'est à peine si, dans un champ de préparation, on peut déceler un ou deux giobules pyoïdes contenant deux à {rois éléments microbiens; souvent, même, on est obligé de parcourir plusieurs champs avant d’en trouver de semblables,
Dans les cellules de pus, ces cocci sont parfois entourés d'une auréole incolore ; ce n'est pas une capsule, mais simplement une auréole de digestion due à la phagocytose.
Dans un certain nombre de cas, ils sont perceptibles non seule-
Fig. 150. — Liquide céphalo-rachidien dans la méningite cérébro-spinale méningococcique (coloration par le Gram et fuchsine diluée). Leucocytes pyoïdes. Méningoccques intracellulaires n'ayant pas pris le Gram.
ment dans l'intérieur de globules de pus, mais encore dans leur intervalle; parfois même (il s’agit alors le plus souvent de cas graves), ils sont exclusivement extracellulaires (fig. 151).
Dans le mucus rhino-pharynyé, on observe les mêmes particularités concernant l'aspect morphologique et la situation intracellulaire.
Dans les cultures de première génération, obtenues par l’ensemencement direct du liquide céphalo-rachidien, les Méningocoques présentent, dans la même colonie, des variations morphologiques importantes. À côté de cocci isolés, de diplocoques et de tétrades assez nombreux, présentant des dimensions moyennes, il existe de
316 MÉNINGOCOQUE.
Fig. 151, — Liquide céphalo-rachidien de méningite cérébro-spinale grave (germes du type B exiracellulaires).
Fig. 152. — Méningocoque. Culture sur gélose-ascite âgée de vingt-quatre heurs, nn k Première génération.
véritables formes géantes (fig. 152), attribuées à des formes d’involution et retenant la coloration plus fortement que les précédentes.
Les cultures ayant subi plusieurs passages deviennent plus résistantes ; Les cocci, diplocoque;, etc., présentent alors des dimensions plus égales entre elles.
Colorabilité. — Les Méningocoques se colorent bien par toutes les couleurs d’aniline ; le bleu phéniqué, la thionine phéniquée sont les colorants de choix, surtout dans les produits pathologiques. Ils ne prennent pas le Gram. Les auteurs qui ont émis un avis opposé ne se sont certainement pas trouvés en face de Méningocoques, qu'ils ont confondus avec le Diplococcus crassus (Pseudo-Méningocoque de Jaeger).
Aérobies stricts,"les Méningocoques éprouvent certaines difficultés à cultiver dans les milieux artificiels, surtout quand ils sont récemment issus de l’organisme. Ils exigent, au moins dars les premières générations, des milieux additionnés d’albumine, et de préférence d’albumine humaine. On emploie dans ce but le sérum de bœuf, de mouton, mais de préférence le liquide d’ascite ou de pleurésie. Après plusieurs passages, ils s’acclimatent assez aisément aux milieux usuels.
La température optima de culture est de 38°; ils ne commencent à pousser qu’à 31°; à moins de 24° ils meurent ; il en est de même à 410, température cependant très voisine de Ia température optima. Les conditions de culture de ces germes sont donc très restreintes.
Bouillon-ascite. — En bouillon-ascite (3 parties de bouillon ordinaire pour 1 partie d’ascite), ils ne commencent à troubler le milieu que vers le cinquième ou sixième jour ; à la surface, se forme un voile mince, fragile, qui tombe au fond du tube.
En bouillon ordinaire, les cultures acclimatées présentent les mêmes caractères.
Bouillon à l’œuf (Besredka et Jupille). — Dans ce milieu les cultures sont riches et abondantes; le trouble obtenu est rapide (vingt-quatre à quarante-huit heures); de plus la vitalité du g'rme se conserve durant cinquante à soixante jours.
Bouillon Martin glucosé (M. Nicolle, Debains et Jouan). — Culture abondante rappelant, au bout de vingt-quatre heures, les cultures de Bacille typhique de même âge en bouillon Martin. Le développement s’y continue pendant six jours et la vie du microbe persiste durant deux semaines. On le prépare de la façon suivante :
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318 MÉNINGOCOQUE.
Faire digérer pendant sept à huit heures à 500 des esfomacs de porc. dégraissés et hachés, comme pour la préparation du bouillon Martin. L'eau est d'abord portée à 55°, on ajoute ensuite, par litre, 10 centimètres . cubes d'HCI pur et, en agitant, 300 grammes de hachis d'estomac. Régler la température à 50°. Après sept à huit heures, monter jusqu’à 80-900, pour détruire la pepsine et arrêter la digestion. La peptone ainsi obtenue se conserve pendant plusieurs semaines. AO
Pour fabriquer le milieu, rendre la peptone légèrement alcaline; préci- . piter à 1200. s'iltrer sur papier mouillé; ajouter 2 grammes de glucose; stiriiiser vers 112 à 1150.
Gélose-ascite (gélose à 3 p. 100: 3 parties; ascite: 1 parlie). — Les colonies isolées sont rondes, un peu surélevées, et mesurent, au bout de vingt-quatre heures, 1 à 2 millimètres de diamètre: elles présentent une teinte grisâtre et sont presque transparentes ; vers le troisième jour, elles sont plus opaques, et leur centre est foncé.
D’après Papin, Gaudin et Stévenin, les colonies présenteraient un aspect caractéristique dû à la présence en leur centre d’un fin poinlillé qui, d’abord discret, augmente progressivement pour se montrer constitué au bout de quarante-huit heures par une série de petits traits noirs. Des recherches de contrôle montrent que ce pointillé n'est pas spécial aux colonies de Méningocoques. |
Une parcelle de ces colonies transportée dans une goutte d'eau s'émulsionne facilement, et d'une façon homogène (caractère qui les distingue des colonies de certains pseudo-Méningocoques).
Quand les colonies sont confluentes, elles forment une strie assez abondante, grisâtre, sans caractère spécifique.
En gélose-sang (Bezançon et Griffon), elles présentent un aspect identique.
Gélose au placenta (Kutscher). — On la prépare comme suit:
On prépare 1 litre de bouillon en faisant macérer du placenta coupé en morceaux (500 grammes pour 1 litre d’eau). On ajoute: |
GÉIOSE 458. a AS RE CT M NES 2,5 p. 100 DOMAINE TUE ci PSS SR ETES 0,5 Glucose ist NS 1 CRE ee ARR RE 4 —— Peptone:s" AREA REY LT 4 eos CRE 2 —
À 3 volumes de cette g'lose légèrement alcalinisée et stérilisée, on ajoute 1 volume de sérum de bœuf chauffé à 60° pendantune heure quatre jours de geuite. |
Gélose-albumine d'œuf (Sacquépée et Delater).
19 Verser 2 blancs d'œuf dans un verre à pied gradué. En agilant constamment, ajouter petit à petit 3 fois leur volume d’eau disti/lée. Une
PROPRIÉTES BIOLOGIQUES. 319
fois le mélange obtenu, alcaliniser (0,5 centimètre cube de soude à 1/10 pour 100 centimètres cubes du mélange). Porter à l’autoclave à 115° pendant quinze minutes (2 blancs d'œuf donnent 200 à 210 centimètres cubes de solution).
Le blanc d'œuf ainsi traité ne précipite plus en présence de la gélose ordinaire, à condition que ce dernier milieu soit suffisamment al'alin. Éviter un excès de soude qui serait nuisible. Opérer alors de la façon suivante:
29 Préparer la gélose comme à l'ordinaire, mais à 3 p. 100.
3° Mélanger la solution de blanc d'œuf et la gélose à raison de { partie
de blanc d'œuf pour 5 de gélose.
49 Répartir; stériliser à 1129 pendant quinze minutes.
Gélose Martin-sérum (formolé). — M. Nicolle, Debains et Jouan utilisent pour l'isolement le mélange suivant:
A 500 centimètres cubes de sérum de cheval, ajouter 1 centimètre cube de formol du commerce. Mélanger. Après quelque: instants, verser À centimètre cube d'ammoniaque pour neutraliser la formaldéhyde.
Étendre de 2 parties d’eau distillée.
Stériliser à l’autoclave à 110° pendant quinze minutes.
Mélanger ce liquide à de la gélose Martin (sérum formolé : 1/3 ; gélose Martin : 2/3).
Gélose T (p.295). — Bon milieu où les Méningocoques poussent abondamment.
Sérum coagulé. — Colonies petites, plus opaques que sur gélose-ascite, assez adhérentes au milieu.
Gélatine. — Les Méningocoques ne poussent pas sur gélatine, puisqu'ils ne commencent à pulluler qu'à une température de 31°.
Pomme de terre. — Ils poussent à peine sur pomme de terre en formant un minime enduit grisâtre.
Lait. — Le lait n’est pas coagulé.
PROPKIÉTÉS BIOLOGIQUES.
Vitalité. — Résistance: aux agents physiques. — Les Méningocoques offrent une résistance très minime à l’influsnce nocive des milieux extérieurs.
Dans les cultures, ils sont très sensibles à la chaleur, au froid, à la dessiccation, à la lumière.
Ils succombent en deux minutes à 800, en cinq minutes à 70°, en dix minutes à 600, Les basses températures leur sont aussi funestes: à La température du laboratoire, ils périssent en deux à trois jours. Pour les conserver, il faut laisser les cultures à 37, en tubes capu-
chonnés pour éviter la dessiccation; dans ces conditions, les Ménin-
tal dr. 2 e-
320 MÉNINGOCOQUE.
gocoques peuvent rester vivants pendant quinze à vingtjours quand ils sont acclimatés aux milieux artificiels ; sinon ils succombent en trois à quatre jours, même dans les milieux très nutrilifs. -
Ils ne résistent que quatre à cinq jours à la glacière.
La dessiccation leur est funeste: exposés sur des étoffes ou du
papier-filtre, les Méningocoques ne vivent pas plus de six heures à
310, douze heures à 150.
On ne possède que peu de notions sur leur résistance dans les produits muqueux rhino-pharyngés : il est fort vraisemblable qu’elle est moins faible, car les germes sont protégés contre les influences extérieures, notamment la dessiccalion, par la gangue albuminoïde dans laquelle ils sont contenus. Néanmoïinsles faits épidémiologiques montrentqu'’elle est encore minime et n’excède pas quarante-huit à soixante-douze heures.
Résistance aux agents chimiques. — D'une façon générale, les
Méningocoques offrent peu de résistance aux antiseptiques. L’acide sulfurique à 1 p. 100, le sublimé à 1 p. 1000 et les autres antiseptiques usuels en ont rapidement raison. Il en est de même quand on les soumet à l’action des vapeurs de certaines essences: essence d'eucalyptus, de thym, de bergamote, d’origan ; de même pour l'éther, l'acide phénique, le goménol, le xylol, l’iode. Mais ils résistent davantage quand ils sont inclus dans des produits muqueux. j :
Fermentations sucrées. — L'action fermentative des Méningocoques sur les sucres est importante à connaître, car elle permet de les différencier des germes similaires, avec lesquels ils ont été longtemps confondus.
À quelque type qu'ils appartiennent (A, B, C, ou D), ils font en effet fermenter la glucose et la maltose, mais lt les autres as notamment la lévulose (fig. 161, 162, 163).
On s’en rend compte par ve ne en milieux sucrés tournesolés et au neutral-roth (page 138).