POUVOIR PRÉCIPITANT. — PRÉCIPITATION
tuberculeux d’origine humaine et bovine : il fait agir le sérum des malades sur des extraits microbiens ou des extraits d'organes tuberculeux. Bezancon et de Serbonne n'ont pu confirmer ces résultats.
Ces précipitines ne sont pas sp‘ciales aux sérums d'animaux vaccinés contre les bactéries ; elles prennent encore naissance quand l'animal a été immunisé contre les toxines; enfin-on les observe aussi dans le sérum des animaux traités par le sang, l’albumine, le sperme et diverses humeurs de l'organisme.
Ainsi le sérum d’un lapin qui a reçu dans le péritoine du sang humain défibriné, mis en présence in vitro de sérum humain, est: précipitant pour ce dernier.
Uhlenhuth à tiré parti de la spécificité relative de cette réaction pour l’appliquer à certaines catégories de recherches médico-légales, destinées à déceler l'origine du sang provenant de taches découvertes sur un linge, d'albumines diverses, d’origine humaine ou animale.
Elle a été appliquée &ussi au diagnostic de l’échinococcose, le sérum de malades atteints de kyste hydatique étant souvent précipitant pour le liquide hydatique.
Caractères généraux. — On connaît peu les caractères généraux des précipitines ; elles ont été en effet moins étudiées que les agglutinines.
L'action précipitante des sérums semble se manifester mieux à 38° qu'à la température du laboratoire ; on discute encore pour savoir à quelle température elle ne-se manifeste plus : les avis ne sont pas concordants, Les uns fixent 58° comme température limite, d'autres 700.
D'après les auteurs, Les précipitines ne seraient douées que d'une spécificité relative. En effet : quand on inocule à un animal le sang d'une espèce différente, son sérum précipite celui de cette espèce, mais aussi quelque peu celui des espèces très voisines. Ainsi, on prépare un mouton avec du sérum de lapin; le sérum de ce mouton précipite fortement le sérum de lapin, mais aussi, quoique d’une façon moins intense, le sérum de cobaye.
Il en est de‘même pour les bactério-précipitines. Ainsi le sérum antiméningococcique précipite avec intensité l’extrait autolytique de méningocoque, mais aussi, bien que moins fortement, l'extrait des germes similaires : D. crassus, D. pharyngis, Flavus, M. catarrhalis, le Gonocoque.
On en à conclu que la spécificité de ces précipitines n’était pas absolue. Dopter a montré cependant que les précipitines se comportaient à cet égard comme les agglutinines, et qu'il existait des précipitines spécifiques et des précipitines de groupe ou co-précipitines.
L'épreuve de l’absorption des précipitines le prouve * le sérum Î
antiméningococcique mélangé à un extrait de pseudo-méningocoques conserve son pouvoir précipitant pour un extrait de Méningocoques; mélangé à un extrait de Méningocoques, il le perd pour un même extrait neuf.
Rapports entre les agglutinines et les précipitines. — La plupart des auteurs ont été frappés de la similitude de production et d'action des agglutinines ét des précipitines. ne études compa-
ratives qui ont été faites, les uns ont conclu à l'identité de ces substances, d’autres à leur nature différente. Un Se agglutinant est en général précipitant, mais un sérum précipitant n'est pas toujours fatalement agglutinant. D'autre part, on sait (V. Bail) qu'un sérum précipitant, après avoir exercé son action sur un extrait microbien, est encore agglutinant au même taux qu'avant l'expérience. Mais, par contre, un sérum ayant servi à l'absorption des agglutinines et ayant perdu ces dernières n’est plus précipitant pour l'extrait du même germe.
Devant des faits aussi contradictoires, il est assez difficile de conclure.
BACTÉRIOLYSE.
L'expérience classique du phénomène de Pfeiffer (Voy. p. 553) est assurément celle qui met le mieux en évidence le pouvoir bactériolytique du sérum d’un animal vacciné. C’est d’ailleurs elle qui fut le
point de départ de toutes lesrecherches et des découvertes qui furent-
faites à ce sujet.
La transformation des Vibrions cholériques en granules chez les animaux vaccinés, l'absence de cette transformation chezles cobayes témoins prouvent d’une facon manifeste l'existence des propriétés bactériolytiques de l’antisérum, en même temps que leur caractère spécifique.
Ilen est de même dela dissolution du Méningocoque introduit dans le péritoine d’un cobaye qui a reçu préalablement Das la même voie du sérum antiméningococcique.
Il s’agit maintenant de pénétrer le mécanisme de cette bactériolyse.
Mécanisme de la bactériolyse. — Les travaux de Metchnikof et de Bordet ont permis de comprendre comment et à quelles conditions s'effectue la bactériolyse.
Rappelons l'expérience de Bordet : dans un tube on verse une légère émulsion de Vibrions cholériques, puis un dixième de sérum frais de cobaye vacciné contre ce germe. Après deux heures de
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séjour à Tétuve à 37°, examiner une goutte de ce mélange; les Vibrions ont subi la bactériolyse (transformation en granules).
Au lieu de sérum frais de cobaye vacciné, employons le même sérum chauffé à 55° au bain-marie pendant trente minutes; ajoutons-le à une même émulsion de Vibrions cholériques; la transformation en granules ne se produit pas.
Dans cette dernière expérience, le sérum semble avoir perdu toute activité bactériolytique. Il n'en est rien cependant, car à ce mélange culture-sérum chauffé il suffit d'ajouter une goutte de sérum frais de cobaye neuf pour voir la bactériolyse s'effectuer ; d’après l'expression consacrée, le sérum chauffé a été ainsi réactivé.
Avec Metchnikoff, Bordet en déduisit que le pouvoir bactéricide ou bactériolytique du sérum d’un animal immunisé est dû à l’action combinée de deux substances ayant des propriétés différentes.
L'une, contenue dans tout sérum, même normal, thermolabile, disparaissant par le chauffage à 55° pendant une demi-heure. C’est JALExXINE (Buchner), ou cyrase (Metchnikoff), ou comPLÉMENT (Ehrlich).
L'autre, qui n'existe dans le sérum que chez les sujets immunisés, thermostabile, résistant au chauffage à 55° pendant une demiheure. Elle possède la propriété de sensibiliser les microbes ayant servi à la vaccination, c’est-à-dire de les rendre sensibles à l’action destructive de l’alexine. C’est la sExsiBiisaTRICE (Bordet), ou le rixa- TEUR (Metchnikoff) ou l’amsocerrteuR (Ehrlich).
Les microbes sensibilisés conservent fixés à eux-mêmes cette sensibilisatrice, car, si on les débarrasse par lavages successifs du sérum sensibilisateur liquide où ils sonten suspension, ils conservent la propriété d’être détruits si on les met en contact avec l’alexine.
En un mot, cette sensibilisatrice se combine à la fois avec le microbe ayant servi à l'immunisation et avec l’alexine que l’on trouve dans tout sérum. D’après l'expression de Bordet, elle joue le rôle de véritable mordant, rendant un tissu apte à subir l’action des matières colorantes.
Enfin cette sensibilisatrice ainsi développée est spécifique, c'est-àdire qu'ellene se fixe que sur les germes qui lui correspondent. Mais, comme les autres anticorps (agglutinines, précipitines), la sensibilisatrice ne paraît pas toujours douée d’une spécificité absolue. Widal et ses élèves ont fait connaître des phénomènes de co-sensibilisation dans certaines affections mycosiques : le sérum de sporotrichose sensibilise une culture de Sporotrichum, mais co-sensibilise auss des cultures d’actinomycose et de muguet, et inversement. Un sérum antiméningococcique anti-Aco-sensibiliseles méningocoques B, G et D (Dopter). Il existe donc, à côté des sensibilisatrices
> pas
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spécifiques, des co-sensibilisatrices ou sensibilisatrices de groupe. TA Mise en évidence de la sensibilisatrice par la réaction Ÿ de fixation du complément. — Bordet avait mis en évidence l’action de la sensibilisatrice par la transformation du Vibrion oc
cholérique en granules. Mais tous les microbes ne sont pas aussi fragiles que le Vibrion cholérique et ne subissent pas ces métamorphoses facilement constatables au microscope. Il fallait donc, pour ces derniers, employer un procédé différent. C’est ce qu'ont fait Bordet et Gengou avec l'épreuve de la fixation du complément ({improprement appelée déviation du complément, car c’est bien une fixation et non une déviation qui se produit).
Notions fondamentales. — Pour bien saisir cette réaction, où entrent des phénomènes de bactériolyse et d’hémolyse, il faut se rappeler les notions fondamentales suivantes :
1° L'hémolyse par le sérum des animaux préparés par injection de sang défibriné d'espèces étrangères s'effectue dans des conditions identiques à celles de la bactériolyse et suivant un mode semblable,
Soit un lapin ayant reçu dans le péritoine plusieurs injections de sang défibriné de mouton : son sérum frais, mis en contact avec des hématies de moulon, lavées, les dissout 2n vitro et produit ainsi l'hémolyse.
Répétons l'expérience avec le même sérum chauffé à 55° pendant une demi-heure ; la dissolution des hématies ne se produit pas. L'’hémolyse - est nulle. Mais réactivons le mélange à l’aide d’une ou plusieurs gouttes de sérum frais d'un animal normal, l'hémolyse s'effectuera.
Par conséquent, comme la bactériolyse, sur laquelle l’hémolyse et la cytolyse en général sont calquées, l'hémolyse est due à l’existence dans le sérum du lapin « préparé » d'une sensibilisatrice spécifique, qui, se fixant sur les hématies de mouton, les rend sensibles et aptes à subir l'action destructive de l’alexine que le sérum contient normalement. C’est, ici encore, à l’action combinée des deux substances que l'hémolyse doit sa production. Cette sensibilisatrice est spécifique et n’exerce son action, en principe, que sur les hématies de l'espèce animale qui a servi à la préparation du sérum. |
20 La bactériolyse et l'hémolyse demandent, pour s'effectuer, des sensibilisatrices différentes; mais une seule et même alexine avec laquelle ces substances se combinent est suffisante pour provoquer la destruction des bactéries et des hématies.
Ces notions vont nous permettre de comprendre le mécanisme de la réaction de fixation : ; Dans un tube à essai (fig. 18), on verse : 1° du sérum antidysentérique chauffé à 55° pendant trente minutes; 2° une émulsion de ba-