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CHAPITRE XXX

Le rouget du porc est une infection qui se révèle par l'apparition de taches purpuriques siégeant sur les téguments, aux oreilles, dans la région anale et vulvaire, et au groin:; il présente en même temps de la diarrhée,

Fig. 197, — Culture de rouget du porc en bouillon.

de la fièvre. Dans les porcheries où l'infection règne, 50 p. 100 des animaux atteints succombent en deux à trois jours. Dans une forme chronique, les phénomènes sont moins bruyants, puis l’animal présente une tuméfaction des jointures qu’on à dénommée « goutte »; on observe de la desquamation au niveau des taches purpuriques ; enfin la guérison est assez fréquente.

Le rouget du porc est causé par un Bacille spécial, découvert par Pasteur et Thuillier dans le sang des pores atteints de cette affection. Il a été bien étudié par Lôffler.

MORPHOLOGIE

Aspect microscopique. — Le germe spécifique du rouget est un bacille fin (fig. 497) de petites dimensions (1 & environ de long sur 0 u.,2 de large). Vu à l’état frais dans les cultures ou les produits pathologiques, il est immobile. Dans le sang et les tissus, ses éléments sont isolés ou groupés par deux. Dans les cultures en bouillon, ilse groupe avecses congénères sous forme de chaïnettes.

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Fig. 195. — Bacilles du rouget du porc dan: un viscère,

Dans la pulpe des viscères et dans les coupes, ils sont souvent sous l'aspect d’amas et facilement englobés dans les leucocytes. Coloration. — 1l fixe bien toutes les couleurs d’aniline. Z/prend

le Gram.

Il pousse indifféremment en vie aérobie ou anaérobie, mais il préfère l’anaérobiose ; ses cultures sont habituellement grêles. Bouillon. — Le bouillon se trouble légèrement; une secousse imprimée au tube provoque la formation d'ondes moirées; vers le quatrième jour, un précipité blanchâtre se dépose au fond du

tube.

SRE

Gélatine. — En piqure, la culture est caractéristique : elle se développe de préférence dans les parties profondes peu aérées du culot de gélatine. Au bout de queiques jours, au niveau de la ligne d’ensemencement, se développent des colonies confluentes et opaques d’où se détachent des rayons ou des houppettes, dont l’ensemble figure un «rince-bouteille ».

Mais, après une vingtaine de jours, cet aspect perd sa netteté; la culture diffuse dans toute l'épaisseur de la gélatine. Celle-ci ne subit aucune liquéfaction.

Les colonies isolées figurent des flocons d’où partent des filaments ramifiés. Plus tard, la colonie prend un aspect flou et est réduite à l’état d’une tache brunâtre.

Gélose. — La strie prend tout d’abord un aspect rayonné, puis devient complètement homogène.

Pomme de terre. — Culture nulle en aérobie; en anaérobie,

elle est à peine perceptible.

Vitalité. — Conservées en anaérobiose, les cultures du germe en question peuvent vivre pendant six mois : à cette époque, la virulence, bien qu'atténuée, existe toujours. Mais, dans les cultures aérobies, le Bacille ae en quinze à vingt jours.

Virulence. — La virulence peut s’atténuer par un séjour prolongé dans les milieux de culture.

L'atténuation s'obtient encore de la façon suivante : on effectue plusieurs passages par le lapin; un virus qui a subi cette épreuve possède une virulence renforcée pour le lapin, mais diminuée pour le porc. Au contraire, quand les passages ensérie sont effectués chez le pigeon, la virulence est accrue pour tous les animaux réceptifs.

Agglutinabilité. — Le Bacille du rouget du porc est agglutiné à des degrés variables par le sérum des animaux préparés par injections de cultures’ virulentes. |

Fixation du complément. — Bordet et Gengou ont démontré que le sérum des animaux vaccinés contient une sensibilisatrice spécifique pour ce germe pris comme antigène,

Produits toxiques. — Une cullure filtrée est toxique pour l’animal. |

Le Bacille du rouget est très pathogène pour les animaux de laboratoire : lapin, souris, pigeon ; par contre, le cobaye est totalement réfractaire.

ca | DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE DE L’ INFECTION. 465

Inoculé sous la peau, le lapin succombe souvent en deux à cinq jours. Parfois, cependant, il présente des accidents à caractère chronique : amaigrissement, paraplégie, etc., qui ne comportent aucune gravité.

L'injection intraveineuse est plus sévère.

La souris est tuée par inoculation sous-cutanée en un à six jours, suivant l’activité du virus.

Le pigeon qui a recu de la culture sous la peau ou de préférence dans le muscle pectoral meurt en deux à trois jours.

Le porc, si sensible à l'infection spontanée, l’est moins à l'infection expérimentale. Les inoculations sous-cutanées et même intraveineuses peuvent rester sans effet; l’inoculation par les voies digestives paraît plus sévère. IL est. ainsi facile d’infecter un porc en lui faisant avaler des organes d'animaux atteints de rouget, ou bien des aliments souillés par leurs déjections.

Les symptômes observés sont ceux du rouget contracté spontanément. À l’autopsie, les lésions portent principalement sur la rate, qui est tuméfiée et diffluente ; les ganglions sont rouges et congestionnés; le foie est hypertrophié. Le sang est noir et à caractère asphyxique,

Le Bacille du rouget se rencontre en petite quantité dans le sang ; on le trouve surtout dans Les leucocytes, où il peut se montrer en grande abondance.

Il pullule et foisonne surtout dans la rate, qui en contient un nombre considérable; avec les ganglions et la moelle osseuse, elle constitue le lieu d'élection du bacille; les frottis de rein et de foie le montrent en assez grande abondance. L'examen des coupes de tous les viscères le fait percevoir nettement.

La pénétration des Bacilles se fait par l'intestin au niveau des glandes lymphatiques ; ils gagnent ensuite les ganglions et la rate, puis diffusent à la fois par les voies sanguine et lymphatique. C'est d’ailleurs ainsi que s'effectue l'infection par les voies naturelles.

L'infection expérimentale peut être réalisée encore par les voies respiratoires (inhalation ou injection intra-trachéale de matières virulentes). [Il est peu vraisemblable que ce mode de contamination puisse être observé dans les conditions ordinaires, -en raison de la rapidité avec laquelle le virus perd sa vitalité.

La recherche du Bacille du rouget du porc est facile. 11 suffit d'effectuer des frottis et des cultures à l’aide du sang, de la pulpe des différents organes.

Doprer et SACQUÉPÉE. — Bactériologie, 2e édit, 30

7 Ed

sur

On colore les frottis par la méthode de Gram, et les cultures sont effectuées en milieux ordinaires et surtout en gélatine, qui. donnent l'aspect caractéristique décrit plus haut.

Le diagnostic peut s'effectuer par les effets de l’inoculation au lapin, à la souris, ou au pigeon.

Voici comment, d’après Nocard et Leclainche, il est nécessaire de procéder : La

Sur une coupe fraîche de foie, de rate, de ganglion, on racle une petite quantilé de pulpe de l'organe; on la broie dens un mortier où on la dilue dans un peu d’eau physiologique stérile. Filtrer sur un linge fin; ce liquide filtré, aspiré dans une seringue, est injecté à la dose de 2 à 3 gouttes dans les muscles de la cuisse d’un lapin et d’un cobaye et dans le muscle pectoral d’un pigeon. Ces inoculations permettront de distinguer le rouget de la pneumo-entérite du porc avec laquelle il peut être confondu.

Si le rouget est en cause, le pigeon succombe certainement en 3 à 5 jours ; le lapin meurt en général du 4 au 8e jour; le cobaye survit.

Si au contraire il s’agit de pneumo-entérite, le cobaye succombe, comme le lapin, en 3 à 8 jours, et le pigeon résiste (à la dose employée). ;

La détermination du germe à l’aide des propriétés biologiques précédemment décrites : agglutination et fixation du complément achève de caractériser le germe spécifique.

VACCINATION

Par les virus atténués. — Pasteur et L. Thuillier avaient observé qu’un porc guéri d’une première atteinte de rouget était immunisé vis-à-vis d'une atteinte ultérieure. Ils eurent. l’idée de conférer l’immunité à ces animaux, en pratiquant la vaccination artificielle par des cultures atténuées. Ils calquèrent la méthode sur celle de la vaccination charbonneuse. : 7

L'infection atteignant de préférence les porcs adultes, on vaccine de préférence les sujets jeunes, âgés de deux à quatre mois, qui sont moins réceplifs. On leur inocule sous la peau tout d’abord un premier vaccin; il consiste en une culture en bouillon atlténuée par un séjour prolongé à l’étuve (un huitième de centimètre cube, par exemple); quinze jours après, ils reçoivent le second vaccin (un huitième de centimètre cube), culture moins atténuée ayant subiun moins long séjour à l’étuve.

Douze jours après la deuxième vaccination, l'animal peut être

SÉROTHÉRAPIE. 467 considéré comme vacciné; l’immunité dure un an environ. L'application de cette méthode a été faite sur de nombreux animaux, en Hongrie, notamment ; elle a contribué à abaisser dans des proportions importantes la morbidité et la mortalité dues au rouget, témoin les faits suivants :

En France, de 1890 à 1900, alors que les porcs non vaccinés donnaient un déchet de 20 p. 100, la perte chez les vaccinés ne s'élevait qu’à 1,68 p. 100.

En Hongrie, de 1884 à 1894, 1 085 686 porcs furent vaccinés; on n'observa que 0,75 p. 100 de perte : 0,14 après la première vaccination, et 0,07 après la seconde.

En Russie, d'après Kowaleski, en 1895, la perte ne s’éleva qu'à 0,04 p. 100,

Par les produits toxiques. — Lorenz vaccine des pores par injection de cultures liquides stérilisées; d’après lui, une seule injection de 3 à 7 centimètres cubes, suivant la taille de l'animal, lui confère l’immunité. D'après Tôpper cependant, cette méthode ne donnerait qu’une immunité très passagère.

Par sérum-virus. — Leclainche effectue sur les porcs une vaccination mixte : dans une première vaccination, il injecte, suivant le poids de l'animal, 5 à 10 centimètres cubes d’antisérum, mélangés au moment du besoin à un demi-centimètre cube de culture. Douze jours après, il injecte le virus seul, sans sérum. Leclainchen’a eu qu’à se louer de cette nouvelle méthode.

SÉROTHÉRAPIE.

L'idée d’une sérothérapie dirigée contre le rouget revient à Emmerich et Mastbaum.

Ces auteurs démontrèrent en 1891 que le sérum de lapins, vaccinés par injections successives de cultures diluées, possédait des propriétés préventives et curatives vis-à-vis de l'infection du lapin et de la souris.

L'injection de suc musculairefiltré surbougie Chamberland effectuée chez le lapin développe les mêmes pouvoirs dansle sérum de cet animal.

En 1893, Lorenz éprouve le sérum obtenu chez les porcs vaccinés, puis ayant subi trois à quatre injections de 10 centimètres cubes de

cultures virulentes. il lui reconnaît un pouvoir préventif assez faible. Ce pouvoir préventif peut être accru en injectant tout d’abord du sérum, puis, douze jours après, une culture virulente sousla peau, enfin, dix jours après cette dernière, une culture virulente dans les veines.

TU) PTS SUP Eee NO MN 0 M LS ES © or D Sc RE

En 1897, Leclainche vaccine des chevaux avec des Eire Il leur injecte tout d'abord, par la voie veineuse, 50 à 100 centimètres cübes de culture en bouillon de veau, puistous les huit jours 100et même 300 centimètres cubes. Traité ainsi pendant deux mois environ, le cheval fournit un sérum dont 1 centimètre cube protège le pigeon contrel'action pathogène de 066,5 de culture virulente, injectée simultanément ou vingt-quatre heures après. De plus il agit efficacement à titre curatif.chez les animaux qui le recoivent plusieurs heures après l'inoculation microbienne.

Mesnil a démontré que ce sérum, qui n’est pas bactéricide, mais agglutinant, agit en excitant l’activité phagocytaire.”

LE

Alfred Hafner New York

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