CHAPITRE XXIX
Le Bacille spécifique de Ja morve a été découvert en 1881 par Bouchard, Capitan et Charrin, qui l'ont observé dans le pus d’un abcès provenant d’un cas de morve humaine, et ont reproduit l'infec-
Fig. 193. — Bacil'e morveux provenant d'une culture sur pomme de terre,
tion expérimentale par inoculation de culture à l'âne et au cobaye. Du pus, du jetage de cheval morveux leur ont donné les mêmes résultats.
Peu après, Lôffler et Schutz firent des constatations identiques,
mais isolèrent le microbe en culture pure et définirent ses caractères.
MORPHOLOGIE
Aspect microscopique. — Le Bacille morveux estun bâtonnet droit ou légèrement incurvé, à extrémités arrondies, présentant les dimensions du Bacille de Koch, mais un peu plus épais (2 à 5 y de long sur 1 u à { u,5 de large) (fig. 193). Toutefois cet aspect peut se modifier suivant le milieu qui a servi à le cultiver et l’âge de la culture. En effet, s'il est cultivé en bouillon, le bâtonnet devient plus court et prend l'aspect d’un microcoque. Il en est demême sur les cultures âgées en. pomme de terre. En d’autres cas, il se dispose avec ses congénères sous forme de chaïînettes (streptobacilles).
Dans les vieilles cultures, on observe des formes d’involution sous l'aspect de longs filaments à extrémités renflées, ovoides, pirviformes, etc. ; elles peuvent même se ramilier. $
Dans les tissus, il se présente souvent en amas.
Coloration. — L'affinité du Bacille de la morve pour les matières colorantes est peu marquée ; aussi faut-il utiliser-les solutions mordancées telles que le bleu de Lôffler, La fuchsine de Ziehl, la thionine phéniquée, le bleu de toluidine, I ne prend pas.le Gram. Une fois coloré, ce germe présente des granulations qui:tranchent sur les espaces incolores.
Dans les nodules morveux, perceptibles dans les coupes, sa coloration est malaisée, On peut employer cependant avec succès les procédés de Kühne et de Lôffler.
Gerine aérobie, le Bacille morveux commence à se développer à 250, la tempirature optima est de 37°; à 45° La culture s'arrête ; à 550, elle meurt.
Bouillon. — En bouillon, et de préférence en bouillon glycériné, un trouble se produit en vingt-quatre heures, sans caractère spécial ; à la longue, un léger voile se montre à la surface, avec un anneau sur les bords, puis un dépôt visqueux, blanchâtre, qui, par agitation du tube, monte en tourbillon jusqu’à la surface du liquide.
Gélatine. — Culture très grêle sur gélatine à 259 (12 ou 25 p. 100).
Gélose ordinaire. — Strie blanchâtre, semi-translucide, à
bords minces, irisés, devenant opaque les jours suivants. Le pourtour est blanc grisätre : le centre est jaunâtre et peut devenir brunâtre.
Gélose glycérinée. — Développement très abondant; en vingt-
quatre heures se forme une bande, blanc mat, à bords transparents.
Sérum coagulé. — Les colonies se montrent sous forme de gouttelettes légèrement jaunâtres, parfois brun fauve, demi-transparentes, de consistance visqueuse.
Pomme de terre. — Dès le deuxième jour, apparaît une glaire mince, jaunâtre, transparente, devenant ambrée le lendemain; puis, après cinq à six jours, la culture devient opaque, visqueuse et se colore en brun rougeûtre (fig. 194). De plus, la zone environnant la culture devient verdâtre ou brunâtre. Cet aspect est constant et caractéristique.
Lait. — On observe la coagulation du lait vers le dixième ou douzième jour; elle se produit sous l'influence d'une présure et non d’un acide, car le milieu conserve une réaction neutre.