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CHAPITRE XXVII

BACTÉRIDIE CHARBONNEUSE

La bactéridie charbonneuse a été découverte par Rayer et Davaine en 1850 dans le sang de mouton mort du charbon.

Pollender retrouve en 1855 ce même agent figuré dans le sang de vaches charbonneuses. En 1855, Brauell, en face de ce même germe, le confond avec les germes de la putréfaction. En 1860, Delafond le différencie de ces derniers, mais n'ose affirmer qu'il est spécifique de la maladie charbonneuse.

En 1863, Davaine reprend les faits qu’il avait déjà constatés treize ans auparavant, affirme la constance des bâtonnets en question dans le sang de tout animal atteint de charbon. Frappé des analogies existant entre ces corps et les vibrions mis en évidence par Pasteur dans la production de la fermentation butyrique et s'appuyant sur les résultats de l'expérimentation, il affirme son rôle spécifique dans l’étiologie du charbon; il le Laptise « bactéridie charbonneuse ».

En 1876, Koch en fait l’histoire naturelle, l’obtient en culture en sérum sanguin et dans l'humeur aqueuse du bœuf; il étudie son développement et décrit les spores charbonneuses, les conditions de leur production.

Enfin, Pasteur et ses élèves Joubert, Roux et Chamberland, prouvent le pouvoir pathogène spécifique de la bactéridie en reproduisant, chez l’animal inoculé avec les cultures, l'infection charbonneuse. Ils font connaîtie ensuite les points essentiels de l’étiologie du charbon. Toute cette belle série de travaux devait aboutir à sa prophylaxie par les vaccinations basées sur le grand principe de l’atténuation des virus.

MORPHOLOGIE

Aspect microscopique.— Dans l'organisme.— On découvre la bactéridie charbonneuse dans le sang et les viscères. Examiné à l'état frais, le sang montre des bâtonnets rectilignes, flexibles et immobiles, longs de 5 à 6 u sur 1 y, 5 de largeur : ils sont isolés, ou groupés en chaînettes formées de deux à trois éléments semblables, séparés par un intervalle souvent imperceptible, ce qui leur donne l’apparence d’un long filament continu. Enfin, autour de chaque bâtonnet, une zone claire est décelable, constituant comme une capsule.

A l'état sec aprés coloration, ces bâtonnets présentent le même

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aspect général, mais leurs extrémités sont coupées net (fig. 178); cependant de forts grossissements montrent que la coupure est en réalité sinueuse. Ce détail permettrait de ne pas confondre la bactéridie charbonneuse avec des germes similaires. Enfin, en certains cas, les extrémités de la bactéridie sont un peu renflées ; quand plusieurs d’entre elles sont situées bout à bout, leur ensemble figure assez bien une tige de bambou.

Dans l'organisme, la bactéridie charbonneuse ne forme jamais

Fig. 178. — Sang de lapin charbonneux (coloration par le Gram composé). 8 8 j! l

de spores. Observée dans l'humeur aqueuse, en goutle suspendue, elle se reproduit nettement par scissiparité.

Dans les cultures. — Dans les milieux de cultures, liquides de préférence, la bacléridie charbonneuse prend l'aspebl de longs filaments, flexueux, onduleux, enchevêtrés les uns dans les autres. ls sont immobiles. Une fois colorés, ils sont en réalité constitués par de véritables chaines de bâtonnets placés bout à bout, tous égaux les uns aux autres, un peu plus courts que dans l'organisme, séparés par une cloison transversale.

Dans les cullures, et dans les conditions qui seront envisagées plus loin, la bacléridie done naissance à des spores (fig. 179).

MORPHOLOGIE. | 394

Coloration. — Toutes les couleurs d’aniline conviennent pour la coloration de la bactéridie. La thionine phéniquée, le violet de gentiane, la fuchsine de Ziehl sont les plus employés. Elle prend nellement le Gram.

Les capsules se colorent aisément par les procédés utilisés à cet effet, notamment par le violet ou la fuchsine acétisés.

Spores. — Gonditions d2: la sporulation. — Les spores ne se forment que si la bactéridie se trouve en contact avec l'oxygène

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Fig. 179, — Bactéridie charbonneuse sporulée. Coloration des spores.

libre. En son absence, ou en présence d'oxygène combiné (hémoglobine oxygénée), elles ne peuvent prendre naissance. Aussi n’en décou\re-t-on pas dans les bactéries observées sur le vivant; elles ne se produisent pas davantage sur le cadavre, car les bactéries anaérobies de la putré‘action absorbent l'oxygène; mais, dès que le cadavre est ouvert, l’air y pénètre et la sporulation s’effeclue.

Dans les cultures, au contraire, ou dans les produits pathologiques répandus au dehors du vivant ou du cadavre (urines sanglantes par exemple), les spores ne tardent pas à apparaitre.

Enfin le produit contenant les bactéries doit être maintenu entre 189 et 410,5. À 420, les spores ne se forment plus. Buchner a obtenu

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rapidement la sporulation en cultivant la bactéridie sur gélose sans peptone (gélose de Buchner).

La spore charbonneuse se montre sous l'aspect de grains ovoïdes réfringents, occupant l’intérieur des bâtonnets sans les déformer.

Dans les cultures un peu âgées, la spore devient libre par suite de la désagrégation du bâtonnet, qui a présenté préalablement des formes involulives en massue, poire, boule, etc. La spore ne: change d'aspect que si elle est (ransportée dans un milieu nutritif neuf, en présence d'oxygène libre. Après trois à quatre heures, elle commence à germer : autour de la spore se forme une auréole claire, hyaline; puis la masse centrale s’allonge pour devenir bâ. tonnet. Chaque élément bactéridien ne produit qu'une spore.

Coloration des spores. — Les spores charbonneuses se colorent par les procédés généraux de coloration de ces organismes spéciaux (fig. 179).

Cultures asporogènes. — Certaines conditions imposées aux cultures permettent d'obtenir des bactéridies asporulées, perdant l'habitude de former des spores, et se mullipliant uniquement par scissiparité.

On connait ainsi le procédé de Roux, qui additionne des tubes de bouillon d'acide phénique en quantité telle que le développement de la bactéridie puisse s'effectuer. Le plus souvent, la culture est asporogène. Réensemencée en milieux neufs ordinaires, elle est définitivement asporogène.

Le procédé de Roux et Chamberland, au bichromate de potasse, donne des résultats moins constants.

Pasteur avait observé le fait dans les vieilles culture; en gélatine.

Phisalix, en cullivant la bactéridie en sacs de collodion dans le péritoine du chien, a obtenu une même variété sans spores, mais les bactéridies étaient courtes, ovoïdes, présentant beaucoup d’analogie avec des cocci.

La bactéridie charbonneuse pousse facilement dans tous les milieux usuels. Sur certains d’entre eux, elle donne un aspect caractéristique.

Le développement ne s'effectue qu'en présence de l'oxygène; c'est donc un microbe aérobie vrai. L’oxygène tue les bâtonnets, mais respecte les spores. La multiplication commence à 240 et se termine à #49. La température optima égale 350 à 37,

Bouillon ordinaire. — Au bout de vingt-quatre heures, des flocons blancs se forment à la surface du liquide et contre les

parois du tube. Entre eux le bouillon reste limpide. Après quelques jours, ils tombentau fond, oùils constituent un sédiment blanchâtre qui, après la désagrégation des bâtonnets, n'est plus constitué que par des spores.

Gélatine. — Golonies isolées. — À la température de 200, déjà après vingt-quatre heures, apparaissent de petites colonies blanc grisâtre, qui, vues au microscope, sont granuleuses, de teinte ; jaunâtre, à bords sinueux, Après trente-six heures environ, elles sont plus développées et ressemblent à un peloton de fil mmélé. Après trois à quatre jours, l'aspect change encore : elles figurent assez bien un amas de filaments ondulés ou de cheveux bouclés, Puis la gélatine se liquéfie sur leur pourtour; ces colonies commencent à se désagréger et ne sont plus représentées que par des flocons nageant dans le liquide formé. Fig. 180. — Aspect microscopique d'une colonie jeune

se 2 sur gélatine (Macé),

En piqûre. — En 2 vingt-quatre à trente-six heures, on perçoit, au niveau du trait d'ensemencement, une ligne blanchâtre sur laquelle, au bout du deuxième jour, s’insèrent perpendiculairement des filaments très ténus, d'aspect duveteux (fig. 181). Ces filaments grandissent et envahissent progressivement toute l'épaisseur du milieu. À la surface se développe et s'étale une colonie blanchâtre sans caractère spécial.

Puis, vers le dixième jour, la partie supérieure de la gélatine se liquéfie ; la liquéfaction envahit peu à peu la profondeur, et, dans la gélatine liquéfiée, nagent des flocons blanchâtres, qui viennent se sédimenter au fond du tube.

Gélose. — Culture peu caractéristique. En surface inclinée, se développe en vingt-quatre heures une strie assez épaisse, devenant plus étendue, plus sèche et friable, avec des bords dentelés.

Sérum coagulé.— La strie est blanchâtre et liquéfie le milieu; des flocons enchevêtrés prennent naissance, se sédimentantensuite.

39% BACTÉRIDIE CHARBONNEUSE,

Pomme de terre. — Enduit blanchâtre, épais, opaque, devenant brunâtre dans la suite.

Lait. — Dans les tubes, une coagulation énergique s'effectue

vers le deuxième ou troisième jour; le liquide surnageant, clair, incolore, est très alcalin. |

En ballon, après quelques jours d'étuve, le milieu est limpide et devient jaunâlre; pas de coagulation, mais les matières grasses se réunissent à la surface, surnageant au-dessus du pelitlait.

Ces différences tiennent, d’après H. Roger, à ce qu'en présence d'une plus grande quantité d'oxygène dans les ballons, un ferment spécial consommerait la caséine avant que la coagulation ait le temps de se produire. ‘

Humeur aqueuse. — Dans l'humeur aqueuse, très pauvre en matériaux nutritifs, la bactéridie prend une forme filamenteuse très longue. Les spores se forment après quarante-huit heures.

Vitalité. — Résistance. — La vitalité de la bacléridie charbonneuse varie suivant qu'on l'observe à l’état de hbâtonnets ou de spores, ces dernières étant infiniment plus résistantes aux influences extérieures. |

D'après Roux et Chamberland, la bactéridie proprement dite succombe, dans les cultures ou le sang frais, à une température de 55°

pendant quarante minutes, de 50° pendant une heure; en deux à quatre minutes, une tempéralure de 752 les tue; une minute à : 80° suffit pour obtenir le même résultat. Les températures très basses (—100€) n'influent en rien sur la vitalité n1 sur la virulence.

Les spores, au contraire, supportent pendant dix minutes environ la chaleur humide à 950; à 1009, elles résistent pendant trois à quatre minutes. À 1209 en chaleur sèche, elles résistent souvent durant plusieurs heures. Desséchées dans un milieu albumineux comme le sang, leur résistance est grande.

Les bâtonnets sont sensibles à la lumière solaire, qui, en dix à seize heures, a raison de leur vitalité, s'ils se trouvent en présence de l'oxygène. S'ils sont à l'abri de ce gaz, ils peuvent résister jusqu'à quatre-vingt-trois jours (Roux. L'action de Ia lumière solaire sur les spores est mal connue; clle semble peu marquée.

La dessiccation est peu efficace vis-à-vis des bâlonnets; dans le sang desséché, la bactéridie résiste rendant soixante jours à Ja température ordinaire ; sur la spore, la dessiccation reste sans eftet.

Les bâlonnets résistent peu à l'influence des antiseptiques ; les spores, au contraire, présentent une résistance considérable ; elles

A Fig, 181, — Culture de charbon en gélatine... Fig. 182. — Gullure de bactéridie A, deuxième jour ; B, dixième jour. charbonneuse sur gélose,

supportent l'action du sublimé à 1 p. 1000 pendant deux à (rois jours, mais, à cet égard, il existe des différences assez notables suivant l’origine de la bactéridie,

396 BACTÉRIDIE CHARBONNEUSE.

Dans le sol, les spores se conservent très longtemps dans les couches profondes, à l’abri de l’air et de la lumière.

Dans l’eau, la spore résiste plus d’un an; sous l'influence de la putréfaction, le bâtonnet se détruit rapidement, alors que la spore reste intacte.

Enfin, in vitro et in vivo, certaines bactéries possèdent une action antagoniste manifeste vis-à-vis du Bacille du charbon. C'est le cas du Bacille pyocyanique, qui semble agir par la pyocyanase qu'il développe, de même aussi le Pneumobacille, le Streptocoque, puis le Staphylocoque, mais dans une mesure plus limitée.

Behring, puis Metchnikoff et Roux ont signalé encore le pouvoir bactéricide du sérum de rat, qui dissout la bactéridie charbonneuse.

Virulence.— Ses modifications expérimentales. — Quand la bactéridie provient du cadavre d’un animal mort de charbon, sa viru!ence est assez fixe. Elle le doit en grande partie à la présence des spores qui fixent héréditairement la virulence au degré où elle se trouvait dans le tissu d’origine.

Si toutefois on empêche la sporulation, la virulence s'atténue progressivement. Ainsi, quand on conserve une culture à l’étuve à 42°,5, les spores ne se forment pas, et la virulence diminue progressivement, au fur et à mesure des divers ensemencements dans les mêmes conditions: après une vingtaine de jours, une bactéridie ainsi traitée, qui, au début, pouvait {tuer le mouton, devient petit à petit incapable de tuer le lapin, puis le cobaye, puis la souris. |

Si on ensemence la même culture atténuée en bouillon à 370, les spores se forment el fixent la virulence au degré obtenu en dernier lieu. C’est ce procédé d'atténuation du virus charbonneux et de fixalion de la virulence qui a servi à Pasteur pour les vaccinat'ons qui seront étudiées plus loin.

On peut faire récupérer le pouvoir virulent à une bactéridie qui l'a perdu, en lui faissn! subir plusieurs passages par des animaux de plus en plus résistants. Ainsi, à une souris naissante, on inocule une culture incapable de tuer une souris adulte ; elle succombe en deux ou tros jours; on ea prélève le sang, qu’on inocule à une souris âgée de tro's jours: elle : uccombe, et son sang est inoculé à une souris de Six Jours.

Le sang de cette deuxième, inoculé à une souris adulte, pourra la tuer: la bactéridie provenant de celte dernière expérience tuera un cobaye et, ainsi de suite, tuera un lapin, puis un mou- (Ou pOiCe

Formation de produits chimiques. — Toxine charbon-

neuse. — Dans les cultures, la bactéridie charbonneuse transforme la matière albuminoïde en ammoniaque. Maumus a observé la transformation de l’amidon en glucose. D'après de Napias, elle présenterait des propriétés amylolytiques,

Des produits toxiques ont été mis en évidence par plusieurs auteurs :

En précipilant les cultures par l'alcool, Hankin a isolé une albumose très toxique pour l'animal. Avec Wesbroock, il aurait extrait des cultures une diastase, décomposant les matières protéiques avec production d’albumoses, Ces albumoses ont élé retrouvées par S. Martin.

Brieger et Fraenkel ont isolé une albuminoïde qui, à l’état sec, est soluble dans l’eau et douée de toxicité.

Procédé Marmier. — Marmier, én 14895, a obtenu encore une

substance très toxique, en cultivant la bactéridie en eau peptoniste glycérinée :

SE A Re 7 ee ce 1 000 cent. cubes.

PORLONCIDUTINOR M er ue 40 grammes.

Sel marin.....: TROT ON RES CRETE 45 = Phosphaäterde sonné. 2,12... Ogr,50 PhoSphate de potasse:&...,:........ Ogr,20 GIFCérINe PURES. D... 40 grammes.

On ensemence la bactéridie charbonneuse en ballons contenant 250 centimètres cubes de ce milieu, stérilisé à 445°. On porte à l’étuve à 87° pendant quarante-huit heures et à 20° pendant quinze jours.

Filtrer sur bougie de porcelaine, saturer de sulfate d’ammoniaque,; un précipité se forme. Filtrer sur papier pour retenir le précipité, qu’on lave avec une solution de sulfate d'ammoniaque à saturation. Traiter le précipité recueilli par une petite quantité de glycérine. Décanter après quarante-huit heures de contact, et additionner à nouveau de glycérine neuve, ‘que l’on décante encore. Mélanger les liqueurs glycérinées el ajouter leur poids d'alcool. Laver le précipité obtenu par l'alcool absolu, puis l’éther. Enfin dessécher dans le vide.

Le produit obtenu est une poudre amorphe, brunâtre, soluble dans l’eau, insoluble dans le chloroforme. Cette substance, étrangère aux albuminoïdes, alcaloïdes et peptones, est très toxique: inoculée au lapin, elle peut, à faible dose, tuer cet animal; le cobaye, la souris y sont sensibles.

Ce qui peut faire supposer que le produit obtenu par Marmier est bien la toxine charbonneuse, c’est que les animaux réfractaires à la bactéridie vivante sont réfractaires à l’action de cette substance ; d'autre part, un lapin vacciné contre la bactéridie résiste à l’inoculation de la toxine.

Marmier a pu encore obtenir la même toxine en ie tant des cultures sur gélose :

On racle une culture sur agar, âgée de quarante-huit heures ; on la laisse moaérer dans de l’alcoo! à 20°; vingt-quatre heures après, filtrer et pré-

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cipiter le filtrat par l'alcool absolu ; laver le précipité obtenu par l'alcool absolu, puis l’éther. Dessécher dans le vide. On obtient ainsi une poudre présentant les mêmes caractères que précédemment. SR

Procédé de Boidin. — Boidin a obtenu des produits toxiques en traitant des cultures de charbon par les procédés qu'Auclair avait utilisés pour le bacille tuberculeu x. Il a ainsi préparé des extraits éthérés et chloroformés; dans ce but: filtrer sur papier des cultures en eau peptonée, vivantes ou tuées par la chaleur; immerger ce filtre dans l’éther ou le chloroforme ; filtrer ensuite ce liquide sur bougie et distiller enfin l’éther ou le chloroforme, qui ont dissous les matières grasses de ces microbes. Ces dernières restent dans le récipient ayant contenu les dissolvants.

L’extrait éthéré est visqueux et dégage une odeur résineuse. L’extrait chloroformé dégage une odeur rappelant celle du saindoux rance. Fous deux ont les réactions des graisses. Ils ne sont ni solubles, ni émulsionnables dans l’eau, sont solubles au contraire dans les alcalis et les huiles. On les émulsionne dans les alcalis en ajoutant une goutte de soude au tiers à 08r,01 ou 081,04 d'extrait.

En injectant ces extraits non solubilisés sous la peau d'animaux divers (singes, lapins, chiens,etc.), Boidin a pu reproduire l’œdème malin comme on l’observe en inoculant les cultures vivantes ou tuées. En pratiquant des injections trachéales, il a observé les mêmes désordres qu'avec les bactéridies. Les matières grasses extraites contiennent donc des poisons à action locale spécifique. 11s supportent sans dommage la température de 100°.

En injectant les extraits solubilisés par addition d'huile, il n’a pas reproduit d'accident local, mais des troubles généraux consistant en amaigrissement progressif, inappétence, cachexie aboutissant à la mort dans un délai de douze heures à vingt-huit jours.

Réactions vis-à-vis de l’antisérum. — Agglutination. — L’agglutination de cultures homogènes (cultures du premier vaccin) peut s’observer avec le sérum de sujets charbonneux à 1 p. 40 et. 4 p. 50. Mais les sérums humains et animaux normaux possèdent le même pouvoir. Cette agglutination n’est donc pas spécifique et ne peut servir au diagnostic (Lambolle et Maréchal, Sobernheim, Guillain, Boidin et N. Fiessinger). <

Fixation du complément. — Bordet et Gengou ont montré, par la fixation du complément, que le sérum des cobayes immunisés avec le premier vaccin contenait des ambocepteurs spécifiques pour la bactéridie charbonneuse. Ils les ont décelés dans le sérum anticharbonneux de Sclavo ; Guillain, Boidin et N. Fiessinger, dans le sérum d'un malade atteint d’æœdème charbonneux de la face.

Charbon spontané.

Chez l'homme. — Le charbon prend, chez l’homme, des formes différentes suivant la voie de pénétration du virus. Le plus souvent.

il se manifeste sous forme de pustule maligne et d‘æœdème malin, survenant à la suite d’une inoculation cutanée. Ces lésions se déclarent quand une plaie, une simple excoriation a été souillée par du sang ou des humeurs virulentes provenant d'animaux charbonneux ; un corps souillé de spores, échardes, instruments, etc., peut se charger d'insérer le virus dans les tissus. Le transport par les insectes et particulièrement les mouches est actuellement très discuté.

En d’autres atteintes, le charbon prend la forme gastro-inteslinale, quand l'infection s’est effectuée par le tube digestif, à la faveur de l’ingestion de viande, de lait d'animaux charbonneux.

Enfin le charbon pulmonaire se déclare à la suite de l’inoculation par la voie pulmonaire, survenant après inhalation de poussières émanant de produits renfermant des spores charbonneuses (maladie des trieurs de laine, des chiffonniers).

Chez l'animal. — Le charbon spontané des animaux peut présenter les mêmes formes que chez l'homme. On connaît la forme cutanée, qui survient à la suite de la souillure spécifique d’une plaie superficielle siégeant au niveau des extrémités; mais l'animal s'infecte habituellement par le tube digestif (sang de rate èhez le mouton, fièvre churbonneuse des bovidés), en avalant par exemple du fourrage véhiculant des spores charbonreuses.

Pasteur, Roux et Chamberland ont d’ailleurs pu réaliser expérimentalement ce mode de contamination chez des bovidés à qui ils donnèrent à ingérer de la luzerne arrosée de cultures avec spores charbonneuses. L’infection est plus sûre si l’on mêle à ce repas des objets piquants (feuilles de chardon desséchées, épis d'orge), qui excorient la muqueuse buccale ou intestinale.

L'infection charbonneuse s'effectue donc, dans les conditions naturelles, le plus souvent par les aliments souillés de spores. Pasteur, Chamberland et Roux ont montré que ces spores provenaient des produits répandus par les animaux charbonneux et de leurs cadavres. Pasteur a d’ailleurs, par l’inoculation expérimentale de fragments de terre, démontré la présence de spores dans le sol entourant et recouvrant des animaux morts du charbon douze ans auparavant. Les spores sont ramenées à la surface par les travaux de labour, ou par les vers de terre.

On comprend comment, dans ces conditions, les pâturages de la Beauce, dits champs maudits, peuvent recéler la spore charbonneuse et la livrer au bétail, qui s’infecte au contact du sol souillé spécifiquement et en broutant l'herbe qui le recouvre.

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300 | BACTÉRIDIE CHARBONNEUSE.

Charbon expérimental.

De nombreux animaux sont sensibles à l’inoculation de la bactéridie charbonneuse :

Le mouton est très sensible à l'injection sous-cutanée et à l’ingestion; toutefois, Ghauveau a montré que le mouton algérien était réfractaire; les bovidés sont plus sensibles à l’ingeslion de produits virulents qu’à l’inoculation sous la peau; le cheval et les équidés, au contraire, contractent rarement le charbon par la voie intestinale; chez eux, l'infection cutanée est plus fréquente. Le lapin, le cobaye, la souris sont plus facilement infectables par la peau que par le tube digestif. Le rat blanc est habituellement réfractaire.

Les carnassiers sont en général peu réceptifs; le chien adulte notamment présente de l’immunité naturelle; cette dernière peut cependant être vaincue par l’inoculation intraveineuse ; Martel a montré que le chien enragé succombe en vingt-quatre heures à l’inoculation sous-cutanée, alors qu'avec une même dose le chien sain résiste. Les jeunes chiens sont assez réceptifs.

Dans les conditions naturelles, les oiseaux sont réfractaires ; si cependant on diminue préalablement leur résistance, ils peuvent contracter l'infection expérimentale. C’est ce qu'a démontré Pasteur en inoculant une poule et en lui maintenant les pattes dans de l’eau froide à 259; elle contracte ainsi le charbon. Le pigeon est plus sensible que la poule.

inoculation sous-cutanée. — Il suffit d'inoculer sous la peau du cobaye ou du lapin quelques gouttes de sang charbonneux ou d'une culture de bactéridie charbonneuse, ou plus simplement encore une aiguille chargée de virus, pour voir se développer bientôt les symptômes et les lésions du charbon; mais, chez l'animal, on n’observe jamais la pustule maligne qui se développe chez l’homme.

Dix à quinze heures après l'injection, au point d’inoculation, prend naissance un œdème assez marqué, qui s'étend plus ou moins: les ganglions les plus proches s’hypertrophient, la fièvre s'élève et monte de 1 à 2°.

Jusque vers la vingt-quatrième ou trente-sixième heure, les phénomènes généraux sont peu marqués ; l'animal conserve même les apparences de la santé, quand brusquement les bactéries envahissent la circulation et l’état général s'aggrave; il devient dyspnéique, tombe dans le coma; l’hypothermie apparaît et la mort Survient après quelques convulsions.

L'autopsie montre les lésions suivantes :

Au point d'inoculation, on découvre un œdéme gélatineux assez étendu, teinté en rose, dont les frottis montrent une foule de bactéridies charbonneuïies ; les leucocytes y sont rares. Les ganglions voisins sont tuméfiés, rouges, entourés d'une zone œdémateuse.

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Le sang est noir, poisseux et se coagule difficilement. Il fourmille de bactéridies. Des examens praliqués pendant la vie permettent de se rendre compte que, dès les premières heures, la bactéridie passe de la lésion locale dans le sang et les veines par l'intermédiaire des lymphatiques, mais ne s’y multiplie pas: l’état septicémique proprement dit ne se produit que quelques heures avant la mort.

La rate est hypertrophiée, rouge foncé, diffluente et molle.

Les reins sont rouges, congestionnés, gorgés de sang.

Le foie, les poumons présentent des altérations analogues.

g. 183, — Coupe de rein montrant l'abondance des bactéries dans un glomérule,

Dans tous les viscères, Les bactéridies pullulent; il est à remarquer cependant que les épithéliums restent intacts el ne sont pas envahis par la pullulation microbienne; celle-ci s'effectue au niveau des capillaires seuls. La lumière de ces derniers est littéralement bourrée de ces germes (fig. 183), qui provoquent de véritables embolies capillaires, amenant des ruptures vasculaires. Ces dernières contribuent à entraîner les microbes dans l'urine, le lait. C'est à leur faveur que le fœtus des femelles en gestation peut s’infecter, sinon le placenta forme un véritable filtre pour La bactéridie.

Inoculation par les voies digestives. — Quand on donne à ingérer au mouton, par exemple, des aliments vecteurs de spores

Doprer et SACQUÉPÉE. — Baclériologie, 2e édit, 26

BACTÉRIDIE CHARBONNEUSE, charbonneuses, on observe le tableau clinique et les lésions du. « charbon interne » spontané; l'appétit disparaît tout d’abord, la rumination cesse. L'animal présente des coliques; la pression de l'abdomen estdouloureuse. Puis la température s'élève ; la respiration est dyspnéique, la démarche devient chancelante, l’urine est rougeâtre, les matières fécales sont molles et mélangées dé sang: L'animal se couche, présente des tremblements ; il rejette par les narines et la bouche de l'écume sanguinolente, et, après quelques convulsions, il. succombe. L'infection évolue ainsi entre une et vingt-quatre heures suivant les cas.

À l’autopsie, les lésions portent surtout sur le tube digestif. La cavité péritonéale renferme un liquide séreux, rougeâtre; la séreuse est parsemée de suffusions hémorragiques. La paroi de l'estomac est œdématiée, la muqueuse congestionnée. Les parois de l'intestin grèle sont envahies par des foyers hémorragiques, isolés ou confluents, perceptibles aussi au niveau de-la muqueuse.

Les vaisseaux épiploïques et mésentériques sont gorgés de sang noir et visqueux. Les yanglions mésentériques sont tuméfiés, hémorragiques, enveloppés d'une zone œdémateuse étendue ; ils forment souvent comme une énorme {umeur.

Le foie est congestionné, friable, de teinte féuiile morte.

La rate est tuméfiée; son parenchyme est transformé en pulpe boueuse lie de vin.

Le rein est congestionné et parsemé d'ecchymoses.

Les poumons présentent des foyers congestifs, hémorragiques même; les ganglions thoraciqués et médiastinaux sont souvent intér'essés. ;

Le cœur est mou et flasque. La plèvre et le péricarde contiennent un exsudat séreux, rougeâtre.

En d’autres cas, le point de départ de l'infection paraît se trouver au niveau de la muqueuse de la bouche et de l’arrière-gorge, ainsi que le prouve la présence des ganglions tuméfiés, sous-maxillaires : et rétro-pharyngiens. LZE

Inoculation par les voies respiratoires. — Faire inhaler à un animal des poussières chargées de bactéridies, ou bien inoculer une culture virulente dans la trachée d’un cobaye ou d’un lapin (Muskatbluth, Tchistovitch, Boidin); ces derniers contractent un charbon pulmonaire qui tue en trente-six à quarante-huit heures.

L'autopsie montre des foyers congestifs, disséminés dans les poumons. Au microscope, les alvéoles sont bourrés de bactéridies ;

leur paroi, épaissie et œdémateuse, est envahie par le germe spécifique.

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