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HABITAT ET MANIFESTATIONS PATHOLOGIQUES

La morve s’observe surtout chez l'animal, et plus particulièrement sur les équidés, qui, en certains cas, peuvent la communiquer à l’homme.

Le Bacille morveux est responsable de toutes les manifeslations pathologiques de l'infection morveuse ; il provoque : 1° le farcin, aigu ou chronique, consistant en abcès cutanés ou boutons farcineux, s'ulcérant sous forme de chancres, en lymphangites, formant des cordons Iymphatiques moniliformes allant jusqu'aux ganglions les plus proches qui s’hypertrophient (glandage); 2° la morve proprement dite, c'est-à-dire des lésions des fosses nasales, des poumons, puis de tous les viscères. En ce cas, il détermine, dans les parenchymes atteints, des nodules assez analogues à des tubercules mi-

liaires, translucides, mais à centre opaque et subissant comme eux la caséification.

Dans toutes ces lésions, qu’elles évoluent chez l’homme ou l'ani-

mal, se trouve en plus ou moins grande abondance le Bacille de la morve. Il siège dans le pus des ulcérations, des chancres, des boutons, des abcès, dans le jetage, les ganglions, enfin dansles nodules. Dans les ganglions et les Iymphatiques, il se trouve en grand nombre. Il est rare dans le sang des animaux morveux, même chez l’âne, dont la morve prend une allure galopante ; au contraire, chez l’homme, on le rencontre assez fréquemment (Lôüffler, Sittmann). La sueur, la salive, l’urine sont parfois virulentes; on a signalé sa présence dans le suc musculaire ; cette éventualité, assez rare, expliquerait les cas d'infection morveuse contractée par ingestion.

Dans les viscères, foie et rate en particulier, il détermine de minuscules foyers blanchâtres, gros comme la pointe d’une aiguille. |

Homme. — Plusieurs bactériologistes ont contracté la morve par inoculation accidentelle en maniantdes cultures de Bacille morveux. Elle prend alors le caractère septicémique. L'homme est donc très

réceptif au virus morveux. Quand elle est contractée par contact avec un animal, elle prend le type chronique.

Équidés. — Les solipèdes (âne, mulet, cheval) sont doués d’une grande réceptivité vis-à-vis de l'infection expérimentale ; l'âne est le plus réceptif.

Chez l’âne, il suffit de frictionner à l’aide d'un produit morveux quelques scarifications effectuées sur le front.

Tout d’abord, les plaies se referment, puis à leur niveau apparaît un gonflement, puis un chancre; la morve prend alors un caractère aigu, présentant beaucoup d'analogie avec une granulie. L'animal succombe en peu de jours. L’autopsie montre des boutons morveux développés sur la muqueuse nasale, le larynx et la trachée : au niveau des poumons et souvent des autres viscères, on perçoitcomme des infarctus de teinte blanc sale, rappelant l'aspect d’une tumeur. La pression latérale de ces productions fait sourdre des gouttelettes caséeuses riches en Bacilles morveux (fig. 195).

Le cheval et le mulet, infectés d'une facon identique, présentent une forme subaiguë ou chronique.

Cobaye. — Le cobaye est un réactif très sensible à l'inoculation de produits morveux ou de cultures du Bacille spécifique. Il e:t très utilisé pour le diagnostic de la morve équine ou humaine.

Injection sous-cutanée. — L'injection sous-cutanée détermine au point d’inoculation la formation d’un abcès qui s'ouvre bientôt, suivi de lymphangite et d’adénite qui peut suppurer; puis des nodules se développent dans la rate et le foie, des abcès se forment dans les testicules ;enfin, au bout de cinq à six semaines, l'animal, très amaigri, finit par succomber.

Injection cutanée. — L'inoculation par scarification donne lieu aux mêmes lésions.

Injection intrapéritonéale. — Si l'injection est pratiquée chez

un mâle adulte, on voit évoluer, deux à trois jours après, un véritable sarcocèle morveux ; les testicules présentent un gonflement énorme et ne peuvent être refoulés dans l'abdomen ; le scrotum est tendu, luisant, rouge ; à son niveau un abcès s'ouvre, donnant issue à du pus chargé de Bacil'es morveux (fig. 196). L'animal succombe en huit à dix jours. |

L’autopsie montre la vaginale tuméfiée, parsemée de granulations, souvent recouverte d’un exsudat louche, purulent.

Les cobayes femelles, de même âge et de même poids, résistent à l’inoculation péritonéale. Il 'en est de même des cobayes très jeunes et des cobayes préalablement castrés. Ces derniers résistent à 100 doses mortelles,

LA É “à

Fig. 196, — Frottis de pus de testicule morveux, — Bacilles merveux décolorés par ‘e Gram,

D'après Straus, qui l’a fait connaître (signe de Straus), cette orchite morveuse expérimentale serait caractéristique et pourrait servir de pierre de touche pourle diagnostic. On a reconnu dans la suite que d’autres germes peuvent donner cette lésion : le Bacille pyocyanique, le M. melitensis, le Sporotrichum Beurmanni, etc.

Nocard a pu la déterminer avec un bacille tout d'fférent, provenant d’une lymphangite ulcéreuse d'apparence farcineuse, observée chez le cheval. Le sarcocèle ne peut donc être considéré comme la signalure du Bacille morveux.

Autres animaux. — Les » vidés sont réfractaires. Les ovidés (mouton, chèvre) contractent facilement la morve après l'inoculation souscutanée de produits virulents.

Certains carnassiers, le lion, le tigre, le léopard, contracteraient facilement la morve par ingestion de viande d'animaux morveux. Le chien est peu sensible ; la morve se montre sous la forme de lésions

cutanées qui guérissent spontanément. Seul le jeune chien présente une forme aiguë avec généralisation.

Le chat est facilement infectable: après un ulcère au point d'inoculation, l'infect'on se généralise.

Le lapin est assez réfractaire. Le chancre déterminé par inoculation

cutanée guérit spontanément. Pour tuer cet animal, il faut utiliser l’injection intraveineuse.

Le porc, les rats et les souris sont peu résistants.

Léo a montré que la souris devient réceptive quand on lui confère le diabète phlorizinique.

Enfin, contrairement à la souris domestique et à la souris blanche, le campagnol et le mulot sont réceptifs.

Les oiseaux sont totalement réfractaires.

Recherche du Bacille morveux dans l'organisme. — Examen m croscopique di:ect.— Recueillir le pus, le jetage, ete., ou les sucs d'organes (ganglions, rate, etc.); en faire des frottis sur lame. Colorer par les solutions simples et par le Gram. On sait que le Bacille morveux ne prend pas le Gram. On peut utiliser des fragments d'organes prélevés à l’autopsie pour en faire des coupes.

En réalité, l'examen direct donne rarement des résultats suffisants. À côté des cas où les Bacilles sont abondants, il arrive fréquemment que ces derniers soient très rares et passent facilement inaperçus. Il faut donc, le plus souvent, recourir à la culture pour le mettre en évidence, l’isoler et l'identifier.

Cu tures. — Ensemencer le produit suspect sur pomme de terre, qui constitue le milieu de choix. Pour obtenir des colonies isolées, il est bon d’ensemencer sans recharger l’üse,sur plusieurs pommes

de terre. À côté d’impuretés, on verra se développer ainsi les colonies de Bacille morveux avec leur aspect et leur teinte caractéristique.

Inoculation au cobaye mâle. — Straus recommandait, pour avoir un diagnostic rapide, d'inoculer directement le produit suspect dans la péritoine d’un cobaye mâle pour déterminer l’orchite morveuse. La pratique a montré qu’en pareil cas Le Bacille spécifique est mêlé souvent à des souillures microbiennes qui tuent l’animal par péritonite septique et masquent l'infection morveuse.

Pour éviter cet inconvénient, on conseille d’inoculer tout d’abord un cobaye sous la peau; puis, quand les ganglions s’engorgent, on les prélève pour les introduire dans le péritoine d’un autre cobaye, qui présente ensuite les symptômes et les lésions habituels de la morve, avec le sarcocèle.

Rappelons que l’orchite n’est pas pathognomonique de l'infection morveuse. Sa constatation doit toujours être complétée par l'examen du pus.

Réactions à la malléine. — Chez l'animal, le diagnostic de la morve, même latente, par l'épreuve de la matléine, est entré dans la pratique courante.

Le cheval que l’on veut malléiner est mis en observation pendant deux jours; sa température est prise malin et soir.

Après celte période, on pratique une injection sous-cutanée (sous-cuti-réaction), au niveau de l’encolure, de 266,5 de la dilution suivante : malléine brute, 1 partie; aide phénique à 5 p. 100, 9 parties.

La température est prise trois fois en vingt-quatre heures. Rappelons que l’animal indemne de morve ne présente aucune réaction. S'il est atteint de morve, avérée ou latente, l’œdème local apparaît, et la température s'élève huit ou dix heures après, pour ne prendre fin que vers la cinquantième heure.

Quand l'animal est atteint de lésions trop accusées, la réaction ne se produit pas.

La méthode est inutilisable chez l'homme en raison de l’intensité de la réaction qu'elle provoque. Chez l'animal, son application, en permettant de faire des diagnostics précoces sur des animaux ne présentant encore ni jetage, ni aucune lésion apparente, a rendu les plus grands services au point de vue prophylactique.

Plusieurs auteurs ont tenté d'appliquer au diagnostic de la morve les procédés employés pour la tuberculose : cuti-réaction, ophtalmoréaction. De l'avis de tous, Vallée entre autres, ces pratiques donnent des résultats inconstants, ne valant pas ceux que fournit

la sous-cuti-réaction. L’ophtalmo-réaction, cependant, est devenue réglementaire en Autriche.

Sérodiagnostic. — Le sérodiagnostic peut êlie recherché par plusieurs méthodes.

1° Agglutination. — L’agglutinabilité des cultures de Bacille

morveux parle sérum des sujets atteints de morve pouvait faire songer à la possibilité d'établir un diagnostic par la séro-réaction. Le sérodiagnostic peut, en effet, donner des indications utiles. Mais, en raison des propriétés agglutinantes à 1 et même 3 p. 100

du sérum des animaux normaux, l'épreuve ne saurait être faite à.

un taux inférieur à 5 p. 100. Heanby, puis Courmont ont fait des observations ilentiques pour le sérum des hommes sains et atteints de morve. |

20 Réaction de fixation du complément. — Elle s'effectue par le procédé classique; elle donnesouvent des résultats infidèles.

30 Epreuve de la conglutination. — On met en présence :

a. de l’alexine {sérum frais de cheval);

b. le sérum à étudier, chauffé à 56° ;

c. un extrait de Bacilles morveux (malléine) ;

d. du sérum chauffé de bœuf (conglutinine) ;

e. une émulsion de globules rouges de mouton lavés.

Si l’on n’observe aucune conglutination globulaire, la réaction est positive, et le sérum suspecté provient d’un animal morveux.

Il est juste d'ajouter que les résultats fournis par cette méthode sont contestés par certains auteurs.

Précipito-réac'ion. — Mettre en présence le sérum à étudier et de la malléine. Observer la production du précipité. Tenir compte de la persistance de l’anneau de précipitation à la limite des deux produits; se rappeler que si l’anneau disparaît après dix-huit à vingt heures, il s’agit d’une précipitation non spécifique ; si à ce moment, il est à son maximum, la réaction peut être considérée comme positive (Scotti).

Les documents que l’on possède concernant l'immunité morveuse sont rares. Et

On s'accorde en général à penser qu'une atteinte de morve guérie ne confère pas l'immunité, Ainsi Galtier a pu inoculer cinq fois la morve chez un même chien, animal cependant assez résistant. IL est vrai que les symptômes furent de moins en moins intenses.

Straus cependant a vacciné un chien contre les effets de l’inocu-

lation massive intraveineuse par inoculation de vieilles cultures sous la peau.

M. Nicolle a pu obtenir l’immunité chez le cobaye enle vaccinant de différentes manières; il a utilisé comme vaccin des Bacilles tués par l’alcool-éther, puis des microbes vivants à dose inoffensive; avec ces deux procédés, de nombreuses inoculations sont nécessaires; enfin il a obtenu l’immunité par une seule injection de microbes vivants à dose infectante, mais telle que l’animal en guérit. Ce dernier procédé est le plus efficace. |

Les essais d'immunisation passive par injection de sérum de bovidés (réfractaires à la morve) sont restés sans résultat.

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